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2008.06.27 Abandon à la naissance: le retour des «tours à bébés»

source : AFP
Gilles Laffon
Strazbourg
Souvent conséquences de la précarité ou de la maladie, les abandons d'enfants perdurent, selon un rapport du Conseil de l'Europe qui constate le retour de «tours à bébés», ces lieux où l'on peut abandonner un nouveau-né.

Si des nourrissons sont régulièrement découverts dans des poubelles ou des lieux publics, d'autres, moins nombreux, sont abandonnés de façon anonyme dans une structure spéciale, survivance de la «tour à bébés» ou «tour d'abandon» largement répandue à travers l'Europe au Moyen Age.

«On assiste au retour controversé des tours à bébés», explique le parlementaire britannique Michael Hanckok, auteur d'un rapport débattu vendredi à Strasbourg.

En Allemagne, Suisse, Autriche, Hongrie, Slovaquie, Belgique, Italie, des «boites à bébés» ont été installées ces dernières années. Accessibles de l'extérieur, on peut y abandonner anonymement un enfant qui sera ensuite confié à des parents nourriciers en attendant une adoption. Enregistré immédiatement, même si sa mère dispose d'un délai pour le reprendre, il reçoit un nom et un prénom.

En début de mois, une nouvelle «Babyklappe» a ainsi été aménagée dans le mur d'un hôpital d'Outre-Rhin. On en compte 80 en Allemagne, pays en pointe, et quelques dizaines dans des pays comme l'Italie ou la République tchèque, mais le phénomène est mondial puisque le Japon vient d'en créer un à Kumamoto.

Aux Etats-Unis depuis 1999, la plupart des Etats permettent l'abandon anonyme des bébés, de la naissance jusqu'à un an, dans des lieux sécurisés sans risque de poursuites pénales.

La «boite à bébés» fait controverse: dans beaucoup de pays l'abandon notamment sauvage est considéré comme un crime et ce système est alors perçu comme «une incitation à commettre un crime et à déresponsabiliser les mères».

Les tenants du système avancent des arguments éthiques: lutte contre l'avortement, prévention des abandons sauvages, des infanticides et de la maltraitance, et aujourd'hui certitude de voir les enfants adoptés.

«Il s'agit d'un moindre mal, car la vie de l'enfant n'est pas mise en péril et il devient adoptable», a résumé vendredi le parlementaire français André Schneider, traduisant l'avis de ses pairs.

Ces mêmes arguments valent en faveur de l'accouchement dans l'anonymat, peu répandu à la notable exception de la France qui connaît environ 500 accouchements sous X par an.

«Le manque de bébés adoptables est un facteur aggravant de la pratique de l'abandon anonyme», selon l'Assemblée parlementaire (APCE) du Conseil de l'Europe.

Le rapport, pauvre en statistiques sur ce sujet sensible, affirme que le phénomène de l'abandon «est loin de se tarir en Europe centrale et orientale et qu'il est également bien réel en Europe occidentale».

Il semblerait que les mères se séparant de leurs nouveaux-nés soient le plus souvent de très jeunes femmes, souvent d'origine étrangère, sans autonomie (migrantes irrégulières, prostituées, jeunes filles de milieu musulman) qui n'ont pu recourir à la contraception et à l'avortement.

Dans certains pays, la clause de conscience des médecins ou encore des délais stricts et des formalités peuvent handicaper ces pratiques.

Le nombre d'enfants abandonnés en institutions reste élevé en Roumanie ou en Bulgarie. En Ukraine les abandons s'expliqueraient par des pressions familiales sur la mère. Il y a également le cas des mères atteintes du virus VIH/SIDA qui abandonnent leur nouveau-né susceptible d'avoir le virus, notamment en Russie, en Ukraine ou en Géorgie.

Le Conseil de l'Europe demande à ses membres d'adopter des procédures transparentes d'abandon et des délais raisonnables de rétractation pour la mère.


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