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2008.08.27 Coeur Adoption: “Les adoptants ne sont pas assez accompagnés“

source : JDD.fr

Propos recueillis par Marie DESNOS
Avec une semaine de retard - en raison de la cérémonie en hommage aux dix soldats français tués en Afghanistan - la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, a présenté jeudi un plan visant à redynamiser l'adoption. Contactée par leJDD.fr, Hélène Marquié, de l'association Coeur Adoption expose sa vision de la situation de l'adoption en France, ses failles et ce qu'elle préconise pour y remédier.

Créer une Autorité centrale, réformer l'agrément - première étape dans la procédure d'adoption - et relancer l'adoption nationale. Tels sont les trois grands axes de la réforme de l'adoption, présentée en conseil des ministres ce jeudi par la secrétaire d'État chargée de la Famille, Nadine Morano, et son homologue chargée des Affaires étrangères et des droits de l'Homme, Rama Yade. Ce projet de loi s'inspire largement du rapport Colombani, remis le 19 mars dernier à Nicolas Sarkozy. Son objectif est clair: augmenter le nombre d'adoptions en France. Selon Nadine Morano, il y a moins de 4 000 adoptions par an en France “alors que nous avons près de 30 000 agréments”. En deux ans, le nombre d'adoptions internationales - qui représente 80% des adoptions en France - a diminué de 20%, à 3 162 adoptions en 2007 contre 4 136 en 2005.

Au mois de mars dernier, Marie-Hélène Theurkauff, membre de l'association Enfance et Familles d'adoption, affirmait que s'il y a moins d'adoption c'est parce qu'“il y a moins d'enfants adoptables”. Pourtant, l'Italie, par exemple, a vu ses adoptions augmenter de 9%…

Il n'y a pas moins d'enfant à adopter, puisque dans les pays où l'on adopte, la natalité n'est pas en baisse ni la croissance en hausse. Ce qui complique les choses, c'est surtout la convention de La Haye, qui demande aux pays de mettre en place des structures qu'ils n'ont pas forcément les moyens - financiers et techniques - de mettre en oeuvre. [Cette convention a instauré le principe de subsidiarité, c'est-à-dire qu'elle privilégie l'adoption au sein du pays d'origine avant de se tourner vers l'international, Ndrl]. La procédure d'adoption a par ailleurs sensiblement ralenti depuis la création de l'Agence française pour l'adoption [AFA, en 2005, Ndrl].
Le projet de loi prévoit la mise en place d'une Autorité centrale, chargée de “mieux coordonner l'ensemble des services qui se consacrent à l'adoption”. Concrètement, quel sera son rôle?

Cette autorité existe déjà depuis plusieurs années. Mais elle n'a jamais réellement fonctionné. Son rôle est de superviser tout le processus, mais il faudrait voir comment il va se concrétiser par rapport à l'AFA. Cela va prendre du temps. Il faut aussi que des personnes compétentes soient désignées. Le gros problème de l'AFA par exemple, c'est que ses membres son très loin du terrain, mal informés; qu'ils ne ressentent souvent pas d'empathie avec les adoptant, qui ne lui font plus confiance.

Et quel est le rôle de Jean-Paul Moncheau, nommé en juin par Nadine Morano ambassadeur pour l'adoption internationale.

Il doit coordonner l'action du ministère des Affaires étrangères, ses prérogatives sont très vagues pour nous. Rien n'a circulé sur le sujet pour le moment. “Certains couples ne font pas suite au projet”

L'agrément est délivré à quelque 8 000 familles chaque année. Environ 30 000 familles françaises détenaient un agrément en 2006 pour finalement moins de 4000 adoptions au total. Comment expliquez-vous un tel décalage?

Tout d'abord, nous prenons ces chiffres avec précaution. Ensuite, il faut savoir qu'un certains nombre de couples ne font tout simplement pas suite au projet, pour des raisons personnelles. Pour les autres, je pense que les critères posés par l'AFA sont parfois trop strictes. Pour pouvoir adopter, il faut être en couple dans une situation stable, et - je caricature - blond aux yeux bleus. Or, tous les enfants n'ont pas besoin de ça. Je pense notamment à ceux qui ont été violentés et qui seraient mieux dans une famille monoparentale. De même, un certain nombre d'enfants restent sur le carreau. Les handicapés par exemple.

Vous proposez-donc d'assouplir les critères ?

Non, pas forcément. Les choses ne vont pas changer d'un coup de baguette magique. Il y a tout un travail sur les mentalités qui est à faire, notamment dans l'esprit des travailleurs sociaux, puisque c'est eux qui orchestrent l'adoption. Je préconise surtout un meilleur accompagnement des adoptants, qui ont besoin d'être mieux informés.

Ni le rapport Colombani, ni le projet de loi ne se prononcent sur l'adoption des couples homosexuels. Et vous qu'en pensez-vous?

C'est normal qu'ils ne l'évoquent pas puisque le gouvernement s'était engagé à ne pas le faire. Pour ma part, je n'ai pas d'opinion sur la question. Je pense qu'un débat national sur la question serait toutefois le bienvenu.
En 2007, seuls 706 enfants nés sous le secret ou abandonnés, ont été adoptés, (contre 3 600 en 1995) tandis qu'environ 20 000 enfants sont placés en familles d'accueil chaque année. Nadine Morano préconise donc une simplification de la procédure d'abandon. Et vous?

La secrétaire d'Etat veut modifier l'article 350 du code civil relatif aux conditions de déclaration d'abandon. Or, cet article a déjà été modifié en 2005 et cela n'a rien changé.


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