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Népal: un rapport contesté de Terre des Hommes


Le 12 septembre 2008 par Coeur Adoption
Posted in Népal

Un rapport de Terre des Hommes mis en doute par les adoptants sur plusieurs points

L’ONG Suisse Terre des Hommes a lancé depuis quelques mois une croisade contre l’adoption individuelle, au travers de plusieurs rapports amalgamant systématiquement adoption individuelle et trafic d’enfants.

« Les adoptions privées offrent un contrôle insuffisant. Les parents ne se rendent souvent pas compte qu’ils sont piégés par des filières très organisées de trafiquants d’enfants ». Marlène Hofstetter, Terre des Hommes, « Adoption à quel prix ?« , Février 2008.

Après avoir pointé du doigt Haïti, Terre des Hommes a été financée par l’UNICEF pour un rapport tout aussi subjectif sur le Népal, intitulé « Adopting the rights of the child: a study on intercountry adoption and its influence on child protection in Nepal » et paru le 29 Août dernier.

Le parti pris de Terre des Hommes contre l’adoption « privée » (selon leur terme) est connu, mais d’après les adoptants qui connaissent de près le fonctionnement en la matière du Népal, ce rapport « dépasse les bornes par sa subjectivité, ses approximations voire la désinformation qu’il véhicule » (voir le témoignage ci-dessous). Sans être spécialiste de l’adoption dans ce pays, on peut cependant relever plusieurs éléments sujets à caution (ou au moins à discussion) dans ce rapport (voir « analyse du rapport TDH« ).

Les principales questions restent en suspens

Ce sont les moyens donnés aux pays d’origine pour mettre en place de réelles politiques de protection de l’enfance qui doivent être renforcés afin que cessent les trafics en tous genres d’êtres humains. Il ne sert à rien de dénoncer systématiquement l’adoption internationale et de la pointer comme source de tous les maux. Sauf à jeter systématiquement le trouble dans les esprits, biaiser un débat qui ne peut plus avoir lieu sur les contrôles nécessaires (tant du point de vue des pays d’origine que de celui des structures qui interviennent dans les procédures d’adoption : pays d’accueil qui délivrent les visas, organismes qui gèrent les procédures…).

La volonté affichée du gouvernement français de limiter autant que faire se peut l’adoption en individuel s’appuie, semble-t-il, sur ce type «d’informations » avec pour effet de diminuer de façon notable les adoptions dans les pays visés. Cependant, pour autant, les moyens alloués aux organismes chargés de prendre la relève sur les pays où l’adoption en procédure individuelle est interdite, moyens qui leur permettraient sans doute de garantir une meilleure instruction des procédures, ne sont pas augmentés. De ce fait, la condition des enfants dans certains pays d’origine ne s’en trouve pas non plus améliorée. Encore à l’heure actuelle, il arrive donc que pour eux l’adoption internationale soit la seule chance de survie, en attendant que des structures sur place se développent…Nous espérons que les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement français permettront, au travers de la refonte des principales institutions de l’adoption, une meilleure lisibilité des procédures, une meilleure adaptation de celles ci aux besoins réels des pays d’origine.

Le renforcement (ou plus exactement la mise en place) de l’Autorité Centrale pour l’Adoption doit permettre d’offrir un cadre sécurisé à l’adoption internationale. Elle devrait avoir également pour mission l’écoute et le conseil aux candidats. En cas de doute sur le déroulement d’une procédure, ceux-ci doivent enfin pouvoir trouver un interlocuteur de confiance. Le soutien ainsi apporté aux adoptants permettrait de les responsabiliser et assurerait un meilleur encadrement de l’adoption internationale. Plus l’on fait confiance à une structure, mieux on en comprend et respecte les règles. Les structures actuelles ont souvent atteint la confiance de nombreux candidats à l’adoption en un système dont ils ont pu mesurer les lacunes (au plan de l’information, au plan de la transparence…). Les plus importantes dérives connues de l’année 2007 ont été sinon orchestrées, du moins couvertes par les instances chargées de réguler l’adoption internationale. Que peut alors en penser l’adoptant lambda ? Quelles ressources peut-il mobiliser pour se faire un avis face à une proposition « parallèle » ? Le cadre est largement défaillant et l’on voudrait que des individus isolés, allant d’impasse en impasse (tirage au sort, listes d’attentes inexistantes pour la plupart des pays, OAA surchargés…) mettent en œuvre eux-mêmes une « éthique de l’adoption », éthique que l’Etat français lui-même n’a pas su garantir ? Il est facile de dire que les candidats à l’adoption sont « aveuglés par leur désir d’enfant ». Aidons-les plutôt à y voir plus clair !

Témoignage

Blandine et Marc-Antoine, parents d’une fille adoptée au Népal en 2005: Nous avons adopté notre fille au Népal il y a un peu plus de trois ans et vécu là-bas quelques mois au contact de l’orphelinat. Nous y avons gardé des contacts et sommes proches des derniers adoptants revenus avec des enfants. Nous sommes particulièrement sensibilisés à la situation de l’adoption au Népal et nous avons téléchargé le rapport de Terre des Hommes dès l’annonce de sa parution sur les différents forums. Le moins qu’on puisse dire est que nous ne sommes d’accord ni avec ses conclusions, ni même avec certains de ses pseudo « découvertes ».

Lors de notre séjour en 2005, nous avons été personnellement très vigilants quant à l’origine des enfants proposés à l’adoption et avons été rassurés par l’orphelinat de notre fille, qui acceptait beaucoup d’adoptions individuelles.

Nous nous rendions régulièrement à l’orphelinat, souvent lors de visites surprises. Nous avons été témoins du travail au quotidien de son personnel. La grande majorité des enfants présents ne sont pas adoptables, mais ont été confiés par les parents biologiques. Leur hébergement et leur scolarité sont assurés par les parrainages internationaux, et les enfants restent à l’orphelinat jusqu’à leur majorité, voire au-delà. Aucun d’entre eux n’a été proposé à l’adoption internationale.

L’orphelinat recueillait aussi des enfants abandonnés, qui pouvaient être proposés à l’adoption internationale. Nous avons été témoins de certains abandons, parfois sordides, toujours tristes. Il y avait de véritables orphelins (le pays était encore en pleine guerre civile) et des bébés réellement trouvés dans la rue.

Mais chaque fois que l’enfant était abandonné par ses parents biologiques, il y avait très souvent l’espoir de leur part d’offrir un meilleur avenir à leur enfant. Tous étaient très clairement informés, et rencontraient les futurs parents adoptifs de leur enfant. L’orphelinat faisait aussi son possible pour éviter les abandons, parfois en dépannant financièrement, ou en annulant au dernier moment une adoption quand les parents revenaient sur leur décision.

Le personnel de l’orphelinat travaillait dans des conditions difficiles, mais grâce notamment aux dons des adoptants, réussissait à bien nourrir, soigner et éduquer les enfants, qui étaient visiblement aussi heureux que possible dans leur condition. La suspension généralisée des adoptions en 2007 suite à l’action des autorités françaises a aggravé la situation des enfants et fragilisé les orphelinats dans leur ensemble. Grâce aux dons d’associations européennes, l’orphelinat de notre fille a continué à recueillir des enfants abandonnés autant qu’il le pouvait, mais au bout d’un moment, a été obligé d’en refuser. Courant 2007-2008, plusieurs bébés ont été retrouvés morts dans les rues proches des orphelinats.

Jusqu’au début de 2004, il n’y avait que trois orphelinats agréés pour l’adoption internationale au Népal [Coeur Adoption: les deux principaux étant Bal Mandir, ancien orphelinat d’état maintenant entièrement privé, et Children’s Home]. Lorsque nous sommes allés chercher notre fille au Népal fin 2004, il y en avait une dizaine de plus, et certains se sont avérés franchement douteux. L’état népalais a engagé des poursuites suite à de véritables trafics, et certains sont maintenant fermés.

Alors oui, des dérives existent au Népal. Nous ne cautionnons ni les faux en écriture, ni les trafics d’enfants de toutes sortes. Quelques rares orphelinats ont été moins clairs dans leur fonctionnement que ceux qui sont reconnus depuis des années, et ont été fermés par les autorités népalaises. Nous avons malheureusement noté que ce sont principalement des orphelinats qui fonctionnaient avec des Organismes Agréés pour l’Adoption européennes. Dans ces cas-là, il y avait pourtant des indices inquiétants qui auraient dû alerter organismes et Etats bien plus tôt. Ainsi, ces orphelinats exigeaient des dons de l’ordre de 30 000 dollars, alors que la moyenne de ce que les français payaient dans les orphelinats agréés était à l’époque dix fois moins élevée.

Alors qu’on ne vienne pas nous dire que l’adoption individuelle provoque les trafics, et que les OAA internationales sont une garanties d’une absence totale de trafic ! Quand les adoptants sont acteurs de leur démarche d’adoption, ils peuvent être très vigilants, tandis que le passage par un organisme peut parfois les rassurer à tort. Et ne diabolisons pas l’adoption : qu’elle soit en démarche individuelle ou via un OAA, elle est très majoritairement faite dans le respect des droits de l’enfant et des parents (biologiques et adoptifs).

Quant aux pays d’accueil, c’est aussi leur rôle d’être vigilants et d’indiquer aux adoptants les orphelinats dans lesquels ils peuvent adopter sans risque. C’était d’ailleurs ce que faisait l’ancienne Mission de l’Adoption Internationale [Coeur Adoption: maintenant remplacée par le Secrétariat Général à l’Adoption Internationale] jusqu’en 2005, en listant les orphelinats reconnus par la France . L’information disponible actuellement est bien moins riche.

Sources:

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