Cœur Adoption

Le blog de Cœur Adoption

Cœur Adoption header image 2

Haïti : les journalistes en retard d’un ministre ?


Le 27 novembre 2010 par Hélène Marquié-Dubié
Posted in Coeur Adoption

Il aura fallu le choléra… ou un changement de ministre ?
Mardi 23 novembre :  dans le même temps où l’ambassadeur de France en Haïti annonce la possibilité d’une mortalité de 200 000 personnes suite à la progression de l’épidémie de choléra, l’AFP relaie l’information selon laquelle le gouvernement français va “négocier avec les autorités d’Haïti un accord bilatéral pour permettre, dans le respect de la législation haïtienne, d’acheminer en France d’ici la fin de l’année, les derniers 320 enfants haïtiens en cours d’adoption” (propos de D. Le Bret, ambassadeur de France en Haïti). L’information est ensuite mise en ligne sur le site du MAEE : “[..] une démarche est effectuée auprès des autorités haïtiennes en vue de mettre en place une procédure exceptionnelle permettant le départ accéléré des enfants et de garantir leur statut juridique en France.”
Le soulagement des familles adoptantes ayant été apparentées à des enfants en Haïti avant le 12 janvier 2010 (jour du séisme) est évident et ressenti par tous ceux qui, de près ou de loin, ont suivi leur combat permanent et acharné pour sauver les enfants qui ont survécu au premier cataclysme…
Le blocage instauré par le ministre B. Kouchner et quelques uns de ses conseillers vient enfin de desserrer son étau mortifère. Ouffffffffffffff
Las, le soir même France 2 diffuse, lors du journal de 20 heures, un reportage sur les échecs de l’adoption. Les échecs existent dans l’adoption comme dans tout processus de lien, là n’est pas la question, même si l’on souhaiterait que soient tout autant mises en avant les réussites en la matière. La juxtaposition des annonces de rapatriement, ce jour-là, le souvenir de la polémique qui a été à l’origine de l’arrêt de ces mêmes rapatriements dans les semaines qui ont suivi le séisme ne peuvent qu’alerter… Mais le reportage passe sur France 2, on peut s’attendre à un minimum de professionnalisme.
Le décor est planté d’emblée : « même si aucune statistique n’existe ON estime que l’expérience se passe mal dans 10 à 15 % des cas » (Monsieur Pujadas, qui est ce “on” ? qui estime en l’absence de toute données ???). Suit un témoignage d’une dame ayant adopté une fillette en Haïti (par hasard ?) avec laquelle le lien d’attachement n’a visiblement pas pu se mettre en place. Puis intervient le Dr Levy-Soussan  à propos de son dernier ouvrage (Destins de l’adoption chez Fayard), pédopsychiatre-psychanalyste qui avait dénoncé en février dernier les conditions dans lesquelles étaient accueillis les enfants d’Haïti (voir ma réaction à l’époque), suite à quoi les rapatriements avaient été brutalement stoppés… Tiens donc (les journalistes auraient-ils un ministre de retard ?)..
Puis pour finir, un nouveau témoignage : une famille de 4 enfants adoptés avec un adolescent qui a traversé une crise. Commentaire de la journaliste (alors même que le jeune homme en question déclare qu’il s’agit pour lui d’une adoption réussie) :  « ses troubles de l’attachement liés à son adoption, il a encore du mal à les expliquer » …
Voilà une GRANDE avancée clinique : les troubles de l’attachement seraient liés à l’adoption !! Pour les non-spécialistes, je me permets de rappeler que les troubles de l’attachement sont liés à un défaut de soins (care en anglais) dans l’enfance : ce sont des troubles présentés (à des degrés divers) par les enfants qui, séparés précocement de leur mère ou de leur figure de référence ont passé trop de temps en orphelinat, ou sont passés de structure en structure sans pouvoir établir une relation sécure avec un adulte… L’adoption est la mesure qui, précisément, devrait permettre pour ces enfants de construire de nouveaux liens, en aucun cas l’adoption ne peut être à l’origine de ces troubles !!!!
Quelle confusion, certes ! Mais dans quel but ?
En ce mois de Novembre, plusieurs pays  célèbrent l’adoption mettant ainsi en lumière cette forme de parentalité, permettant peut-être de discuter calmement des problèmes qui se posent là comme dans toute autre forme de parentalité. Pas en France !
Peut-être un jour ?
HMD novembre 2010

4 réponses à “Haïti : les journalistes en retard d’un ministre ?”

Répondre

XHTML: Vous pouvez utiliser aussi ces tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>