2008.08.30 Regard sur le nouveau plan du gouvernement - Jean-Vital de Monléon

(Le Bien Public) Ce pédiatre dijonnais est à la tête de la plus grande consultation européenne sur l'adoption. Référence en la matière, il revient sur son expérience et le nouveau plan du gouvernement.

Le Bien Public. - En quelques mots, pouvez-vous rappeler ce qu'est, et ce que n'est pas, l'acte d'adopter ?

Jean-Vital de Monléon. - « Pour les parents, cette décision est généralement motivée par un désir de créer ou d'élargir une famille. Pour l'enfant, l'objectif est de trouver des personnes humaines et aimantes pour grandir. Mais en aucun cas, l'adoption n'est un geste humanitaire : on n'adopte pas pour sauver une vie ! C'est malheureusement l'idée que s'en fait une grande partie de la population… »

LBP. - Menez-vous une action particulière contre ces préjugés ?

J.-V. de M. - « Au quotidien, des conférences, articles, me permettent de lutter contre ces idées reçues. Deux livres destinés au grand public m'ont aussi permis de clarifier les choses. Le premier, Naître là-bas, grandir ici (paru en 2003 chez Belin), essaie de faire le tour des réalités liées à l'adoption : les problèmes auxquels sont exposés les enfants, le temps énorme qu'il faut y consacrer… Le second, Les deux mamans de Petirou (2001, Hachette Jeunesse) s'adresse quant à lui aux enfants de 2 à 7 ans et est distribué dans les écoles par exemple, pour que les institutrices puissent expliquer la situation d'un enfant adopté lors de son arrivée dans une classe. »

LBP. - Vous-même avez 5 enfants dont 3 adoptés, et la thèse que vous rédigez tourne autour de ce sujet : d'où vous vient cet engouement ?

J.-V. de M. - « Trois choses ont déterminé mon intérêt pour la question. Tout d'abord, mon séjour de fin d'internat en Polynésie m'a fait réaliser combien les Français avaient une vision étriquée de l'adoption. Là-bas, la culture veut qu'on soit le parent de l'enfant qu'on élève, pas de celui qu'on fait. Hormis la dimension anthropologique de mes activités, la pédiatrie m'a fait découvrir des problèmes hormonaux chez les jeunes filles adoptées : leur puberté est plus précoce et je me suis senti une sorte de « mission » que d'en informer mes collègues par des études. Enfin, j'ai adopté à ce moment-là ma fille aînée et me suis rendu compte que cet acte menait à une parentalité à part entière. »

LBP. - « Être le parent de l'enfant qu'on élève » : est-ce naturel ou cela induit-il un apprentissage ?

J.-V. de M. - « Il faut apprendre. Indubitablement. Pour quelle raison ? Notre société reste encore très marquée par le droit du sang, et depuis quelques années émerge la notion de transmission d'un patrimoine génétique, qui marque encore plus les esprits. Il faut donc apprendre, en s'inspirant de l'expérience d'autres personnes, en découvrant d'autres cultures, que la filiation est autre chose qu'une affaire de sang ou de chromosomes. C'est le rôle des associations, des consultations, etc., que d'accompagner les parents dans ce sens. »

LBP. - Pouvez-vous nous dire quelques mots du Plan adoption discuté mercredi dernier au Conseil des ministres ?

J. -V. de M. - « Ce plan a deux facettes : l'une est internationale, l'autre nationale. Pour la première, il prévoit de mieux aider les familles qui veulent adopter à l'étranger en leur assurant une aide par les différents consulats. Jusqu'à maintenant, ces organes étaient seulement des garde-fous contre les trafics et n'assuraient pas de suivi. La plupart du temps, on remarque également que les pays d'origine ne voient pas l'adoption comme un service et demandent un échange : c'est pourquoi la France va déployer une action humanitaire dans les zones concernées.

Sur le plan national, on constate une certaine frilosité de l'adoption, puisque moins de 1 000 enfants sont pris en charge par une nouvelle famille chaque année. Le plan envisage donc des mesures pour faciliter cette démarche, qui aiderait probablement plus tôt les enfants qui en ont besoin. »

LBP. - Quelle influence aura ce projet sur votre activité ?

J.-V. de M. - « Depuis neuf ans, je fais vivre la consultation, qui voit un tiers des enfants adoptés de France. J'accueille les parents avant l'adoption, l'enfant à son arrivée, et lui assure un suivi psychologique et médical au sujet des problèmes qui auraient un lien avec cette démarche. De jeunes adultes me consultent d'ailleurs encore quand ils pensent que ce qui leur arrive est lié à leur adoption.

Concrètement, ce que j'attends surtout de ce plan est une aide financière, car aujourd'hui nous rendons des services à près de 500 enfants par an… en bricolant ! L'idéal serait d'avoir à Dijon deux médecins, une puéricultrice, un psychologue ainsi qu'une secrétaire, car pour l'instant je m'en occupe seul et sur mon temps de travail. Le but serait donc de se donner le temps de faire les choses correctement. Enfin, j'espère que les moyens se concentreront sur les consultations déjà existantes, pour ne pas disperser les compétences et privilégier la qualité plus que la quantité de l'offre de services. »

Propos recueillis par Benjamin HUTTER


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