Cœur Adoption

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5
Avr 2012

L’Agence Française de l’Adoption (AFA) vient de décider sans aucun préavis de restreindre à un seul le nombre de dossiers qui peuvent être déposés par les futurs parents1.

Or, dans un contexte de forte réduction de l’adoption internationale, de fermetures rapides des pays et de réouvertures moins fréquentes, cette décision est très contestable. Cœur Adoption s’oppose à cette position et se réserve la possibilité de l’attaquer devant les juridictions compétentes.

Le Conseil d’administration de l’AFA, dont la compétence juridique sur un point aussi structurant est pourtant limitée, se réclame de la recommandation n°7 d’un rapport de l’IGAS/IGAE2, que la même AFA avait pourtant alors critiquée3 (Coeur Adoption avait pointé les limites du rapport4, qui préconisait aussi un arrêt progressif de l’adoption individuelle).

Dans la pratique :

  • il faut plusieurs années avant qu’un dossier soit validé, accepté par un pays,
  • les exemples sont malheureusement nombreux de candidats dont les procédures se sont irrémédiablement interrompues après la fermeture de tel ou tel pays (Cambodge en 2007, Haïti début 2010, Vietnam fin 2010, Mali depuis fin 2011…)
  • lorsqu’il faut reconstruire un deuxième ou troisième projet successif, l’agrément, d’une durée totale de cinq ans, arrive à expiration5

Par conséquent, même si, en début de procédure, beaucoup de postulants limitent leur projet, ils cherchent rapidement à l’élargir, en restant dans le cadre défini par leur agrément, voire en faisant évoluer ce dernier (âge de l’enfant, origine, éventuels problèmes de santé).
Il serait donc absurde d’empêcher un postulant dans un pays donné, de réfléchir à un dossier dans un nouveau pays, sachant que les délais d’aboutissement lui permettront de toutes façons de se désister des autres pays dans lesquels il s’est engagé. Compte tenu de la complexité des démarches, il est quasiment impossible que plusieurs procédures aboutissent en même temps !6

L’AFA a été créée afin de permettre au plus grand nombre de pouvoir adopter, dans le respect des principes d’égalité et de neutralité (au contraire des organismes agréés pour l’adoption (OAA) qui effectuent une sélection discrétionnaire et constituent 50% des adoptions internationales) et d’être mieux accompagné dans ses démarches.

Limiter le nombre de dossiers ne permettra pas un meilleur suivi des candidats : dans la plupart des pays, l’AFA inscrit les postulants sur une liste d’attente et n’effectue aucun effort particulier dans l’avancement de cette liste. Les dossiers restent le plus souvent à Paris, ne sont pas envoyés aux pays et aucun apparentement n’est fait.

L’AFA se réfère aux organismes agréés pour l’adoption, associations composées de bénévoles, qui demandent souvent aux postulants de s’engager dans un seul pays, éventuellement deux. Cette comparaison est hors de propos, puisque les OAA ne retiennent que des dossiers qu’ils s’engagent à faire aboutir, ce que ne fait pas l’AFA, sauf à être contraire aux principes qui ont conduit à sa création et qui justifient un financement bien supérieur à celui des OAA pour des résultats inférieurs (20% des adoptions, contre 50% pour les OAA).

Il est donc à craindre que cette nouvelle décision de l’AFA ne prépare un alignement sur la politique de sélection des OAA, ce qui n’aurait pas d’équivalent dans le monde : le rapport de l’IGAS qualifie l’AFA d' »OVNI dans l’adoption internationale« , et préconise en effet :

« L’Agence devrait engager une réflexion sur l’opportunité et la faisabilité d’une commission de sélection pluridisciplinaire avec des critères à définir. Plusieurs leviers sont envisageables, couplés avec le dépôt d’un dossier unique (cf. recommandation n°7), pour préparer cette phase (…) ».

Cette décision du Conseil d’Administration de l’AFA, prise sans concertation avec les associations d’adoptants, doit être annulée : même si elle s’appuie sur une recommandation de l’IGAS, sa légalité est contestable dans la mesure où elle va à l’encontre des missions que le législateur a définies.

Références


  1. « Les candidats accompagnés par l’AFA ne pourront désormais lui confier qu’un seul projet », publié sur le site de l’AFA le 2 avril 2012.

    (…) Soucieux d’améliorer l’accompagnement des familles, le conseil d’administration de l’AFA, conformément aux recommandations de la mission IGAS/IGAEE, a décidé que les candidats accompagnés par l’AFA ne pourront désormais lui confier qu’un seul projet.
    Ainsi, à partir du 2 Avril 2012 :

    1. Tout nouveau candidat sera invité à orienter son projet vers un SEUL pays. L’orientation vers un pays unique permettra à l’AFA d’affiner la préparation des candidats en fonction du pays d’origine et du profil des enfants qu’il propose.

    2. Les candidats à l’adoption ne pourront s’inscrire en liste de demande en attente que s’ils n’ont pas d’autre projet en cours avec l’AFA dans un autre pays.

    3. Les candidats ayant initié plusieurs candidatures avant le 2 Avril 2012 ne verront pas leurs projets remis en cause dans le cadre de la mise en application de cette disposition. (…)

  2. « Déploiement de l’Agence française de l’adoption (AFA) à l’étranger » – Rapport définitif – Février 2011 (site internet de La Documentation Française). Établi par Dr Patricia VIENNE & Thierry LECONTE, Membres de l’Inspection générale des affaires sociales, et Bertrand COCHERY, Inspecteur des affaires étrangères
  3. « Tableau des recommandations IGAS-IGAE et commentaires AFA », à propos de la recommandation n°7 :

    L’AFA s’interroge sur la mise en oeuvre de cette recommandation et souhaite la soumettre au débat des Administrateurs et recueillir l’avis des associations
    familiales.

  4. « L’Agence Française de l’Adoption peut-elle réellement remplacer l’adoption individuelle ? », mai 2011, blog de Coeur Adoption.

    Comme l’indiquait en Janvier dernier Michèle Tabarot, présidente du Conseil Supérieur de l’Adoption, «Une interdiction générale de l’adoption individuelle est prématurée». Au vu de la capacité actuelle de l’Agence française de l’adoption et des autres acteurs de l’adoption en France à prendre en charge tous ceux qui seraient laissés pour compte d’une telle interdiction, nous pouvons parier qu’elle sera encore longtemps prématurée !

  5. Sur ce point, Coeur Adoption avait déjà proposé dans son rapport remis à la mission Colombani la modification de la durée de validité de l’agrément pour tenir compte de l’évolution de l’adoption, page 11 du rapport :

    Nous proposons en outre de supprimer la durée de validité de cinq ans pour un agrément : cette limite est incompatible avec la réalisation de nombreux projets d’adoption entraînant la présence de la famille pendant de nombreuses années sur la liste d’attente du pays (certains pays de l’Est, Vietnam probablement etc.), voire sur la liste d’attente des pupilles dans de nombreux départements. L’agrément deviendrait caduc suite à la réalisation du projet d’adoption et des entretiens d’évaluation du projet seraient mis en place, par exemple tous les deux ans (en accord avec la loi actuelle), pour analyser avec les candidats l’évolution éventuelle de celui-ci.

  6. Cœur adoption s’est publiquement ému dès 2008 des velléités répétées de l’AFA de limiter le droit de déposer plusieurs dossiers en parallèle :
    • Courrier de Cœur adoption à l’AFA le 15 mars 2008 au sujet de la décision de limiter à deux le nombre de dossiers sur les listes de « demandes en attente » :

      (…) La « règle » ainsi posée par voie de communiqué est extrêmement préjudiciable aux postulants qui doivent ainsi effectuer un choix drastique entre différents pays dans le contexte de l’adoption internationale qui est en perpétuelle évolution (modification des règles imposées par les pays, fermetures éventuelles..) ; Elle n’est nullement justifiée par l’intérêt des enfants. Une telle exigence ne figure pas dans la convention constitutive du Groupement d’Intérêt Public « Agence Française de l’Adoption » qui prévoit que l’AFA doit accepter les demandes dès lors qu’elles sont compatibles avec les critères du pays d’origine. Enfin, ce type de requête n’apparaît dans aucun texte législatif ou réglementaire. (…)

    • Réponse de la directrice de l’époque du 9 avril 2008:

      (…) [Le] Conseil d’Administration a décidé, le 27 février 2008, et voté à l’unanimité de ses membres, le principe de non-inscription des candidats à l’adoption internationale sur plus de deux listes de demandes en attente, afin de répondre plus à un souci de sensibilisation des familles à la spécificité de chaque pays qu’à un souci de restriction.(…)

    • Et notre réponse à cette réponse, restée elle sans réponse :

      (…)Le souci de sensibilisation des familles à la spécificité de chaque pays relève de la démarche d’agrément,
      puis de la réflexion des familles elles-mêmes une fois l’agrément obtenu, mais pas de l’AFA. Il n’est pas
      recommandé par les travailleurs sociaux de citer un pays lors des enquêtes d’agréments car ce serait faire
      courir le risque de se voir fermer les portes d’autres pays en cas de modifications des critères du pays
      initialement choisi. Par ailleurs, plus aucun pays ne demande l’exclusivité.
      – Vous notez que l’allongement des listes de demandes en attente, suite aux inscriptions multiples des
      postulants, ne peut qu’indisposer les pays d’origine. Ces listes étant gérées en France par l’AFA, les pays
      d’origine ne reçoivent que le nombre de dossiers que vous leur transmettez. Quelle peut donc bien être
      l’interférence avec les listes de demandes ?(…)

lun
19
Mar 2012

Le 19 mars, c’est la journée de l’adoption…

Et le constat est clair : les temps sont difficiles pour l’adoption internationale.

L’arrêt programmé de l’adoption individuelle sans aucune vision globale de l’adoption internationale, la réforme annoncée voire « débutée » de l’agrément qui tend à « désorienter » un projet familial initial afin de coller aux « réalités de l’adoption internationale », les difficultés persistantes au cours des procédures ou pour obtenir les plénières….

Aussi nous avons décidé de vous proposer un recensement approfondi et complet de l’actualité de l’adoption.

Ce travail est inédit et a nécessité un long travail préparatoire, aussi nous espérons qu’il trouvera un écho auprès de nombreux adoptants soucieux de participer à ce qui pourrait être une enquête reconnue nationalement.

En effet, aucune enquête statistique de cette envergure n’a été réalisée à ce sujet à ce jour.

Si ce travail de recensement connaît une ampleur suffisante (1000 à 2000 réponses), il sera alors de ce fait une base solide pour une analyse réelle des difficultés rencontrées par les adoptants.

Cette enquête, adaptée à chaque profil familial, comporte différentes parties qui vous concernent tous : avant pendant et après l’agrément.

Il vous prendra 15 à 20 minutes pour remplir ce questionnaire (c’est un document word). Il vous suffit pour cela de le télécharger à l’adresse : 

https://www.coeuradoption.org/questionnaire.php,

de le compléter et de le renvoyer à cette adresse mail :
questionnaire@coeuradoption.org.

Tous les questionnaires seront ensuite enregistrés et dépouillés afin d’en faire ressortir les éléments statistiques les plus éclairants.

Nous espérons que ce travail répondra à vos attentes et nous vous remercions de votre participation.

Comme d’habitude, vous pouvez faire passer cette information sur tous les forums et sites web dont vous êtes membre, après avoir bien entendu demandé l’autorisation des modérateurs des dits groupes…

Nous visons une publication des résultats dans le courant de l’été, en fonction de la quantité de réponses reçues.

Merci à tous.

Cœur Adoption.

Note : le questionnaire peut être rempli de manière anonyme. En aucun cas, Cœur Adoption n’utilisera de données nominatives à des fins de mailing, et ne transmettra pas les informations personnelles à des tiers.

dim
15
Mai 2011

L’inspection générale des affaires sociales et celle des affaires étrangères viennent de publier conjointement un rapport de mission sur le déploiement de l’Agence française de l’adoption (AFA) à l’étranger1.

L’agence française de l’adoption a été créée en 2005, comme une « troisième voie de l’adoption, en complément des Organismes Autorisés d’Adoption (OAA) et de l’adoption individuelle »2, et avait pour objectif initial de doubler le nombre d’adoptions internationales. Mais les espérances générées par la création de cette agence d’état ont vite été déçues.

Ce rapport, s’il note des améliorations par rapport à la situation entre 2005 et 2009, pointe les limites actuelles de l’agence3 :

  • une adaptation encore imparfaite aux mutations de l’environnement international ;
  • un accompagnement insuffisamment personnalisé des adoptants ;
  • et un pilotage qui n’est pas à la hauteur des objectifs ambitieux qui lui avaient été assignés.

Il y a quelques mois, nos politiques et les médias ont reparlé d’interdire définitivement l’adoption individuelle en France4 (souvent via des discours de diabolisation et en oubliant qu’elle est tout aussi légale5). Dans ce cas de figure, l’Agence française de l’adoption pourrait prendre en charge tous les postulants à l’adoption qui seraient laissés au bord de la route par une telle interdiction. Mais en a-t-elle réellement les moyens et la vocation ?

L’adoption individuelle peut-elle véritablement être interdite et remplacée par l’Agence française de l’adoption sans une diminution drastique du nombre d’adoptants… et donc autant d’enfants qui resteront en institution dans leurs pays d’origine ?

Un OVNI dans l’adoption internationale

Le statut d’opérateur public de l’agence française de l’adoption est unique dans le monde… et inexistant dans les autres pays6. Du coup, l’agence française de l’adoption a été parfois mal acceptée par certains (comme le Brésil, qui a refusé de la reconnaître) ou mal comprise7.

La France peut-elle faire cavalier seul, en proposant de manière durable une structure d’opérateur qui ne sera pas toujours reconnue à l’échelle internationale ? Un très grand nombre de pays d’accueil ont fait un choix inverse, celui de soutenir et de subventionner les Organismes Autorisés d’Adoption dans leur pays pour qu’ils soient accessibles au plus grand nombre12.

L’Agence française de l’adoption est-elle vraiment un organisme neutre et indépendant ?

L’agence française de l’adoption est depuis 2005 un Groupement d’Intérêt Public (GIP). Or, la décision de la création de l’agence a été politique. Aujourd’hui encore, son président, Yves Nicolin, est un des deux députés ayant déposé la proposition de loi relative à sa création. Comme le souligne le Secrétariat à l’Adoption Internationale (SAI) dans le rapport8, son rôle est prépondérant et pas toujours dénué de considérations électoralistes. En outre, certaines des actions du président-député peuvent prêter à confusion, comme la constitution de l’association SOS Orphelinat Du Monde, elle aussi notée dans le rapport9.

Cette confusion des genres paraît préjudiciable à la neutralité de l’agence française de l’adoption, et un remplacement du président par une personnalité non alignée politiquement permettrait à l’AFA de fonctionner plus sereinement.

L’Agence française de l’adoption est-elle suffisamment professionnalisée ?

Alors même que de nombreux acteurs en France sont spécialisés dans l’adoption (services de l’Aide Sociale à l’Enfance des Conseils Généraux, services du Ministère des Affaires Étrangères), l’agence française de l’adoption a fait le choix surprenant de partir de zéro10. Le coût a été élevé pour le contribuable en recrutement et formation de personnel11 (souvent plus jeune que la majorité des postulants), pour un démarrage d’activité particulièrement lent et une efficacité qui reste aujourd’hui encore très limitée, de l’aveu même du Secrétariat à l’Adoption Internationale12.

Depuis 2005, la situation s’est-elle améliorée ? Si le discours a changé (notamment avec le remplacement en 2009 de la Directrice Générale, sous la pression de l’ensemble des associations d’adoptants), les résultats restent mitigés, que ce soit en termes d’accompagnement, de nombre d’adoptions, ou même d’éthique pour éviter de répéter les « abus » passés de l’adoption individuelle (pour reprendre le terme du rapport13).

Un accompagnement des adoptants quasi inexistant

« Tant pour l’orientation des familles vers les pays d’origine aux exigences desquels elles correspondent le mieux, que pour la constitution du dossier et l’accompagnement tout au long de la procédure, y compris après l’arrivée de l’enfant, l’AFA n’est pas en mesure d’assurer un service de proximité, contrairement aux OAA qui sont physiquement présents dans les départements où ils sont autorisés à intervenir comme intermédiaires pour l’adoption. »

Tout semble dit dans cette phrase du rapport14, mais les postulants inscrits auprès de l’AFA nous disent encore plus : un accueil téléphonique qui donne peu d’informations et toujours de manière vague ; pour les parents sélectionnés et ayant signé un Projet de Mise en Relation (PMR) pour un pays donné, un accompagnement inexistant, l’AFA se bornant à jouer un rôle de simple boîte aux lettres et rajoutant de la lourdeur administrative ; des outils informatiques via internet très limités et qui ne semblent conçus que pour que les postulants puissent confirmer annuellement leur projet d’adoption ; une centralisation parisienne non justifiée (emplacement dans les beaux quartiers15, absence de relais local efficace dans les départements, et des réunions organisées pratiquement uniquement sur Paris) ; et surtout (contrairement à l’ensemble des OAA), aucun suivi post-adoption16. L’Agence française de l’adoption n’a aucune de ces qualités d’accompagnement des OAA.

L’AFA doit-elle faire du « quantitatif » ou du « qualitatif » ?

En 2005, Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, avait promis avec la création de l’AFA de doubler le nombre d’adoptions en France. Philippe Douste-Blazy, Ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille, renchérissait en indiquant qu’à terme, « l’Agence devra pouvoir traiter environ 10 000 dossiers par an ».

Ce discours a changé. Il ne s’agit plus d’adopter plus :

« Il faut (..) se garder d’une approche simpliste et purement quantitative qui consisterait à rapprocher le nombre des « agréments » de celui des apparentements adoptifs. Avant d’adopter plus, il faut adopter mieux. » -Jean-Paul Monchau, ambassadeur de l’adoption, Novembre 2009

Pour autant, l’Agence française de l’adoption reste limitée par son statut d’opérateur public et de non sélection des dossiers, notamment par rapport à des préférences affichées ou non par les pays d’origine17. Cette absence de sélection est aujourd’hui réétudiée par le rapport :

Recommandation 10: « L’Agence devrait engager une réflexion sur l’opportunité et la faisabilité d’une commission de sélection pluridisciplinaire avec des critères à définir. Plusieurs leviers sont envisageables, couplés avec le dépôt d’un dossier unique (cf. recommandation n°7), pour préparer cette phase (…) »

Cette remise en cause est contraire à l’esprit même de la loi de création de l’Agence française de l’adoption (comme le souligne le Directeur Général de la Cohésion Sociale18), qui cherchait à fournir une voie alternative à tous ceux qui ne sont pas retenus par les OAA et n’ont pas la capacité à entreprendre une adoption individuelle.

Quelle éthique pour l’AFA ?

« En termes d’offre de service aux adoptants, l’AFA ne peut aujourd’hui proposer davantage qu’un encadrement de l’adoption individuelle. » (point [327] du rapport, page 102)

L’agence française de l’adoption n’apporte donc rien de plus qu’un cadre administratif aux démarches individuelles. C’est inquiétant du point de vue de l’éthique, de cet « intérêt supérieur de l’enfant » qu’on nous ressort à toutes les sauces et derrière lequel nos politiques se retranchent pour justifier toutes leurs actions : parce qu’elle n’apporte aucun cadre réellement contraignant, l’agence française de l’adoption est sujette aux mêmes risques de dérives que celles reprochées à l’adoption individuelle.

Ainsi, on a déjà vu dans les dernières années des pratiques parfois douteuses de l’adoption individuelle se reproduire à l’AFA, comme par exemple des « dons » aux orphelinats au Vietnam, que le président de l’AFA avait cru bon de présenter comme une pratique normale, ce qui avait provoqué l’ire de plusieurs associations19.

Qu’adviendrait-il en cas d’arrêt de l’adoption individuelle en France ?

Les Organismes Autorisés d’Adoption ne prendront pas le relais

Les OAA français n’ont ni la taille ni la vocation à adresser l’ensemble des postulants à l’adoption : de nature principalement associative, ils reposent généralement sur des bénévoles, qui certes assurent un contact local avec les postulants à l’adoption, mais sont difficiles à conserver dans la durée. Malgré les pressions du Ministère des Affaires Etrangères pour les regrouper, d’abord de manière officieuse (comme le signale l’OAA Edelweiss Accueil20), puis officielle21, les Organismes Autorisés d’Adoption restent attachés à leur identité et n’ont aucun désir de pouvoir un jour assurer une « délégation de service public », qui leur permettrait de couvrir l’ensemble des postulants à l’adoption du territoire français.

Des pays d’origine insuffisamment préparés

Les pays occidentaux font pression sur l’ensemble des pays d’origine d’adoption pour que ceux-ci appliquent la Convention de La Haye (CLH) du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale22. Or, celle-ci est parfois inapplicable : en imposant la mise en place d’une Autorité centrale de l’adoption et la mise aux normes internationales des orphelinats et lieux d’accueil des enfants, la Convention de La Haye fait abstraction de la capacité du pays à financer et maintenir de telles infrastructures. Ainsi, la mise en place de la CLH à Madagascar a aggravé la situation des enfants dans le pays23 : les orphelinats n’ayant pas les moyens d’être aux normes n’ont pas demandé à être habilité pour les adoptions internationales, et l’autorité centrale malgache n’est constituée que de deux personnes à temps plein, ce qui est largement insuffisant pour traiter les apparentements et le suivi post-adoption. Les enfants deviennent donc de fait non adoptables, simplement parce que les procédures administratives et les coûts associés sont devenus trop lourds.

Que faire des petits pays d’adoption ?

Le Secrétariat de l’Adoption Internationale dicte la stratégie d’implantation de l’Agence française de l’adoption et oriente les divers OAA dans les « pays à enjeux »24. Mais que deviendraient alors les autres pays, sans « enjeu », dans lesquels les démarches individuelles sont souvent les seules possibles et auprès desquels un certain nombre de français seraient prêts à aller ? Encore une fois, une interdiction d’adopter dans ces pays ne serait-elle pas préjudiciable avant tout aux enfants en attente de parents ?

Comme l’indiquait en Janvier dernier Michèle Tabarot, présidente du Conseil Supérieur de l’Adoption, «Une interdiction générale de l’adoption individuelle est prématurée»25. Au vu de la capacité actuelle de l’Agence française de l’adoption et des autres acteurs de l’adoption en France à prendre en charge tous ceux qui seraient laissés pour compte d’une telle interdiction, nous pouvons parier qu’elle sera encore longtemps prématurée !


  1. IGAS, RAPPORT N°RM2010-177P / N°449 (IGAEE), disponible sur le site de la Documentation Française
  2. Communiqué du Conseil des ministres (Paris, 23 mai 2006): « Cette agence donne aux parents une nouvelle voie d’accès aux pays. Jusqu’à présent, deux possibilités s’offraient aux parents qui avaient obtenu l’agrément : une démarche strictement individuelle ou l’accompagnement par un organisme autorisé pour l’adoption. L’agence offre une troisième voie qui s’inscrit en complémentarité des deux autres. Elle peut aider gratuitement les familles à adopter, sans opérer de sélection sur les dossiers. »
  3. Point [4] du résumé du rapport, page 5
  4. La France est le dernier pays d’Europe ayant ratifié la Convention de La Haye à autoriser les démarches individuelles d’adoption. Point [49] du rapport:
    « Les réussites authentiques [de l’adoption individuelle] n’ont d’égal que les abus et trafics qu’elle a pu engendrer dans le passé, ou qu’elle pourrait engendrer encore, et qui en font le talon d’Achille d’une adoption internationale sécurisée. A cet égard, la France fait l’objet de critiques récurrentes au sein du groupe des pays adhérant à la Convention de la Haye pour continuer de pratiquer l’adoption individuelle. Dans ce contexte et pour un avenir très proche, la question n’est plus, comme en 2005, de présenter l’AFA comme la troisième voie de l’adoption, aux côtés des OAA et de l’adoption individuelle, mais de s’assurer que l’Agence pourra reprendre au moins une part substantielle des quelque 1 200 adoptions internationales réalisées chaque année en France dans un cadre individuel. »
  5. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, déclaration à l’Assemblée nationale, 20 janvier 2009: « Il existe deux circuits d’adoption : l’un passe par les lois internationales et les procédures que nous avons mises au point depuis un certain nombre d’années ; l’autre correspond aux adoptions individuelles. Vous comprendrez bien que le circuit international, officiel, qui se conclut par une décision du juge, soit privilégié. »
    Pourtant, le circuit de l’adoption individuel est tout à fait légal et encadré par le Secrétariat à l’Adoption Internationale, qui dépend du Ministère des Affaires Étrangères !
  6. Point [72] du rapport: « Certains pays peuvent y être sensibles, tel le Vietnam. Mais beaucoup d’autres, comme plusieurs interlocuteurs nous l’ont avoué, l’Agence la première, ont d’abord considéré l’AFA comme « un OVNI » dans le paysage de l’adoption internationale essentiellement peuplé d’intervenants privés, caritatifs ou associatifs. »
  7. Notamment parce que la Mission de l’Adoption Internationale, qui jouait le rôle de secrétariat de l’Autorité Centrale de l’Adoption, a disparu lors de la création de l’AFA, qui a joué de cette ambiguïté en s’arrogeant le rôle de l’Autorité Centrale, à la fois juge et partie. La création du Secrétariat à l’Adoption Internationale en 2009 a supprimé cette ambiguïté .
  8. Remarque du SAI sur le point [255] du rapport: « Parmi les personnalités qualifiées, le Président de l’AFA est un élu à l’Assemblée Nationale. Les séances du bureau, du conseil d’administration et de l’assemblée générale mettent en évidence le rôle prépondérant du Président, et ceci depuis 2006. Sa qualité de parlementaire crée une situation particulière car, comme tous les élus, il est sollicité et soumis à la pression des adoptants. Il en serait de même probablement pour tout parlementaire. On peut cependant s’étonner que le Président de l’AFA ait indiqué à plusieurs reprises qu’il ne prendrait jamais position contre l’adoption individuelle, alors même que l’AFA doit avoir précisément pour rôle d’accompagner nos compatriotes qui, autrement, se tournent vers une procédure individuelle dont on connaît les risques et qui crée une concurrence pour l’AFA (voir le cas de la Russie). »
  9. « A titre d’exemple, et comme la mission a pu le relever à la lecture des projets de partenariat avec des crèches haïtiennes ou d’un compte–rendu d’activités de la correspondante locale à Port-au Prince, l’AFA doit veiller scrupuleusement à ce que sa mission ne donne lieu à aucune confusion possible avec les activités de la fondation SOS Orphelinat du Monde, structure créée en 2010, à l’initiative du Président de l’AFA. »
  10. Rue89, Juin 2007, pour le premier anniversaire de l’AFA: « En succédant à la MAI, l’AFA a dû tout reprendre depuis le début. Ainsi, au sein de l’agence, on regrette que la MAI ait disparu sans laisser d’héritage, ni personnel formé, ni accords avec les pays. Les effets sont parfois fâcheux. Au Brésil par exemple, tous les dossiers sont actuellement bloqués, l’AFA n’étant pas reconnue comme interlocuteur. »
  11. Page 81, Profil de compétence des ressources humaines de l’AFA: une seule personne parmi les 34 employés de l’agence a un profil « Professionnel de l’enfance/expérience en matière d’adoption internationale »
  12. Point [19], remarque du SAI: « La France, en créant une agence publique d’adoption s’est distinguée des autres pays d’accueil qui ont fait le choix (Italie, Espagne pour rester en Europe) d’un soutien fort aux organismes privés. La création de l’Agence Française de l’Adoption a été un choix politique. Les résultats s’avèrent médiocres en termes de coût/rentabilité : 2 adoptions par jour ouvrable en moyenne, 5 adoptions par Département et par an en moyenne, 1 dossier sur 20 qui aboutit à une adoption etc. Vu du Service de l’Adoption internationale, cette structure s’avère peu adaptée au contexte et à la réalité de l’adoption internationale. »
  13. Cf. point 4 supra. Il convient de rappeler que les « abus » en question ne sont jamais le fait des adoptants, mais bien de ceux qui proposent des enfants à l’adoption et qui profitent de la détresse humaine (celle des parents biologiques, comme celle des enfants ou des adoptants). Dans un contexte tendu où l’adoption internationale ne cesse de baisser, les arnaques sur Internet se sont multipliées ces dernières années : fausses agences d’adoption, fausses autorités centrales, mises en relation par l’intermédiaire d’un avocat qui n’existe pas… Les postulants à l’adoption doivent rester vigilants et ne pas se laisser tromper par de fausses promesses.
  14. Point [100] du rapport, page 33
  15. Point [300] du rapport, page 76 : « La non-transmission de ses rapports met en cause la crédibilité de l’Agence vis-à-vis des pays d’origine et peut être préjudiciable aux futurs candidats à l’adoption pour ces pays. »
  16. Point [199] du rapport, page 55 : « En 2009, le rapport d’information du Sénat sur l’AFA avait souligné l’importance du montant du loyer payé par l’Agence pour les locaux du siège. Un des objectifs fixés par la COG, en matière d’optimisation des ressources, concerne l’optimisation du coût du loyer. Il convient de rappeler que l’Agence est locataire de deux ensembles de bureaux situés au même étage du bâtiment dans lequel elle est installée. »
  17. Point [73] : « (…) à la différence des OAA, l’AFA ne dispose par ses statuts d’aucun pouvoir de sélection des dossiers qui lui sont adressés ; l’Agence ne peut résister à une tendance de la demande se concentrant vers tel ou tel pays. Il en résulte, comme c’est le cas notamment avec le Vietnam, la constitution de très longues listes d’attente sur lesquelles ce rapport reviendra plus loin ;
    dans le même ordre d’idées, un opérateur public qui a vocation à accueillir tous les dossiers des demandeurs, peut plus difficilement reprendre à son compte les critères officieux, notamment d’appartenance religieuse, mis en avant par certains pays dans les procédures d’apparentement. »
  18. Réponse de la Direction générale de la cohésion sociale et observation de la mission, p. 102 : « (…) En outre, vous préconisez d’engager une réflexion sur la possibilité ou non pour l’agence de sélectionner les dossier (…). Le principe d’égalité des candidats était au cœur même de la création de l’agence, dans l’objectif d’inciter les personnes refusées par les OAA à privilégier l’accompagnement par l’AFA plutôt que la démarche d’adoption individuelle. (…) Cette disposition a été interprétée jusqu’à présent comme ne permettant pas la mise en œuvre d’une sélection des dossiers. C’est la raison pour laquelle je saisirai pour avis prochainement la mission juridique du conseil d’État de cette question juridique et particulièrement stratégique. »
  19. Yves Nicolin, président de l’AFA, en interview radio le 27 août 2008: « Les adoptants sont libres de donner ou non [une enveloppe de don à l’orphelinat de leur enfant], par contre, ceux qui ne donnent pas ou donnent insuffisamment, il faut savoir qu’ils mettent -entre guillemets- ‘en péril’ l’adoption de futurs adoptants. »
    EFA, dans le Télégramme de Brest, 1er Octobre 2008: « Il est anormal que le président d’une instance publique encourage par ses propos une attitude qui pourrait se résumer à la dérive ‘donner plus pour adopter plus’. « 
  20. Lettre de Janvier 2011 de l’OAA Edelweiss Accueil: « La pression du Ministère des Affaires Étrangères pour éliminer les petits OOA s’est officialisée cette année et s’est confirmée puisqu’un certain nombre d’entre eux, comme Edelweiss Accueil, n’ont pas reçu de subvention. Il en sera de même pour 2011. C’est sur délégation de l’Etat Français que les OAA assurent l’accompagnement à l’adoption ; l’Etat n’en a donc pas la charge. Face à la gratuité du travail effectué par les bénévoles, paradoxalement, des notions de professionnalisme et de rentabilité nous ont été opposées pour justifier cette réduction du nombre des OAA. Et que devient la dimension humaine ? A méditer ! »
  21. Secrétariat de l’Adoption Internationale, Orientations stratégiques 2011-2012 pour l’adoption internationale : « Les fusions et regroupements d’OAA sont vivement encouragés par l’autorité centrale ; la vision nationale de l’activité des opérateurs dédiés à l’adoption internationale doit se substituer à une culture associative départementale et régionale.
    – La politique d’attribution de subventions mise en place par le SAI depuis deux ans favorise les OAA les plus professionnalisés, ceux largement implantés sur le territoire national et ceux qui ont pris en charge un nombre significatif de familles candidates (au total 14 OAA sélectionnés sur 32). »
  22. Texte intégral disponible sur l’espace adoption internationale de la HCCH
  23. Les statistiques du wiki de l’adoption (maintenu par Cœur Adoption) montrent qu’avant la mise en place de la Convention de La Haye en 2004, les français adoptaient plus de 200 enfants par an à Madagascar. Ce chiffre a été divisé par 8 depuis 2005, sans que les adoptions nationales augmentent de manière significative pour autant.
  24. Le document Orientations stratégiques 2011-2012 pour l’adoption internationale du Secrétariat de l’Adoption Internationale liste ainsi :
    – Les pays représentant un enjeu majeur pour les prochaines années
    Il s’agit de pays où l’adoption individuelle va disparaître et dans lesquels les opérateurs sont appelés à jouer un rôle déterminant pour maintenir une présence forte (…) : Haïti, Russie, République Démocratique du Congo
    – Les pays justifiant le maintien ou le développement de la présence de la France : Vietnam, Colombie, Éthiopie, Mali, Chine
    – Les pays en transition La Haye justifiant un intérêt particulier : Afrique du Sud, Cap-Vert, Kazakhstan, Cambodge
    – L’Afrique : Togo, Burkina Faso, Djibouti, mais aussi encouragée en Côte d’Ivoire, en République Centrafricaine, au Bénin, et à plus long terme dans d’autres pays comme la Guinée, le Nigéria, le Cameroun
  25. Source Le Figaro, Janvier 2011
mer
6
Avr 2011

ou « A spécialiste, spécialiste et demi »

Dans la Newsletter n°2 de novembre 2010 de la Fondation pour l’Enfance1, on pouvait lire l’article de Pierre Levy-Soussan, psychiatre, psychanalyste, dans lequel était écrit :

« Le séisme en Haïti a provoqué deux séismes : la déferlante des pays occidentaux voulant « récupérer le plus et le plus vite possible des enfants adoptés » et le séisme non moins destructeur secondaire à l’arrachement en urgence des enfants de leurs institutions vers des familles adoptantes qui n’avaient jamais vu l’enfant dans 90% des cas. »

Or, sur son blog2, dans son article du 1er avril, le Dr Jean-Vital de Monléon, pédiatre au CHU de Dijon (où il a créé une Consultation d’Orientation et de Conseil en Adoption -COCA-) et expert auprès du Conseil Supérieur de l’Adoption, s’interroge sur la pertinence de ces « affirmations » et surtout sur leur source car lui-même indique :

« presque toutes les familles que j’ai vues récemment dont les enfants ont été rapatriés d’Haïti fin 2010, avaient fait au moins un voyage en Haïti avant le rapatriement, pour effectuer les démarches judiciaires et rencontrer leurs enfants. »

Nous sommes soulagés de voir que nous ne sommes pas les seuls à nous interroger sur cette fâcheuse propension à lancer des chiffres tirés d’un chapeau de magicien…

Bien qu’agacés tout de même par la répétition du discours sur les ondes radio, dans les écrits et à la télévision (car en effet, depuis le séisme en Haïti, nous retrouvons souvent le même psychiatre invité dans les interviews, nous pourrions aussi nous interroger sur ce manque de diversité mais c’est une autre question) nous pourrions en rester là et regretter simplement ce constat.

Mais cela se reproduit régulièrement. Ainsi, le 22 décembre 2010, Pierre Levy-Soussan, invité sur France Info3, compare les conditions « précipitées » d’adoption en Haïti à celles « idéales » du Vietnam où, affirme-t-il, les parents adoptifs restent 3 mois sur place pour créer « une relation d’appariement ».
Il suffit de se référer au site de l’Agence Française de l’Adoption4, à celui du wiki de notre association5 ou d’avoir connaissance des procédures des OAA pour savoir que cette affirmation est fausse. Les adoptants séjournent dans le pays d’origine de leur enfant entre 2 et 3 semaines. Ce qui est bien entendu plus long que le cas rapporté d’Haïti mais qui est tout de même bien loin des 3 mois annoncés !

Enfin tout récemment, lorsque le 30 mars dernier, une journaliste de Télématin sur France 2 faisant référence à un ouvrage de Pierre Levy-Soussan, déclare que 7 % des enfants adoptés sont ré-abandonnés, avec pour conséquence une rupture de filiation, on se dit que cela devient non plus une défaillance mais une récurrence.
Rappelons que l’adoption plénière est irrévocable et l’adoption simple peut être révoquée (annulée) par le Tribunal de Grande Instance uniquement pour des motifs graves. Si la demande de révocation est faite par l’adoptant, l’adopté doit être âgé de plus de 15 ans6. Il ne peut donc y avoir de rupture de filiation contrairement à ce qui est dit7.
Rappelons encore que les seuls chiffres réels –officiels8– concernent les pupilles de 2008:

5 enfants placés après adoption auprès des services sociaux et déclarés pupilles.

5 enfants sur 3271 enfants adoptés à l’étranger et 726 en France.

soit 3997 enfants adoptés en tout. 5 / 3997 = 0, 12 %…

Comment peut-on, à partir de ces seules données officielles existantes, affirmer que 7 % des enfants adoptés sont ré-abandonnés ? Par quels calculs magiques ?

Décidément, si la journaliste cite le psychiatre, l’on peut se demander ce que cache encore Pierre Levy-Soussan dans son chapeau…

Ces trois exemples (parmi tant d’autres) sont la démonstration qu’aujourd’hui, un discours peut être bien servi, d’autant plus qu’il l’est par un psychiatre, même s’il est infondé et incohérent du point de vue du simple bon sens (il est impossible, légalement, de rompre une filiation – adoptive ou pas- et si 7 % des adoptions se soldaient par un retour aux services sociaux, cela représenterait quelques 300 enfants par an… ce qui susciterait, nous l’espérons, d’autres remous…).

Mais le plus inquiétant, c’est qu’un tel discours est ensuite repris et répété à l‘envi, sans vérification ni contradiction aucune.

Et il s’agit là de la responsabilité des journalistes !

Traiter des problématiques délicates telles que celle de l’adoption nécessite  de se dégager de la pression événementielle, de se renseigner sur les différentes lois, de prendre du recul, de croiser les points de vue, de vérifier les sources… en tous cas de ne pas présenter comme acquis les seuls propos médiatisés tenus sur la question.


  1. https://www.fondation-enfance.org/Adoption-internationale-et-ethique
  2. https://leblogdeladoption.blogspot.com/
  3. https://www.france-info.com/chroniques-les-invites-de-france-info-2010-12-22-ces-adoptions-sont-precipitees-et-ethiquement-condamnables-selon-p-505000-81-188.html
  4. https://www.agence-adoption.fr/home/spip.php?article146
  5. https://www.coeuradoption.org/wiki
  6. source : https://vosdroits.service-public.fr/F1184.xhtml#N10162
  7. sauf dans des cas rares d’adoption simple, mais pas avant que l’enfant ait 15 ans.
  8. Ces chiffres sont publics (références de l’Observatoire National de l’Enfance en Danger (ONED) et Statistiques du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes)
sam
26
Fév 2011

L’Académie de médecine veut réformer l’adoption lit-on dans la presse :

Dans un rapport qui doit être publié ce mardi, l’Académie de médecine dénonce les failles du dispositif français en ce qui concerne l’adoption. En effet, chaque année des enfants bien qu’ils soient en situation de souffrance ou délaissés par leurs parents ne peuvent être adoptables. Lire la suite….

Un nouveau plaidoyer pour l’adoption nationale

Autres analyses :

» Femin Actu
» Nouvel Obs
» Europe 1
» ELLE
» RTL

Une dizaine de pages pour réformer l’adoption d’enfants nés en France. Mardi, l’Académie de médecine a adopté en séance plénière à la quasi-unanimité un rapport sur l’adoption nationale intitulé «Faciliter l’adoption nationale». Ce sujet, éminemment délicat et qui reste loin de faire l’unanimité, a déjà été abordé il y a trois ans dans le rapport de Jean-Marie Colombani, puis dans deux rapports de l’Igas et de l’Oned. En 2009, Nadine Morano, alors secrétaire d’État à la Famille, a présenté un projet de loi sur le sujet, toujours en attente de passer au Parlement.
» En savoir plus : lire la suite…

Les points clé du rapport

Quelques chiffres

Les auteurs comparent les évolutions respectives de l’adoption au plan national (de 1 749 adoptions en 1985 à 726 en 2008) et de l’adoption au plan international qui a quadruplé dans la même période.

Ils s’appuient sur l’enquête de l’ONED et relèvent qu’actuellement 250 à 300 000 mineurs font l’objet d’une mesure de protection de l’enfance, alors que seulement 132 d’entre eux ont été adoptés en 2008… Dans le même temps 20 à 30 000 familles postulent à l’adoption.

Pour expliquer ce décalage entre le nombre d’enfants qui pourraient être proposés à l’adoption (l’adoption est une mesure de protection de l’enfance, NDLR) et ceux qui le sont réellement, les auteurs retracent l’organigramme des différentes responsabilités en la matière, des circuits administratifs et relèvent les points faibles du dispositif (complexité, dilution des responsabilités, cloisonnement des filières et des services, hétérogénéité des systèmes selon les départements, lenteur du processus…).

« Ce n’est en moyenne qu’après cinq ou six ans de suivi que l’enfant en souffrance peut accéder au statut de Pupille de l’Etat. Il entre alors, en raison de son âge, dans la catégorie des « enfants à particularités » qui ont peu de chances d’être adoptés »

Deux cas de figure sont ensuite analysés :

  • celui de la maltraitance avérée (19 à 20 000 enfants signalés en moyenne chaque année),
  • celui du désintérêt parental.

1. Maltraitance avérée

Le rapport pointe le fait que les médecins s’abritent trop souvent derrière le secret médical (qui comporte des dérogations dont celle qui concerne les sévices sur mineurs) – seulement 3 % des signalements émanent des médecins…

Les auteurs rappellent également que le retrait des droits parentaux est très rarement prononcé au profit des mesures de maintien dans la famille (sur les 132 enfants « en danger » proposés à l’adoption en 2008, 6 seulement l’avaient été après retrait de l’autorité parentale).

Cet état de fait est lié à l’interprétation qui est faite par les juges de « l’intérêt supérieur de l’enfant », de l’article 375-2 du code civil et de la considération de l’importance du lien biologique : « tout dépend, en dernière analyse, des particularités de la situation et des convictions des décideurs » soulignent les rapporteurs.

« Mais on peut aussi estimer que « l’intérêt supérieur de l’enfant » commande de remplacer le plus rapidement possible une famille pathologique, dangereuse et véritable « école de la violence » par une famille responsable et généreuse. C’est le but de l’adoption ».

2. Désintérêt parental

Dans le cas de désintérêt parental, qui constitue du point de vue des pédo-psychiatres, une forme de maltraitance psychologique, les auteurs relèvent que la mise sous tutelle de l’enfant – statut peu protecteur- est généralement préférée à la déclaration judiciaire d’abandon.

Les enfants sont alors placés en famille d’accueil et des rencontres avec leurs parents sont organisées en présence d’un éducateur – les enfants peuvent parfois vivre très mal ces rencontres….

Par ailleurs, il existe une réelle inégalité de qualité entre les familles d’accueil et les enfants sont le plus souvent soumis à de multiples (dé) placements. Tous ces facteurs allant dans le sens d’une déstabilisation des enfants…

« De plus, la tutelle cesse à la majorité, l’adolescent se retrouve alors sans famille. 30 % des SDF sont d’anciens enfants placés » (p. 7), remarquent les auteurs posant la question « l’adoption ne constitue-t-elle pas une solution autrement constructive ? »

Accouchement sous secret menacé

Les rapporteurs soulignent également que l’accouchement sous secret est actuellement menacé, or « c’est un secours pour les femmes en difficulté qui ne peuvent assumer la charge qu’amènerait la présence de cet enfant, cela pour des motifs divers, mais qui refusent avortement et infanticide » (p. 8).

Les recommandations du rapport

Les rapporteurs recommandent :

  • de simplifier les structures et d’harmoniser les pratiques,
  • de faire en sorte que les juges aient une expérience du terrain,
  • en cas de sévices avérés, de prononcer sans délai un retrait des droits parentaux,
  • de modifier l’article 226-14-1° du code de déontologie médicale de manière à rendre obligatoire le signalement de sévices sur mineur,
  • d’évaluer tous les six mois le désintérêt parental afin de permettre une admission en qualité de Pupille et une adoption,
  • la création d’une filière de familles d’accueil bénévoles, choisies parmi les candidats à l’adoption : « cette disposition permettrait aux candidats de montrer la priorité qu’ils accordent au bonheur de l’enfant et donnerait à l’adoption son véritable sens : donner une famille à un enfant et non l’inverse »,
  • de rendre l’adoption simple irrévocable (l’objectif étant de permettre à l’enfant l’accès à ses origines tout en lui donnant une nouvelle famille),
  • de maintenir l’accouchement sous secret,
  • de renforcer le rôle du CSA en tant que structure de pilotage des dispositifs sur le territoire français,
  • de créer dans chaque département un « observatoire de l’adoption » qui fournirait au CSA les données actualisées nécessaire à ce pilotage.

Notre analyse

Ce rapport a le grand mérite de donner la parole à la profession médicale, rarement entendue mais pleinement légitime sur la question de la santé des enfants. Par ailleurs il ranime un sujet qui, quand il est évoqué, est très rapidement refermé…

Le rapport rappelle utilement les freins institutionnels et les freins idéologiques qui font écueil à une prise en charge respectueuse des besoins des enfants en danger :

  • La complexité des circuits et structures : ce fait est connu et analysé depuis longtemps (rapports Mattéi, Colombani ….) mais non traité. L’organigramme de « l’itinéraire de l’enfant en danger » est de ce point de vue particulièrement édifiant ! Il s’apparente plus à un terrible jeu de piste qu’à un processus administratif, social et juridique raisonné et ciblé vers un objectif : le rétablissement d’une situation où l’enfant pourra grandir normalement dans un univers sécurisant.
  • La valorisation idéologique du lien biologique qui pèse sur l’ensemble du système de protection de l’enfance sans jamais faire l’objet d’un réel débat démocratique.

Le rapport donne quelques pistes de travail sur le premier point mais il nous paraît important de souligner que si la simplification des structures et des procédures est nécessaire, elle ne permettra jamais à elle seule de lever l’ensemble des obstacles qui sont évoqués. Pour les institutions concernées et pour les hommes et femmes qui y travaillent, c’est le regard porté sur l’adoption elle-même qui doit évoluer.

Il en va de même pour ce qui est de la proposition de créer une nouvelle filière « de familles d’accueil de personnes agréées » pouvant évoluer vers l’adoption. La confusion risque de se faire entre accueil temporaire et adoption définitive: la famille adoptive se constitue pour la vie, c’est un projet durable, elle ne doit pas dériver vers «un temporaire qui dure faute de mieux ». L’accueil permanent d’enfants placés est un métier (c’est à ce titre qu’il est rétribué) et un accompagnement est mis en place (au-delà de la formation obligatoire de 240 heures). Une filière « familles adoptives bénévoles » constituerait à n’en pas douter une sérieuse réduction des dépenses des Conseils Généraux. Et cette formule pourrait représenter un espoir pour les familles postulant à l’adoption : on réduirait ainsi le nombre de postulants déçus… Mais où se place l’intérêt des enfants ?

Par ailleurs, rendre l’adoption simple irrévocable, tout en précisant qu’ainsi les liens avec la famille d’origine seront maintenus, peut surprendre car l’irrévocabilité de l’adoption plénière est la conséquence… (justement) de la rupture des liens de l’enfant avec sa famille d’origine !

La délicate question de la recherche des origines des adoptés est évoquée mais nous regrettons qu’elle le soit sur un mode qui nous paraît dépassé. C’est l’abandon, et non l’adoption, qui crée la rupture. Pourquoi faut-il le rappeler ? Sans doute parce que là encore le malentendu est trop souvent entretenu (avec quel bénéfice ?).

Les familles adoptives ont énormément évolué : elles ne sont plus (dans leur immense majorité) des « lieux de silence et de secret ». Aujourd’hui l’adoption est parlée, connue, vécue et assumée ! Les parents par adoption savent qu’ils prennent à un moment donné le relais dans la vie d’un enfant, ils l’accueillent avec son histoire (connue partiellement et / ou en détails)… Ils se préparent à parler à leurs enfants de leurs origines même si ce moment est probablement délicat : délicat, essentiellement, car il s’agit d’apprendre à un enfant les raisons de son abandon.

Enfin, nous nous permettons de rappeler que la création d’un observatoire national de l’adoption fait partie des propositions de notre association dans le rapport remis à l’équipe de J-M. Colombani à l’automne 2007, page 10. A l’heure où les missions des Conseils Généraux vont devoir être redéfinies, nous pensons peu réaliste d’espérer que ceux-ci aient les moyens à court terme de mettre en place des observatoires départementaux… Mais nous appuyons l’idée que le manque de données sur l’adoption en général ne permet pas de poser clairement un quelconque débat qui pourrait faire évoluer la situation des enfants en danger et pour lesquels une mesure d’adoption pourrait être bénéfique.

sam
27
Nov 2010

Il aura fallu le choléra… ou un changement de ministre ?
Mardi 23 novembre :  dans le même temps où l’ambassadeur de France en Haïti annonce la possibilité d’une mortalité de 200 000 personnes suite à la progression de l’épidémie de choléra, l’AFP relaie l’information selon laquelle le gouvernement français va “négocier avec les autorités d’Haïti un accord bilatéral pour permettre, dans le respect de la législation haïtienne, d’acheminer en France d’ici la fin de l’année, les derniers 320 enfants haïtiens en cours d’adoption” (propos de D. Le Bret, ambassadeur de France en Haïti). L’information est ensuite mise en ligne sur le site du MAEE : “[..] une démarche est effectuée auprès des autorités haïtiennes en vue de mettre en place une procédure exceptionnelle permettant le départ accéléré des enfants et de garantir leur statut juridique en France.”
Le soulagement des familles adoptantes ayant été apparentées à des enfants en Haïti avant le 12 janvier 2010 (jour du séisme) est évident et ressenti par tous ceux qui, de près ou de loin, ont suivi leur combat permanent et acharné pour sauver les enfants qui ont survécu au premier cataclysme…
Le blocage instauré par le ministre B. Kouchner et quelques uns de ses conseillers vient enfin de desserrer son étau mortifère. Ouffffffffffffff
Las, le soir même France 2 diffuse, lors du journal de 20 heures, un reportage sur les échecs de l’adoption. Les échecs existent dans l’adoption comme dans tout processus de lien, là n’est pas la question, même si l’on souhaiterait que soient tout autant mises en avant les réussites en la matière. La juxtaposition des annonces de rapatriement, ce jour-là, le souvenir de la polémique qui a été à l’origine de l’arrêt de ces mêmes rapatriements dans les semaines qui ont suivi le séisme ne peuvent qu’alerter… Mais le reportage passe sur France 2, on peut s’attendre à un minimum de professionnalisme.
Le décor est planté d’emblée : « même si aucune statistique n’existe ON estime que l’expérience se passe mal dans 10 à 15 % des cas » (Monsieur Pujadas, qui est ce “on” ? qui estime en l’absence de toute données ???). Suit un témoignage d’une dame ayant adopté une fillette en Haïti (par hasard ?) avec laquelle le lien d’attachement n’a visiblement pas pu se mettre en place. Puis intervient le Dr Levy-Soussan  à propos de son dernier ouvrage (Destins de l’adoption chez Fayard), pédopsychiatre-psychanalyste qui avait dénoncé en février dernier les conditions dans lesquelles étaient accueillis les enfants d’Haïti (voir ma réaction à l’époque), suite à quoi les rapatriements avaient été brutalement stoppés… Tiens donc (les journalistes auraient-ils un ministre de retard ?)..
Puis pour finir, un nouveau témoignage : une famille de 4 enfants adoptés avec un adolescent qui a traversé une crise. Commentaire de la journaliste (alors même que le jeune homme en question déclare qu’il s’agit pour lui d’une adoption réussie) :  « ses troubles de l’attachement liés à son adoption, il a encore du mal à les expliquer » …
Voilà une GRANDE avancée clinique : les troubles de l’attachement seraient liés à l’adoption !! Pour les non-spécialistes, je me permets de rappeler que les troubles de l’attachement sont liés à un défaut de soins (care en anglais) dans l’enfance : ce sont des troubles présentés (à des degrés divers) par les enfants qui, séparés précocement de leur mère ou de leur figure de référence ont passé trop de temps en orphelinat, ou sont passés de structure en structure sans pouvoir établir une relation sécure avec un adulte… L’adoption est la mesure qui, précisément, devrait permettre pour ces enfants de construire de nouveaux liens, en aucun cas l’adoption ne peut être à l’origine de ces troubles !!!!
Quelle confusion, certes ! Mais dans quel but ?
En ce mois de Novembre, plusieurs pays  célèbrent l’adoption mettant ainsi en lumière cette forme de parentalité, permettant peut-être de discuter calmement des problèmes qui se posent là comme dans toute autre forme de parentalité. Pas en France !
Peut-être un jour ?
HMD novembre 2010

ven
26
Mar 2010

Lettre ouverte à M. Sarkozy, M. Fillon, M. Kouchner, Mme Morano, …

Le 24 mars 2010

Simon n’a pas eu la force de nous attendre…

Nous sommes un couple qui était en cours d’adoption en Haïti au moment du séisme. Simon, l’enfant que nous attendions depuis bientôt 28 mois, vient de mourir par la faute des décisions de l’Etat français, prises soi-disant « au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant ».

La décision de communiquer sur la mort de Simon a été extrêmement difficile à prendre, par pudeur et par respect pour lui et parce que cela ne correspond pas à nos valeurs. Mais, nous n’avons pas le choix car près de 600 enfants apparentés à des familles françaises depuis des mois, des années, sont toujours en Haïti et risquent le même sort que notre petit garçon.

Pour nous, Simon était notre fils depuis plus de deux ans. La procédure d’adoption étant très longue, nous n’avions toujours pas le jugement quand la terre a tremblé en Haïti. Simon n’a pas été blessé lors du séisme.  Ce n’est donc pas directement cette catastrophe que l’on peut tenir pour responsable. En  trois ans de vie, ce petit bonhomme a connu l’abandon de ses parents de naissance, la faim, un terrible tremblement de terre, trois semaines dans un terrain vague, quelques jours dans un lieu enfin plus propice, un mois d’hôpital et l’attente interminable de ses parents, nous,  qui n’ont pas pu venir le chercher.

Depuis plus de deux mois maintenant, l’Etat français campe sur ses positions, sans tenir compte de la réalité en Haïti. On nous dit que tout est en train de se normaliser et que les procédures peuvent reprendre. Au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant », on entend que les enfants ne sont pas à un mois près. Dans le seul intérêt de valider son idéologie, M. Kouchner s’entoure de certains psychologues ou psychiatres allant dans le même sens que lui, sans entendre ceux qui ont des analyses diamétralement opposées. Ceux qui ont pris position pour bloquer le retour rapide des enfants  pourraient-ils nous parler du traumatisme d’un deuxième abandon, que Simon a dû ressentir en ne nous voyant pas venir ?

Bernard Kouchner a dit le 4 mars : « La situation a changé et maintenant, on peut plus prendre soin des enfants, parce que la crise est passée et que maintenant, nous devons prendre soin des enfants autrement qu’en les mettant dans des avions pour arriver en France. »

En ce qui concerne Simon, nous avions un certificat médical, établi le 22 janvier 2010 par un pédiatre français, qui avait rendu visite aux enfants de la crèche en octobre 2009. Il décrivait Simon comme à risque. «  J’ai constaté un grand retard staturo-pondéral […]. Ce retard de croissance était la conséquence d’une malnutrition antérieure, ce qui lui confère une grande fragilité vis-à-vis des infections. […] Suite aux évènements récents en Haïti (le tremblement de terre), les conditions d’alimentation et d’hydratation des enfants de la crèche et tout particulièrement celles de Jephté/Simon vont devenir problématiques, ce qui le met en grand danger. Son état de santé justifie donc qu’il soit prioritaire pour un rapatriement. » Tout était dit. Ce certificat a été envoyé au Ministère des Affaires Etrangères rapidement après le séisme.

Tout au long de ces deux mois, tous les niveaux de l’Etat ont été informés de la fragilité de notre petit garçon et de l’évolution de sa situation,  son hospitalisation. La directrice de la crèche a prévenu de son côté le consulat. Mais rien n’a été fait pour lui.

Alors, qu’on ne vienne pas nous dire « on ne savait pas, on ne pouvait pas prévoir ».

Simon a été hospitalisé pour une infection pulmonaire, contractée à cause des conditions de vie subies pendant les trois semaines dans un terrain vague, juste après le séisme, à l’humidité, la poussière, parmi les mouches et les moustiques.

Nous pensions qu’à l’hôpital, il allait bénéficier de soins appropriés. Naïfs, nous imaginions qu’avec les aides humanitaires, les hôpitaux étaient pourvus en médicaments adaptés. Mais il faut savoir que c’est aux patients de trouver les médicaments par leurs propres moyens, dans les différentes pharmacies.

Quand le cas de Simon s’est aggravé, c’est donc la directrice de la crèche qui a tout fait pour trouver ce qui lui était nécessaire. Quand elle l’a enfin trouvé, il était trop tard.

Voici une partie du mail qu’elle nous a adressé le 22 mars : « Tout ce que je souhaite actuellement, c’est que les enfants rejoignent le plus rapidement possible leur famille adoptive car ici, la vie devient de jour en jour extrêmement difficile. En ce moment, il n’y a plus d’hôpitaux militaires français et américains, il faut faire avec ce qu’on trouve localement ici en Haïti. »

Alors non, M. Sarkozy, M. Fillon, M. Kouchner, Mme Morano etc, tout ne rentre pas dans l’ordre en Haïti. Non, les enfants n’ont pas le temps d’attendre. Non, on ne prend pas soin d’eux, par exemple : pas de recensement précis et de prise en charge médicale des enfants qui ne bénéficient pas encore d’un jugement et qui sont malades.

Depuis le départ, les parents adoptants sollicitent l’arrivée des enfants, en toute transparence, afin qu’ils soient pris en charge d’urgence pendant que se poursuivent et se terminent les procédures de manière tout à fait légale.

On nous rétorque qu’il faut prendre des précautions. Par exemple Bernard Valéro, porte parole du Quai d’Orsay, dit le 22 janvier : « Nous avons pris toutes les précautions possibles de manière à éviter toute erreur, parce que si on fait une erreur, c’est sur un enfant que ça tombe et on ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque ».

A l’époque, il parlait du risque de se tromper sur l’identité d’un enfant et de l’évacuer en France, alors qu’il n’était pas en cours d’adoption.

Pourtant, la fin de cette citation est malheureusement aujourd’hui d’actualité, Simon est mort du mauvais usage du principe de précaution : il n’y a pas d’erreur possible, tous les enfants en cours d’adoption sont recensés depuis longtemps et pour chacun d’entre eux, un consentement d’abandon, sans lequel un apparentement n’est pas possible, est signé par les parents biologiques. Cela fait plus de deux mois maintenant que la terre a tremblé, et les enfants sont toujours dans les crèches. Ils n’ont pas été repris, comme certains semblent le dire, par leurs parents de naissance. Ils n’ont pas de famille élargie qui pourrait s’occuper d’eux, sinon ils n’auraient pas été en crèche depuis tout ce temps.

Il faut revenir au bon sens, il s’agit d’une situation tout à fait exceptionnelle, une situation d’urgence qu’il faut que la France reconnaisse. Ce n’est pas le moment d’une bataille idéologique sur l’adoption en général.

Si nous avions été belges, hollandais, américains, canadiens, luxembourgeois… ce petit bonhomme découvrirait le printemps avec nous. Il ne saura jamais ce qu’est le printemps en France.

Ce décès aurait pu et aurait dû être évité. Il faut empêcher que d’autres enfants ne meurent parce qu’on n’a pas su traiter leur dossier à temps !

Si enfin, l’Etat pouvait revenir sur ses décisions et négocier, comme d’autres ont su le faire, l’évacuation de tous les enfants apparentés à des familles françaises, Simon resterait le seul d’entre eux à avoir été une victime post-séisme. Cependant, il ne faudra jamais dire que Simon n’est pas mort pour rien. Simon n’est pas mort « pour », il est mort « à cause »…!

Surtout que la France ne cherche pas à rejeter la faute sur les responsables des crèches, sur l’Etat haïtien ou sur la fatalité. Contrairement à de nombreux pays, la France n’a pas fait évacuer ces enfants, seul le gouvernement français est responsable !

Les PARENTS de JEPHTE/SIMON

En cas de demande de renseignements, veuillez joindre M. Jean-Marc Audibert, notre ami et parent d’une petite fille vivant dans la crèche de Simon, qui l’a connu lors d’une visite en Haïti, à l’adresse suivante : jmaudibert@yahoo.fr

ven
5
Mar 2010

Coeur Adoption tient à relayer ici l’appel de l’A.F.A.E.N.A.C (Association des Familles Adoptives d’Enfants Nés au Chili) – Un bulletin de participation solidaire est disponible sur leur blog.

Le séisme du 27 février au Chili a des conséquences effroyables pour la région de Concepción, capitale de la VIII ème Région, le Bío Bío. Cette zone est la plus proche de l’épicentre du séisme de magnitude 8.8 sur l’échelle ouverte de Richter.

L’AFAENAC est particulièrement bouleversée de constater que la population de cette région, déjà gravement sinistrée sur le plan économique et social depuis la fermeture des mines de charbon, va encore terriblement souffrir des destructions provoquées par le tremblement de terre et le tsunami qui a suivi.

L’AFAENAC est d’autant plus choquée du drame que vivent des milliers de personnes de cette région, que c’est là, au cœur de la «zone du charbon » qu’elle  œuvre, depuis 17 ans, à réaliser des projets solidaires (construction du Jardin d’Enfants Lucerito à Tomé, en 2002, agrandissement du Lucerito en 2007, participation avec la Fondation CEPAS, ONG Chilienne, à la construction de l’ école « Buen Retiro » à Coronel, construction d’une nouvelle crèche/Jardin d’Enfants au Cerro Cantarrana à Coronel, en 2008, construction de nouvelles salles de classe à l’école Buen Retiro, en 2009)

Après plusieurs jours sans nouvelles de nos amis dans la région, nous avons pu avoir des informations, nous savons qu’un certain nombre d’entre eux sont sains et saufs, mais anéantis tant ils manquent de tout, tant les destructions sont grandes.

Aussi, sans attendre l’inventaire des dégâts occasionnés aux structures que nous avons contribué à construire, il semble important à l’AFAENAC de manifester le plus rapidement possible à nos amis chiliens notre solidarité et en particulier aux enfants de familles en grande difficulté économique et sociale.

La Fondation CEPAS, avec laquelle nous travaillons de longue date, saura, nous n’en doutons pas, répartir au mieux notre modeste contribution.

C’est pourquoi l’AFAENAC fait appel à vous.

Pour toute information sur le séisme survenu au Chili, n’hésitez pas à consulter notre blog :

https://afaenac.over-blog.org/

Hélène PICARD

Présidente,

avec toute l’équipe de l’AFAENAC

Bulletin de participation solidaire
télécharger la version PDF

Nom——————————————————Prénom——————————————

Adresse—————————————————————————————————–

Ville——————————————————Code Postal————————————-

Téléphone———————————————-

E-mail———————————————————————————————————

Je soutiens l’opération « SOLIDARITE Bío-Bío » et vous adresse un chèque de participation* d’un montant de ——————————— euros

*Un reçu fiscal vous sera adressé à réception de votre don.

Adressez vos dons au trésorier de l’AFAENAC

Pascal POIRIER
1 Grande Rue,
77515 La Celle sur Morin

mer
24
Fév 2010

Dixie Bickel est la fondatrice et directrice de la crèche (l’équivalent d’un orphelinat) « God’s Little Angels » (GLA). Cette crèche, peu touchée par le séisme (aucun enfant n’a été blessé) a accueilli le 20 février des enfants provenant de la crèche « Les Brebis de Saint-Michel de l’Attalaye » (BRESMA) afin de les mettre à l’abri des pluies qui tombent actuellement sur Port-au-Prince (la crèche BRESMA étant partiellement détruite, les enfants dormaient dans la rue).

Ces deux crèches sont agréées par l’IBSER (Institut du Bien-Etre Social et de la Recherche – l’organisme haïtien chargé de la protection de l’enfance) pour l’accueil des enfants et leur placement éventuel en vue d’une adoption internationale (ainsi que le suivi de ces adoptions, de l’attribution au suivi post-adoption).

Si nous parlons ici d’elle, c’est que Dixie vient de s’émouvoir – le mot est faible – sur son blog (https://godslittlestangelsinhaiti.org/andlifegoeson/) du fait que l’UNICEF s’immisce dans la vie de sa crèche et court-circuite les autorités haïtiennes :

« Aujourd’hui je suis en colère. BRESMA a amené 32 enfants à GLA pour les mettre à l’abri des intempéries. La santé des enfants se dégradait de jour en jour. Plusieurs avaient été hospitalisés et l’un est même décédé. (…). Pour sauver les enfants dont elle a la charge, la directrice de BRESMA a donc décidé de les mettre à GLA pour 3 mois le temps que sa crèche puisse être réparée. Cela parait simple, n’est-ce-pas?

(…) Aujourd’hui, les gens de l’UNICEF sont venus de leur propre chef. Aucun représentant de l’IBESR n’était avec eux. Carole, représentante canadienne de l’UNICEF m’a dit que Margarette (directrice de BRESMA) n’avais pas le droit de transférer des enfants sans le leur signaler. Je lui ai dit que, moi-même, je n’aurais pas contacté l’UNICEF, ma crèche étant agréée ! (…)

Qui dirige les services sociaux haïtiens ? L’UNICEF ? Ne pouvons-nous agir pour sauver les enfants dont nous avons la charge et faire ce qui est le mieux pour eux sans la permission de l’UNICEF (…)

Elle a prétendu (…) qu’Andy, l’un des enfants de notre crèche, n’était pas là lors de son dernier passage. Evidemment, elle a refusé de venir dans la crèche et de voir les enfants ou les chambres où ils dorment. Elle n’a jamais demandé de combien d’enfants nous nous occupions ici. Mais elle sait qu’Andy, parmi nous depuis qu’il est tout bébé, n’était pas là lors de son dernier passage ! Elle m’a aussi dit que je n’avais aucun enfant dans la pouponnière quand elle est venue. Mais depuis le séisme l’IBESR ou l’UNICEF ne sont JAMAIS rentrés à l’intérieur de nos crèches pour voir les enfants. Aujourd’hui c’était la première fois !

L’UNICEF a aussi dit que je n’étais pas sur la liste des établissements pouvant accueillir des enfants. Alors que nous sommes enregistrés à l’IBESR et autorisés à recevoir des enfants. (…) »

Les affirmations de l’UNICEF concernant Andy sous-entendent un trafic – leitmotiv récurrent chez les personnes de l’UNICEF.

Il se trouve qu’Andy a une maman adoptive. Elle s’appelle Patricia et nous a contactés. Voici son témoignage…

Andy c’est mon fils. Pendant quelques jours il a même eu le droit de s’appeler Andy Millien Durand. Puis la terre a tremblé, entraînant sous les décombres du Palais de Justice le nom de Durand. Il ne reste qu’Andy, abandonné à 9 mois chez GLA en novembre 2007. Alors non, Carole de l’Unicef vous n’avez pas le droit de le mettre dans vos beaux camps de toile, parce que moi j’ai plus de 450 photos, films qui racontent son histoire à l’autre bout du monde. Parce que j’y suis allée, j’ai gravé son odeur au plus profond de moi et que je suis revenue avec les preuves de notre rencontre. Parce que si vous lui montrez une photo de moi, il va dire : « ça se mama mwen », la seule dont il a le souvenir conscient, parce que chaque samedi il passe un long moment avec cette photo là.

Alors Carole il y a tant de choses à faire dehors, tant d’enfants qui ont besoin de vous, faites ce que vous faites de mieux : aider ceux qui souffrent et ne faites pas souffrir ceux que vous croyez aider !

Pour Andy, Patricia, sa maman.

Andy et  Patricia

Andy et sa maman…


sam
20
Fév 2010

Le Ministère des Affaires étrangères a annoncé le 18 février 2010 aux adoptants en Haïti l’arrêt des procédures de rapatriement de leurs enfants. 120 enfants, pour lesquels le jugement d’adoption avait été prononcé, ne seront donc pas rapatriés, malgré les engagements en la matière du MAEE (https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/haiti_513/france-haiti_1218/presentation_4655/seisme-haiti-situation-enfants-haitiens-18.01.2010_79069.html).

Il semble qu’à la source de cette décision il y ait les textes parus le 17/02/10 d’abord sur le blog https://bboeton.wordpress.com/2010/02/17/ladoption-nest-pas-une-action-humanitaire-durgence/ puis relayés sur le blog « Abandon-adoption », sous le titre un peu rabâché de « L’adoption n’est pas une action humanitaire d’urgence ».

A première lecture, ces textes dénoncent les conditions d’accueil des enfants rapatriés : Orly, 6 heures du matin, un hall d’aéroport, lugubre, « quelques vieux jouets [qui] traînent », des enfants laissés aux mains des responsables de la cellule d’urgence médico-psychologique [1] par les personnes qui les ont convoyés depuis la Guadeloupe. Des enfants qui manifestent vite un grand désarroi face à des adultes dont ils ne parlent pas la langue, ne pratiquant que le créole (pourtant quand Evelyne, la directrice de la crèche Notre Dame de la Nativité parle, on la comprend parfaitement…[2])

Le trait est épaissi mais on croit comprendre la volonté de S. Marinopoulos (psychologue et psychanalyste) et P. Levy-Soussan (psychiatre et psychanalyste) de souligner ce qui fait problème dans cette rencontre entre parents et enfants, une situation que l’on aurait souhaitée apaisée au possible, accompagnée, soutenue. En particulier par les psychologues, psychiatres et psychanalystes présents.

Or, la suite du texte stupéfie : c’est une charge virulente contre des parents inconséquents aux comportements inadaptés.

Et les auteurs de souligner : « heureusement quelques belles rencontres nous apaisent ». On se sent rassurés pour eux…

Force est alors de se demander à quel titre ces deux personnes se trouvaient là : observateurs ? psychologues ? psychiatres ? psychanalystes d’urgence (sans doute une nouvelle notion) ?

On ne peut ensuite qu’être surpris par la posture adoptée. En effet, là où on pourrait s’attendre à une réflexion en profondeur sur les mécanismes psychiques à l’œuvre  dans l’élaboration du lien parental adoptif, sans doute mis à mal dans de telles conditions, on ne trouve qu’une charge sans appel contre les parents adoptants dont sont relevés les comportements inconséquents : « des parents adoptifs déchirant une lettre d’une mère de naissance ne souhaitant rien garder du passé ; d’autres ne supportant pas la tenue de l’enfant qu’ils ont rencontré 5 minutes plus tôt et qu’ils changent, le dévêtant, lui supprimant ainsi ce qui faisait office de peau, d’enveloppement sensoriel ; de parents inadaptés psychiquement sans capacités identificatoires à l’enfant ; d’autres s’adressant à l’enfant avec son nouveau prénom sans lui avoir parlé de leur souhait de le rebaptiser tout de suite » [3].

Il est bien dans l’air du temps de dénoncer l’attitude irresponsable des parents adoptants (ceux qui veulent un enfant « à tout prix »..). Un air du temps entretenu par certains médias faisant leurs choux gras d’histoires sinistres qui rassurent les braves sauditeurs sur leurs propres (forcément) bonnes conduites, un air du temps bien relayé par ceux qui ne voient dans l’adoption internationale qu’un versant à peine caché du trafic d’enfants. Mais est-ce une posture de psychanalyste que de condamner ainsi sans autre forme de procès ni recul ?

Ce qui est donné à voir ici, c’est par exemple une scène (déchirer la lettre d’une mère de naissance) dont l’interprétation est laissée aux fantaisies du lecteur bien préparé à n’y voir que du mauvais, le « bon » étant forcément du côté de la mère de naissance. Qui connaît ou peut témoigner du contenu de ce courrier ? Qui peut jurer que ces parents, qui étaient en contact avec cet enfant depuis plus d’un an (durée minimale de la procédure), qui connaissaient son histoire « pré-adoption », n’ont pas cherché à le protéger d’un passé potentiellement très douloureux, à se protéger en tant que désormais parents (et reconnus comme tels par les autorités haïtiennes) ? L’acte est ici présenté comme irréparable : qu’en savons-nous ? Et d’ailleurs, pourquoi, comment cet enfant, dont la mère a consenti à son adoption depuis plus d’un an arrive-t-il avec une lettre de sa part ?

Non, on ne peut pas en trois minutes faire un diagnostic sur l’état psychique d’un individu, et c’est fort heureux…! Tout être humain a en lui un potentiel spécifique de fragilités mais aussi un potentiel de développement. Encore faut-il que ce potentiel soit soutenu. Cela vaut pour les enfants mais également pour les parents. Car se donner comme famille à un enfant est un acte grave qui engage toute la vie de l’individu qui l’accomplit. Aucun adoptant, après neuf mois au moins d’enquêtes psychologiques et sociales qui ont pour but de valider ses capacités parentales, ne peut l’ignorer.

Ceux qui ont choisi d’adopter en Haïti viennent de traverser une période particulièrement traumatisante : certains enfants sont décédés lors du séisme, d’autres le sont des conséquences de leurs blessures, certains parents ne savent que leur enfant est encore en vie que par les images terribles diffusées par les médias. Ils ont eu à se battre contre le ministère des affaires étrangères qui réfutait l’idée même d’une évacuation des enfants adoptés (donc reconnus comme tels par les autorités haïtiennes), ils ont gagné le rapatriement d’une partie des enfants, ont tremblé de ne pas savoir quand ni même si leur enfant ferait partie du voyage. Ils n’ont eu que quelques heures pour se préparer à venir les chercher et les accueillir dans les conditions déjà décrites…

Ces parents ont besoin du respect et de l’empathie de tous afin de pouvoir se donner comme famille à cet enfant. Tranquillement, doucement. Avec les erreurs qu’ils commettront forcément, comme tous les parents… et accompagnés si possible par des professionnels et des proches afin qu’ils trouvent en eux-mêmes les ressources nécessaires en se dégageant de discours culpabilisants et parfois contradictoires [3]. Ces parents, par crainte du jugement, vont beaucoup hésiter avant d’aller voir un quelconque psychiatre, psychologue ou psychanalyste… qui n’aura plus qu’à déplorer les « échecs de l’adoption » : « Les plus graves conséquences seront subies par les enfants et leurs familles et les années à venir révéleront des échecs d’adoption que nous avons fabriqués de toutes pièces. » On peut se demander alors qui aura fabriqué quoi… et dans quel but ?

Faut-il souligner encore que la plus grave des conséquences de cet article est l’arrêt du rapatriement des enfants adoptés ? Ces enfants vont rester éloignés de leurs familles, dans des conditions parfois très précaires (https://www.etic-communication.com/haiti/index.php?option=com_content&view=article&id=90:enregistrements-de-6-creches-1802&catid=3:communiques), au nom de leur propre intérêt ? Tout cela parce que l’accueil réservé aux premiers rapatriés n’a pas été à la hauteur des besoins de sécurisation affective et de ré-assurance des enfants ? Qui était donc responsable de l’organisation de cet accueil ? Qui a été consulté pour réfléchir à sa mise en place ?

N’aurait-il pas été plus « professionnel », plus responsable, de proposer de réelles mesures concernant l’accompagnement des familles (enfants et parents) plutôt que de demander « à l’exemple d’autres pays, le gel de toute arrivée d’urgence des enfants » ? [4] quand on sait par ailleurs que la grande majorité des enfants des autres pays d’accueil a déjà été rapatriée et que les crèches haïtiennes n’accueillent quasiment plus que les enfants français ?

Hélène Marquié-Dubié
Maître de conférences en psychologie
Présidente de Cœur Adoption

[1] D’après nos informations, la CUMP intervient sur Roissy, sur Orly c’est la Croix Rouge …

[2] A voir par exemple ici :

https://66minutes.m6blog.fr/tag/notre+dame+de+la+nativit%C3%A9

[3]c’est le même Dr Levy-Soussan qui préconise de changer le prénom de l’enfant dans un article où il suggère d’en finir avec les idées reçues : https://www.psychologies.com/Famille/Enfants/Epanouissement-de-l-enfant/Articles-et-Dossiers/Adoption-en-finir-avec-six-idees-recues) …

[4] https://abandon-adoption.hautetfort.com/archive/2010/02/17/l-adoption-n-est-pas-une-action-humanitaire-d-urgence.html