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2008.07.15 Adoption : à Versailles, on accompagne les familles

source : Le Figaro
Delphine de Mallevoüe

Un dispositif original qui, à l'intérieur de l'hôpital, propose un soutien à la fois médical et psychologique aux familles adoptantes.

Tous ces jouets dans un hôpital… Rémi n'en revient pas. Entre les cabanes où s'agenouiller, les fresques colorées, les jeux et les dessins qui constellent les murs, le service de pédiatrie néonatalogie du centre hospitalier de Versailles a des airs de crèche. Comme les autres, Rémi attend «le docteur».

Pourtant, il n'est pas malade. Il est même au contraire sur le chemin d'un bonheur tout neuf : trouver enfin une famille. En effet, ce petit Russe de 5 ans, en France depuis deux mois et demi, vient d'être adopté par Marie-Paule et Laurent, un couple versaillais de 45 et 48 ans. Comme 150 autres adoptants des Yvelines en 2007, ils ont pris rendez-vous à la Coca (consultation d'orientation et de conseil pour l'adoption) du centre hospitalier de Versailles, un dispositif original qui propose à la fois un soutien médical et psychologique aux familles adoptantes.

La consultation, qui est entièrement remboursée, est ouverte aux parents avant l'adoption et après, pour un suivi de l'évolution de l'enfant. «Comme cette prise en charge globale est très personnalisée, le mot accompagnement est plus approprié que consultation», souligne Olivier Colin, le directeur du centre hospitalier de Versailles.

Pathologies spécifiques liées au pays d'origine de l'enfant, mais aussi problèmes d'endormissement, refus de nourriture, de la nouvelle autorité parentale, agressivité épisodique… Toutes ces problématiques caractéristiques de l'adoption sont abordées, en fonction des questions et des besoins des parents et de l'enfant.

«Tenir compte des antécédents de l'enfant»

«Notre travail s'articule sur trois axes : l'aspect médical, l'observation enfant-parents c'est-à-dire la psychomotricité, la relation avec l'adulte en général et ses parents en particulier et enfin la façon qu'a chacun de se positionner par rapport à l'autre», précise le Dr Anne de Truchis, la pédiatre responsable de la consultation. Intégration, jeu, adaptation à la langue, sentiment de culpabilité, réaction à la frustration, propreté… elle passe tout à la loupe avec la psychologue, Bahvani Cherer, avec qui elle travaille en binôme.

De quoi rassurer les parents de Rémi qui avaient rendez-vous pour la première fois à la Coca. Après une heure et demie d'entretien, ils s'avouent très contents de ce «point d'étape» qu'ils étaient venus chercher. «Sans repères, nous nous questionnions beaucoup sur l'évolution de Rémi, sur la conformité ou non de son développement et de son comportement par rapport aux autres enfants de son âge», explique Marie-Paule. Ce sont surtout les conseils sur les attitudes à avoir et à proscrire qui les ont «beaucoup aidés», reconnaissent-ils en reprenant rendez-vous dans six mois.

Pour le Dr Truchis, le travers le plus répandu et le plus lourd de conséquences, c'est «la volonté des parents d'emmener l'enfant sur le terrain de l'apprentissage, pour qu'il “rattrape” les autres, alors que les liens d'attachement ne sont pas encore en marche», explique-t-elle. «Oui, l'adoption est une renaissance, non on ne peut pas remettre tout à zéro, il faut tenir compte des antécédents de l'enfant, de son vécu, de son histoire.»

Pilote depuis 2005, avec une dizaine d'autres en France, ce dispositif devrait faire école, à en croire l'intérêt que leur a récemment porté la secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano. D'autant qu'il est peu coûteux : 40 000 euros par an. Un projet de «structuration régionale» des différentes Coca, précisément conduit à Versailles par le Dr Pierre Foucaud, laisserait entrevoir une généralisation…


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