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2008.09.02 L'adoption, vieille comme le monde

(Le Temps) PSYCHOLOGIE. Depuis toujours et sur tous les continents, des enfants sont élevés dans une famille adoptive. Une ethno-psychologue genevoise veut alimenter l'imaginaire des petits en leur racontant comment dans un livre.

Chez les Gonja du Ghana, l'enfant nouveau est souvent donné en adoption à un oncle ou une tante. A la tante paternelle si c'est une fille, à l'oncle maternel si c'est un garçon, selon l'idée que chacun appartient d'abord à sa lignée. Dans certaines ethnies du Sénégal, il arrive que la mère, au moment du mariage de sa fille, lui confie sa cadette en adoption, laquelle devient ainsi la fille de sa sœur. On voit aussi des femmes stériles recevoir un enfant, avec pour tâche de l'élever et de racheter, en prouvant leurs compétences maternelles, la faute supposée être à l'origine de leur stérilité. Chez les Inuits, l'enfant adopté porte un double nom qui marque sa double appartenance.

Dans le vocabulaire ethnologique, toutes ces pratiques entrent dans le cadre de la «circulation traditionnelle des enfants», dont l'adoption internationale telle que nous la connaissons ne constitue qu'un élément marginal et relativement récent. C'est ce que Daria Michel Scotti découvrait, voici bientôt dix ans, au cours de ses études d'ethnologie à l'Université de Neuchâtel. Et comme - combinaison rare - elle étudiait en parallèle la psychologie, elle s'est demandé pourquoi elle ne trouvait aucun livre pour enfants qui parle des différentes formes d'adoption. On ne peut pourtant pas dire que l'ethno-attitude ne soit pas à la mode? «Vrai, mais la démarche de comparaison entre les cultures, dans l'édition pour enfants, reste souvent très superficielle: elle s'arrête aux manières de manger, dormir, habiter.»

De ces expériences est née l'idée d'un livre beau et utile qui sort ces jours-ci, où un grand-père voyageur raconte à son petit-fils venu d'ailleurs les formes que prend l'adoption, cette «pratique vieille comme le monde», ici et là sur la planète. L'ouvrage vise les petits frères en expérience de son héros, que Daria Michel Scotti fréquente dans un atelier coanimé par elle à Espace Adoption à Genève: «Dire à un enfant: ta maman t'a abandonné parce qu'elle était trop pauvre pour t'élever, c'est vraiment court et réducteur. C'est pourtant un discours encore trop souvent proposé par la littérature enfantine sur le sujet: elle alimente ainsi l'idée dangereuse que l'adoption serait une invention des sociétés occidentales et pourrait se confondre avec un geste humanitaire.» L'ethno-psychologue a donc voulu «complexifier» le sujet, et aussi «alimenter l'imaginaire» de ses lecteurs avec autre chose que des images de détresse et de pauvreté.

Mais peut-on assimiler don d'enfant et abandon? «Certainement pas! Mon propos est d'expliquer qu'il existe d'autres modèles de famille que celui en vigueur dans nos sociétés. Mais l'adoption plénière internationale telle que nous la connaissons a des caractéristiques qu'on ne retrouve pas ailleurs. C'est notamment l'une des rares où le lien avec la famille d'origine est coupé.» De l'Afrique à l'Océanie, en effet, l'enfant donné sert traditionnellement à resserrer les liens à l'intérieur d'une famille ou, comme le mariage, à sceller des alliances entre groupes familiaux observent les ethnologues (lire bibliographie en encadré ci-dessus). La plupart du temps d'ailleurs, l'enfant «né une deuxième fois» ne quitte sa génitrice qu'après avoir été sevré.

Ce qui ne veut pas dire que le don est une partie de plaisir: une pratique, parce qu'elle est traditionnelle, n'en est pas pour autant indolore. A propos, que sait-on des déchirements, du sentiment d'abandon et d'injustice, des abus et des blessures qui se cachent derrière la «circulation» enfantine? Très peu de chose, déplore Daria Michel Scotti, car il est rare que les ethnologues s'intéressent, comme elle, aux répercussions existentielles des différentes pratiques. Lorsqu'ils le font, c'est pour livrer des indices sans ambiguïté: il y a une «violence» dans le don traditionnel qu'il serait bien naïf de nier.

Ces dernières années, raconte Daria Michel Scotti, on a vu des aspirants parents occidentaux s'intégrer dans le réseau traditionnel du don d'enfant en Polynésie française pour adopter selon les codes du lieu. La double appartenance de l'enfant est ainsi fortement investie: «Pour le moment, ces enfants sont trop jeunes, on ne peut rien dire sur les effets de cette pratique.» L'ethno-psychologue note d'ores et déjà que, comme l'adoption à l'occidentale, elle pose des questions aussi «intéressantes» que «délicates». Entre l'ethno-idéalisation et l'alarmisme qui tue, la porte est étroite.

D'un monde l'autre, de Daria Michel Scotti, illustrations Kalonji. Ed. La Joie de Lire, 35 p.

Sur le don d'enfants

Anna Lietti - Pour en savoir plus:

  • Suzanne Lallemand: La circulation des enfants en société traditionnelle: prêt, don, échange, Ed. L'Harmattan, 1993.
  • Agnès Fine (sous la dir. de):
    Adoptions: ethnologie des parentés choisies, Ed. Maison des sciences de l'homme, 1998.
  • Isabelle Leblic (sous la dir. de): De l'adoption: des pratiques de filiation différentes, Presses universitaires Blaire Pascal, Clermont Ferrant, 2004.
  • Sabine Laîné est, quant à elle, l'auteure d'un livre témoignage sur l'adoption «interculturelle» d'une métropolitaine en Polynésie: 1, 2, 3, mes petits koalas… Ed. L'Harmattan, 2005. Son blog:
    http://meskoalas.over-blog.com

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