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2008.09.14 Revue de presse: tabou (fady) de l'abandon des jumeaux à Madagascar et articles concernant l’abandon et l’adoption des jumeaux à Madagascar

Lorsque l'on parle d'adoption et des débuts de l'adoption à Madagascar, on pense tout de suite à l'adoption des (plus souvent d'un) jumeau(x) abandonné(s) sur la côte est de l'île du fait d'un tabou persistant. (voir l’article du Monde du 5 septembre 2008, « Les Jumeaux maudits de Mananjary »).

Explication sur le tabou ou fady en malgache :

Les jumeaux dans l'histoire

source : http://www.les-nouvelles.com/

Dans la tradition malagasy, les nombres 7 et 12 sont considérés comme fastes et sacrés et c'est ainsi qu'il y a les sept menus, les douze collines sacrées, les douze épouses royales etc. Il semble aussi que les anciens aient eu une certaine répulsion à l'égard du nombre 2 qui selon eux incarne la division et la scission.

On dit que ce fut pour cette raison que la reine Ranavalona lère, en faisant construire son palais de Manjakamiadana par Jean Laborde avait proscrit les portes à deux battants, imposant celles à battant unique. En tout cas, cette croyance devait exister bien avant son règne quand on voit que les vieilles maisons d'autrefois, celles des particuliers tout comme celle des souverains comme Andrianampoinimerina à Ambohimanga par exemple ont une porte à un seul battant. Ce choix serait dicté par des raisons La reine expliqua ce choix en déclarant que deux battants pour une porte annonceraient des troubles fomentées par deux personnes ce qui apporterait la division du royaume.

Cette croyance devait être fortement ancrée dans les esprits car on en retrouve les traces dans certaines traditions comme lors des préparatifs de la fête annuelle du Fandroana, c'est-à-dire la fête nationale.

A cette occasion, en effet, on servait à la table royale du riz sélectionné avec soins durant des jours , du riz provenant des rizières royales de Belanona (Anosibe Anala) et qui fut transporté sous bonne escorte jusqu'à Antananarivo et entreposé à Ampasanimalo, dans la propriété de Ratsimanohatra, sous le règne de Ranavalona III.

Ce dernier fut le chef d'un clan chargé de s'occuper de toutes les cérémonies royales et de veiller sur le respect des traditions séculaires et c'était à lui de désigner un soldat armé derrière chaque petit groupe d'esclaves qui avait pour devoir de trier les grains de riz, en éliminant ceux qui étaient cassés. Ainsi, seuls les grains entiers et sans défaut furent gardés pour la reine car ils symbolisaient l'intégrité et l'unité du royaume.

On peut dire que l'ombre de la division faisait peur et hantait les esprits, à tel point que la naissance des jumeaux fut très mal perçue dans tous les milieux car les gens en avaient peur tout simplement.

Selon certains, ils portaient malheur à la famille en favorisant par leur double signe du destin sous lequel ils sont nés la scission dans la famille ou la mort de leurs parents et à partir d'une telle croyance, on trouvait naturel de les rejeter. Le roi Andrianampoinimerina, par exemple, avait proscrit de la cour les enfants jumeaux des membres de sa famille et ordonna aux parents de le tenir éloignés de lui en leur assignant une résidence, située en dehors d'Antananarivo et d'Ambohimanga, villes saintes. Selon lui, le royaume pourrait tomber entre les mains de deux individus qui ne manqueraient pas de se disputer et d'entraîner dans leur querelle la division des membres de leurs familles en clans rivaux, ce qui provoquerait une guerre néfaste au royaume.

L'ethnicisation des rapports sociaux...

http://www.haisoratra.org/breve.php3?id_breve=225 Janine Ramamonjisoa L'Express de Madagascar du 21-03-05

Ce qui unit les Malgaches entre eux, ce n'est pas seulement la même langue, à travers ses divers parlers, mais aussi les coutumes fondamentales. …l'association de l'enfant, dans le ventre de sa mère et encore petit, à l'élément liquide ; la conception de l'enfant comme une chose encore indéterminée (raha, zavatra) ; le traitement particulier des jumeaux : plus ou moins bien conservé, on le rencontre partout mais le cas Antambahoaka où les jumeaux étaient abandonnés, semble spécifique ; la conception de l'aînesse en cas de naissance de jumeaux : l'aîné est celui qui vient derrière, car le cadet, pour les Merina, est celui qui lui prépare la voie tandis que pour les Antambahoaka (mémo : Antambohoaka Qualifiés comme “ceux de la communauté”, ils peuplent une région du Sud-est près de Mananjary. …

(1) Chez les Merina et les Betsileo, pour les jumeaux de deux sexes, simulacre de mariage à l'âge du mariage, puis rupture symbolique du lien marital et les enfants sont invités à vivre dorénavant comme frère et soeur. …»

Les Nations Unies en parlent :

source : http://www.unhchr.ch/huricane/huricane.nsf/view01/B7074E09E8E3950EC1256DAB002B986C?opendocument

… “L'appauvrissement du pays est continu depuis plus de 20 ans, rappelle par ailleurs le rapport. Il reconnaît que, pratiquées en marge du droit, certaines coutumes contraires à la loi demeurent. À cet égard, le rapport signale la coutume de la tribu Antambahoaka, de la région de Mananjary, située au sud-est de Madagascar, qui fait interdiction à ses membres d'élever des jumeaux, lesquels sont rejetés par leurs propres parents dès leur naissance (ces enfants ne connaîtront jamais leurs parents biologiques ni leur famille d'origine). ….

S'agissant des pratiques traditionnelles, et plus particulièrement de la coutume de la tribu Antambahoaka (dans la région de Mananjary) qui interdit d'élever des jumeaux, la délégation a expliqué qu'il est très difficile d'amener les gens à se départir de la tradition. Ce qui est néanmoins certain, a précisé la délégation, c'est qu'aujourd'hui, dans le cadre de cette tradition particulière, on ne tue plus les jumeaux; on se borne désormais à abandonner l'un des deux. D'une manière générale, les tabous à l'égard des jumeaux ne subsistent à Madagascar que dans la seule région de Mananjary, a souligné la délégation.

La délégation a d'autre part indiqué que le changement de nom est une tradition encore vivace dans certaines tribus malgaches ….”

Dans les colloques sur l’adoption internationale :

Petites affiches. 25 MARS 2004 - N° 61 – 63, Colloque sur l’adoption internationale en droit Comparé, FARATIANA ESOAVELOMANDROSO, MAÎTRE DE CONFÉRENCES À L'UNIVERSITÉ D'ANTANANARIVO

“(…) À Madagascar, lorsque l'on parle d'adoption, on fait souvent référence à un groupe ethnique du sud-est de l'île, les Antambahoaka qui considèrent la naissance d'enfants jumeaux comme source de malheurs et qui se débarrassent de tels enfants de différentes manières, soit en les abandonnant dans la forêt, les exposant ainsi à leur propre sort, soit en les remettant à des familles d'accueil qui n'appartiennent pas au même groupe ethnique”

La presse malgache et internationale en parle

Un centre recueille spécialement des jumeaux abandonnés à Mananjary

Quotidien (http://www.lequotidien.mg/) du 2 novembre 2006

A Mananjary, avoir des jumeaux est considéré comme un signe de malheur et les membres de la famille sont contraints de les rejeter ou de les écarter de la famille.

Mais dans cette même région, certaines personnes ont décidé de les prendre en charge. Le Centre “Fanantenane” figure parmi les lieux qui accueillent ces enfants exclus. Il vient de fêter son dixième anniversaire la semaine dernière. Ayant vu le jour le 26 mai 1996, ce centre a auparavant été dirigé par un couple français, Gérard et Eliane Bouffet, qui a élevé des jumeaux nommés Joris et Marie Christelle. 7 ans plus tard, le couple traversait une période difficile et a perdu la petite fille. A l'issue d'une assemblée générale tenue à Poitiers (France), le centre a été baptisé “Centre Social et Médical Marie Christelle” en 2005.

Le centre s'occupe actuellement de 44 enfants entre un mois et demi et 15 ans qui sont des jumeaux et des orphelins. Son objectif est de faire sortir les enfants de l'ignorance et de la pauvreté. Voilà pourquoi 18 enfants de plus de 5 ans poursuivent leurs études dans ce centre pour pouvoir prendre en main leur avenir. Il faut toutefois préciser que le centre ne procède pas à l'adoption. En perspective, il ambitionne de mettre en place un dispensaire en vue d'améliorer principalement la santé des enfants, des femmes et de la population de Mananjary.

Tous les équipements sont déjà disponibles mais il lui reste de trouver un terrain sur lequel l'infrastructure sera érigée. Le centre sollicite ainsi bienveillance et générosité pour lui prêter main forte dans la concrétisation de ce projet. Farah

Célébration du mois de l'enfance - Halte à l'abandon d'enfants dans le Sud-est

L'Express de Madagascar (2 juin 2006) : Juin, mois de l'enfant. La Grande île n'a pas manqué de marquer le lancement de la célébration par une cérémonie qui s'est tenue, jeudi, à Mananjary.

Dans cette commune de la région Vatovavy-Fitovinany, certaines traditions bafouent encore les droits des enfants. L'abandon des jumeaux dès leur naissance-coutume dont l'origine est devenue de plus en plus vague- se pratique toujours.

Y mettre fin pour que le droit à la vie de ces enfants soit reconnu et respecté a été le leitmotiv de la journée de lancement à laquelle plusieurs chefs coutumiers ont été présents. Un pas qualifié d'essentiel dans la démarche. “Les enfants ne doivent pas être des produits de commerce ; de même, toute pratique ancestrale pouvant nuire à la valorisation de leur droit, doit être arrêtée”, insiste Alain Andrianantenaina, directeur de l'enfance au ministère de la Population, de la protection sociale et des loisirs. Le ministre de tutelle a présidé la cérémonie officielle qui s'est déroulée sur la place de l'indépendance de Mananjary. Différents ateliers sont programmés durant tout le mois de juin. Fanja Saholiarisoa

Ouverture officielle ce jour à Mananjary

Quotidien, du 2 juin 2006

Chaque année, le mois de juin est aussi celui de l'enfance, et ce, à l'échelle mondiale. Cette fois, la ville de Mananjary a été choisie pour abriter la cérémonie d'ouverture officielle qui aura lieu ce jour. Mais l'option n'est ni fortuite ni gratuite.

Tout le monde doit avoir au moins déjà entendu parler des problèmes ethnosociologiques qui entourent la naissance des jumelles et des jumeaux dans cette partie de l'île. Sous le poids des traditions ancestrales, des parents rejettent carrément leurs progénitures jumelles et jumeaux dès les premières minutes de leur vie sur terre, leur naissance étant considérée comme portant malheur pour l'ensemble de la communauté.

Nombre d'entre eux sont transportés par voie fluviale depuis le fin fond de la brousse, située à plus de 50 km au Nord de la ville de Mananjary. Certains trouvent la mort en cours de route. Seuls les plus chanceux et les plus résistants parviennent à bon port.

Les farouches défenseurs et fervents promoteurs des droits de l'homme voient en ce mécanisme social qui pousse toute une communauté à exclure des êtres humains normaux une façon de bafouer les droits fondamentaux de l'homme, y compris ceux de l'enfant, à l'opposé des tendances actuelles. Des centres de prise en charge sociale ouvrent ainsi grandes leurs portes aux victimes des us et coutumes sociaux.

Bien entendu, le ministère de la Population, du Développement social et des Loisirs est l'artisan de la cérémonie qui sera organisée ce jour à Mananjary. Entre autres, le ministre Zafilaza et ses proches collaborateurs ainsi que les représentants des organismes internationaux comme l'Unicef s'y rendront pour cette occasion. Sûrement, ils auront à visiter ensemble les différents centres d'accueil de la ville. Rivonala R. /Envoyé Spécial

Humanitaire: Mananjary ouvre un centre médico-social

http://www.lexpressmada.com/expressmada/display.php?vp=display&id=3829PHPSESSID=80cfe5f28407d98ff3364ef1a68b19d7 du 1er décembre 2006

“Les enfants jumeaux de Mananjary ne seront plus abandonnés grâce au Centre Marie Christelle.

Mananjary s'achemine vers le respect des droits des enfants. Ces dernières années, les jumeaux nés dans cette partie sud-est de l'Ile peuvent échapper à la mort à leur naissance. Ceci, grâce aux actions du Centre médico-social Marie Christelle, auparavant connu sous l'appellation “Fanantenana” et situé dans le district de Mananjary.

Les us et coutumes de la région veulent que l'un des enfants jumeaux soit tué ou abandonné dès sa venue au monde. En effet, la croyance antambahoaka veut qu'ils portent une malédiction dans la famille et la communauté.

Heureusement, le centre, créé il y a une décennie, a pallié cette tradition en accueillant les malheureux enfants. L'initiative revient à un couple français ayant adopté à Mananjary un enfant jumeau rejeté par sa famille. A l'heure actuelle, 44 enfants âgés entre d'un mois et demi à 15 ans ont bénéficié de la prise en charge prodiguée par le centre Marie Christelle. “A l'heure actuelle, 18 y sont encore hébergés”, confie Florentine Ravaonirina, directrice du centre. Dans ce cadre, le centre ne se limite pas à l'accueil des enfants, mais aussi à leur éducation. C'est ainsi qu'il procède à la scolarisation de ses pensionnaires à partir de l'âge de cinq ans. Les frais sont à la charge du centre. Cette année, le centre Marie Christelle célèbre son dixième anniversaire. Un bâtiment a été construit en guise de stèle de ce grand événement. En outre, les fondateurs envisagent également d'étendre leurs activités dans tout le district de Mananjary. Parmi leur projet figure la mise en place d'un hôpital mère-enfant.

L'objectif consiste à promouvoir la santé de cette paire; en vue de réduire les taux de mortalité maternelle et infantile. Des responsables du centre affirment que les équipements sont arrivés sur place. Il reste à rechercher le terrain. ”

Fanatenane

http://fanatenane.assos.free.fr/ Selon des croyances ancestrales, donner naissance à des jumeaux porte malheur aux familles de l'ethnie Antambahoaka dont ils sont issus. Ainsi dès leur naissance, les bébés 'Fadys' sont abandonnés et exposés à la mort. S'ils naissent à l'hôpital, ils sont immédiatement placés par le corps médical dans un centre local, appelé CATJA, Centre d'Adoption et de Transit des Jumeaux Abandonnés. »

Mananjary: Les jumeaux mieux protégés à l'avenir (L'Express)

http://www.lexpressmada.com/display.php?p=display&id=12965 du 10 décembre 2007

L'Etat compte mettre fin à une pratique ancestrale chez les Antambahoaka, selon laquelle il est tabou d'élever des jumeaux, en légiférant en faveur de leur protection

Un défi majeur pour le ministère de la Justice. Une nouvelle loi est en projet pour renforcer la protection des jumeaux de Mananjary. Elle va mettre fin aux pratiques culturelles néfastes bafouant les droits de ces nouveaux-nés qui sont abandonnés et exclus de la société.

En attendant son application, les responsables du ministère de la Justice procèdent, depuis un mois, à une grande sensibilisation de la population locale. Mais les efforts fournis jusqu'ici ne sont pas encore satisfaisants car la persuasion des gens s'avère tenace.

Adoption « Nous allons mener une grande sensibilisation au cours de ces trois prochaines années dans les quartiers de la ville de Mananjary. Des conférences-débats et des table-ronde inclueront les associations qui prennent en charge ces jumeaux indésirables », annonce un responsable de la réforme législative au sein du ministère de la Justice. En attendant la promulgation de la nouvelle loi, les jumeaux de Mananjary seront envoyés séparément dans des familles adoptives ou pourront être pris en charge par des associations œuvrant dans ce domaine. Les jumeaux soumis à l'adoption n'auront jamais le droit de connaître leur parent biologique.

L'initiative du ministère de la Justice a reçu l'appui de l'Unicef qui est parmi les parties prenantes de cette réforme législative. Il reste qu'il sera difficile d'effacer une pratique séculaire et de rattraper les conséquences malheureuses chez ceux qui en ont enduré Fanja Saholiarisoa Date : 10-12-2007

MANANJARY: Nouvelles approches contre la coutume d'abandon de jumeaux (Les Nouvelles)

http://les-nouvelles.com/ du 31 juillet 2008

Une étude a été réalisée sur le cas des jumeaux de Mananjary pour essayer de connaître les raisons du maintien de la pratique d'abandon et pour avancer des propositions de mesures en vue d'un changement de comportement.

Le cas d'abandon de jumeaux dans la région de Mananjary préoccupe le comité des Nations Unies. Il est nécessaire que des mesures soient prises pour protéger ces enfants et éradiquer cette coutume. Mais comme le dit Lucien Rakotoniaina, du ministère de la Justice «pour cela, appliquer aveuglément la loi ne sera pas suffisant et pourrait même provoquer l'effet contraire à cette protection». Afin d'aider le ministère de la Justice, une étude a donc été réalisée en juillet de l'année dernière par l'équipe Capdam-école de service social pour connaître les raisons du maintien de cette coutume et proposer des mesures visant à son éradication. Pour cela, une approche basée sur la souffrance psychologique des jumeaux mais aussi de leur famille biologique a été expérimentée.

Évaluation qualitative de la situation Avec l'accord des chefs coutumiers de Mananjary, des enquêtes ont été réalisées sur quelques groupes de personnes sélectionnées selon leur volonté de parler des cas de ces jumeaux, un sujet tabou en soi. Et cette acceptation constitue déjà un premier pas. Les enquêtes réalisées sur les jumeaux et les familles biologiques font ressortir que ces personnes ressentent toutes une souffrance refoulée causée par ce rejet. La prise de conscience de l'existence de cette souffrance par toutes les entités concernées pourrait aider à faire évoluer la situation. Le dialogue pourrait aussi être orienté vers les jeunes.

Actuellement, une stratégie de communication a été élaborée pour faire évoluer la situation. Des débats communautaires au sein de chacune des dix cases royales pourraient être entrepris. Mais la coutume d'abandonner les jumeaux étant considérée comme faisant partie de l'identité des Antambahoaka, la valorisation des autres facettes de cette culture pourrait être une piste. Mais il faudrait aussi que l'Etat participe pleinement au soutien des jumeaux par la mise en place d'une politique de protection dès leur naissance jusqu'à leur majorité.

Rejet de Jumeaux à Mananjary. Quand la loi se heurte aux us

http://www.moov.mg/actualiteNationale.php?articleId=409420 du 31 juillet 2008-09-09 (31-07-2008) – « La loi ne suffit pas quand on s'attaque à une croyance bien ancrée, à une tradition culturelle. On peut même déboucher sur des effets contraires si on persiste dans son application », reconnaît Lucien Rakotonirainy du ministère de la Justice en s'exprimant, hier au CCA à Antanimena, sur les cas des jumeaux abandonnés ou rejetés à Mananjary. Ainsi, même si cette pratique coutumière des Antambahoaka porte atteinte aux droits et aux vies - mêmes de ces enfants, aucune sanction pénale n'a pu être prononcée et appliquée jusqu'à ce jour.

Justement pour susciter un changement de comportement de cette communauté, une étude sur les jumeaux de Mananjary a été menée dernièrement par une équipe du CAPDAM (Centre d'Analyse et de Prospection pour le Développement à Madagascar). Cette enquête visait principalement à démystifier l'origine de ces us, afin de comprendre leur mécanisme. «Certains ont avancé que cette pratique datait du 15 ou du 17è siècle. D'autres affirment qu'elle a été adoptée récemment vers 1947. Mais la raison de l'abandon et du rejet de ces enfants est unique : les jumeaux sont porteurs de malheur pour eux », rapporte cette étude.

Souffrances Apparemment, tous les membres de cette communauté ne sont pas, forcément en faveur de ces us. Toutefois, certains s'y sont involontairement enclins, de peur des représailles et des réactions des autres. Et il n'est pas rare que des familles biologiques des jumeaux abandonnés et rejetés, ressentent après d'énormes souffrances. « Louise Odette Rahaingosoa regrette jusqu'à présent sa fille. Elle a mis au monde deux faux jumeaux. A cause de cette pratique coutumière, elle n'a pu garder que son fils et était obligée d'abandonner sa fille. Pour protéger les jumeaux, elle vient de créer l'association Fiakara », révèle le Dr Mathilde Rabary, présidente d'honneur de cette association.

En dix ans, de 1997 à 2007, près de 235 jumeaux ont été recensés à Mananjary. Le taux moyen d'accouchements gémellaires dans cette ville est estimé à 1,3% contre une moyenne nationale de 2,8%. Quelques-uns de ces nouveaux-nés n'auraient pas la chance d'être élevés par leurs propres parents biologiques. Malheureusement, la loi s'incline devant la force de la croyance coutumière, qui est également l'identité d'une communauté. v.a.

Halte à la discrimination des enfants jumeaux (La vérité)

http://www.laverite.mg/ du 1er août 2008

Perçue comme un signe de bonheur ou de malédiction, la naissance de jumeaux revêt plusieurs connotations, selon la société concernée. Le peuple Antambahoaka, dans la localité de Mananjary, reste encore des grands adeptes des pratiques coutumières discriminatoires à l'encontre des enfants jumeaux. Des études faites dans cette partie de l'île par l'équipe du Capdam de l'école du Service social, a permis de constater que le phénomène perdure.

Le centre hospitalier du district de Mananjary a enregistré un taux d'accouchements gémellaires de 1,3% depuis l'année 2004. Or, dans cette partie persiste une croyance selon laquelle la gémellité c'est-à-dire la naissance d'enfants jumeaux est signe de malédiction.

On arrive même jusqu'à l'interdiction de naissance des enfants jumeaux et par la suite l'application de certaines pratiques en cas de naissance à terme. Le fait d'élever ces enfants est ainsi considéré comme un tabou (« fady »). Bon nombre de parents respectent encore ce principe. Ce qui fait que les jumeaux reçoivent des traitements différents des autres enfants « normaux ». Ces premiers sont alors carrément abandonnés et marginalisés par leurs familles biologiques. Mais il arrive aussi que des parents tout en respectant le tabou, n'abandonnent pas leurs enfants mais s'arrangent pour leur trouver une famille d'accueil au sein de laquelle ils peuvent s'épanouir. Dans d'autres cas, les familles délaissent l'un des enfants pour ne garder que l'autre. Quoi qu'il en soit, cette forme de rejet ne reste pas sans impact sur la psychologie des enfants séparés de leurs familles.

Atteinte aux droits de l'Homme Les pratiques exercées à l'encontre les enfants jumeaux constituent une atteinte directe aux droits de l'Homme, et par la suite aux droits des enfants. Ceux-ci étant privés de leur droit de vivre normalement, d'avoir un foyer comme les autres enfants et d'être traités convenablement. Certains des jumeaux abandonnés sont recueillis par des centres, mais d'autres ne sont pourtant pas recensés. Et l'on n'a aucune piste sur ce qu'ils sont devenus.

Justement, une conférence-débat à ce sujet, s'est tenue hier au Centre culturel américain, ayant réuni des responsables d'associations et des représentants du ministère de la Justice. En effet, les résultats d'une étude faite par une équipe du Capdam, se rapportant à la situation à Mananjary et exposée au cours de cette conférence, ont été au cœur de la discussion. Face à ces discriminations, un réseau de protection des jumeaux nommé Fiakar mis en place par la Fjkm regroupant des jumeaux et des familles, vise à l'égalité des chances données aux enfants jumeaux.

Relativiser les mesures législatives Avant de prendre une quelconque mesure contre ces pratiques, il ne faut pas oublier qu'elles font parties de valeurs culturelles, qui ne sont pas forcément admissibles mais qui reçoivent néanmoins l'adhésion de toute une communauté. A cet effet, elles constituent déjà une croyance ancrée au sein du groupe concerné. Arriver à abolir le phénomène n'est donc pas facile.

Les stratégies envisagées par les associations, de concert avec le ministère de la Justice, sont orientées vers le dialogue avec les «Ampanjaka » qui sont les notables du village. Cette démarche ayant pour objectif la compréhension des coutumes et la sensibilisation en faveur du changement de mentalité à l'égard des jumeaux. Par ailleurs, des mesures législatives contre ces pratiques sont également en vue.

Sandra Rabearisoa

JUMEAUX: Une ONG pour leur protection (Les nouvelles)

http://les-nouvelles.com/ du 4 août 2008

L'Ong Fiakara a été fondée au sein de l'église FJKM depuis une quinzaine de jours. A l'initiative de Louise Odette Rahaingosoa, cette ong a pour objectif la défense des droits des jumeaux et en particulier, ceux de Mananjary. Selon Mathilde Rabary, présidente d'honneur de l'Ong Fiakara, «il est important de démystifier le cas des jumeaux». Il faut en effet que les parents restent convaincus que la venue d'un bébé est toujours une bénédiction. Et d'autant plus lorsqu'il y a deux bébés au lieu d'un seul.

L'artiste Ndondolah, vice-président de l'Ong, n'arrive pas à comprendre la raison de cette tradition. «J'ai rencontré de nombreux jumeaux dans ma vie et j'ai remarqué que ces personnes possèdent des dons particuliers. Mais même sans cela, ce sont des êtres humains comme tous les autres». Ayant lui-même une sœur jumelle (ndlr : dénommée Haingo Lalaina Baovola), il se sent donc particulièrement concerné par le problème des jumeaux de Mananjary.

L'Ong Fiakara étant encore à son point de départ, les responsables sont actuellement en train d'étudier les actions qu'ils pourront entamer dans le cadre de cette protection des jumeaux dont l'objectif ultime sera l'abolition de cette tradition qui interdit aux parents de la région de Mananjary d'élever des jumeaux. D'ores et déjà, l'on sait que diverses séances de sensibilisation seront menées à travers toute l'île et en particulier dans la région pour amener le plus de monde à se pencher sur ce problème et apporter un changement de comportement.

Il faut savoir, en effet, qu'une zone située à environ 100km au Nord de Mananjary pratiquait auparavant la même coutume mais a évolué pour, actuellement, ne plus rejeter ses jumeaux nouveaux-nés. Enfin, ceux qui se sentent déjà concernés par ce problème sont cordialement invités par Ndondolah à rejoindre l'Ong Fiakara.

Océane

SOCIAL: Questions à... Gracy Fernandes (L'Express)

http://www.lexpressmada.com du 19 août 2008 « Abandon de jumeaux : le gouvernement tarde » La responsable du Capdam déplore le silence du gouvernement sur le problème des abandons.

  • Pourquoi le problème d'abandon de jumeaux n'a jamais été soulevé ?

Aucune action gouvernementale pérenne n'a été réalisée. Pourtant, cela ne demande pas tellement d'argent pour prendre ces enfants en charge. Ils nécessitent seulement un support mensuel de la part de l'État.

  • Comment procéder pour résoudre ce problème ?

Nous devons commencer par répertorier les familles qui viennent d'avoir des jumeaux. Ces familles doivent être immédiatement contactées et doivent bénéficier d'un suivi. Il faut s'assurerqu'elles prennent soin des jumeaux nouveaux-nés.

  • Mais les contraintes sont nombreuses.

Justement, il faut connaître les raisons de l'abandon. Si c'est d'ordre financier, il faut faire en sorte que la famille bénéficie d'un support. La nutrition du bébé doit être suivie de près dès sa naissance. Plus tard, son éducation doit être assurée, au moins pour le primaire. Mais si la raison est liée à la pression sociale, cela nécessite une grande mobilisation pour convaincre les gens que les jumeaux ne portent pas malheur.

  • Comment arriver à ce changement de comportement ?

L'essentiel est de montrer des exemples de parents qui n'ont pas abandonné leurs enfants jumeaux. Ces gens doivent témoigner et démontrer comment ils ont pu surmonter les difficultés dans les villages où ce « fady » est encore pratiqué.

  • Après l'étude valorisant les droits des jumeaux, quelle sera la prochaine étape ?

Les rédacteurs de l'étude ont dressé un plan détaillé de stratégies de communication à suivre. Ces stratégies seront soumises au ministère de la Justice qui doit déterminer les prochaines étapes à entreprendre. L'important c'est de bien déterminer les facteurs favorisant cette pratique depuis la base. Propos recueillis par Fanja Saholiarisoa

Droits des enfants: Le drame des jumeaux abandonnés de Mananjary (L'Express)

http://www.lexpressmada.com/ du 21 août 2008

Le phénomène d'abandon d'enfants à Mananjary devient une préoccupation internationale. Certains parents ne peuvent, hélas, échapper aux pratiques culturelles

L'abandon de jumeaux entrave les efforts à promouvoir les droits des enfants. Dur de naître jumeaux à Mananjary, dans la région de Vatovavy-Fitovinany. La communauté Antambahoaka ne les garde pas. Ils sont abandonnés, rejetés ou pire, considérés comme des paquets. Une jeune femme de 29 ans cherche encore aujourd'hui sa sœur jumelle. Rejetée par ses parents biologiques Antambahoaka à sa naissance, elle a été recueillie par une famille Antemoro, une autre ethnie à Mananjary qui ne pratique pas l'abandon de jumeaux.

Elle a souffert de son statut d'enfant abandonné et ramassé. Elle en veut toujours à ses parents biologiques. A la mort de ces derniers, elle a refusé d'assister à l'enterrement. « Je ne connais pas ma jumelle, élevée par quelqu'un d'autre. J'ai cherché ma sœur mais sans résultat », exprime avec regret cette jeune femme devenue maman d'une petite fille.

A Mananjary, « sept sites occupés par la communauté Antambahoaka considèrent la naissance des jumeaux comme un mauvais signe depuis des siècles. Le fady autour des jumeaux y est observé jusqu'à ce jour et fait pression sur les parents qui n'ont guère le choix », souligne Nelly Rasoanaivo, historienne membre de l'équipe d'enquêteurs à Mananjary en juillet 2007. Julien, un secrétaire de 49 ans et sa femme une institutrice de 46 ans, ont dû laisser leurs jumeaux chez une tante maternelle. Une décision qu'ils jugent positive car au moins les enfants restent dans la famille.

La présence d'un centre d'accueil offre un deuxième choix aux parents. Ne pouvant pas rester vivre normalement dans la localité d'Ambohitsara, un village à Mananjary, l'institutrice a envoyé ses enfants frappés de malédiction en adoption par l'intermédiaire du centre d'accueil et de transit des jumeaux abandonnés (CATJA) créé en 1987. La mère souffre actuellement car elle n'a plus de contact avec ses enfants.

Se dresser contre le tabou Certaines familles ont osé se dresser contre le tabou, mais les conséquences de leurs actes sont graves. Une grande campagne pour sensibiliser les familles recherche des volontaires congrégations religieuses sont heureusement présentes pour les aider à affronter les difficultés et les misères que leur fait la communauté. «C'est la foi qui nous a donné le courage de garder les jumeaux malgré le fady. Nous assumons les conséquences de notre choix en tant qu'Antambahoaka. Nous ne pouvons plus fréquenter le tranobe et ne serons pas enterrés dans nos tombeaux familiaux », explique un couple de charpentier qui a des jumeaux de 4 ans. Roger, un employé de voirie retraité et sa femme ménagère ont eux aussi gardé leurs jumeaux malgré leur pauvreté. « Nous souhaitons un appui de l'Etat et espérons qu'une table ronde sur la question puisse être organisée dans le tranobe un jour ».

Pour les Ampanjaka ou les chefs coutumiers, leur position reste inchangée. « Nous n'interdisons ni n'encourageons les jeunes à sacrifier leurs enfants jumeaux. Mais ils doivent subir les conséquences de leurs actes », annonce l'un d'eux.Mais l'autre situation inquiétante qui interpelle le comité des droits de l'Homme est qu'à Mananjary, certains jumeaux présentent des anomalies physiques et que la souffrance psychologique des enfants passe presque inaperçue.

Beaucoup de ces jumeaux sont aussi assujettis à l'adoption de façon informelle. « La nouvelle loi sur l'adoption a freiné ces pratiques pour mieux assurer la protection des enfants », lance pour sa part Lucien Rakotoniaina, directeur des études, responsable du projet droits de l'Homme au sein du ministère de la Justice.

Des statistiques méconnues Les accouchements gémellaires sont peu recensés dans le district de Mananjary. Les enquêteurs de l'étude ont eu du mal à trouver une statistique officielle du nombre exact des jumeaux nés à Mananjary. « Le chiffre disponible est celui d'août 2003 à juillet 2007 où le taux d'accouchement gémellaire s'élève à 1,15% contre 2,8% pour le pourcentage national », précise Dr Gracy Fernandez. 16 jumeaux nés sont recensés dans le CHD II de Mananjary contre 18 enregistrés au sein de la commune urbaine de Mananjary. Mais d'autres chiffres sont révélés dans les deux centres d'accueil. 26 jumeaux ont été pris en charge dans le centre Fanantenane contre 209 au CAT JA depuis 1987. Fanja Saholiarisoa Date : 21-08-2008

Reportage: Les jumeaux maudits de Mananjary (Le Monde)

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2008/09/05/madagascar-les-jumeaux-maudits-de-mananjary_1091891_3212.html

LE MONDE | 05.09.08 | 14h25  •  Mis à jour le 05.09.08 | 14h25 MANANJARY (MADAGASCAR)

Dina et Diari, 5 mois, entrelacent leurs doigts délicats. Allongés sur le dos, côte à côte, au centre d'un vieux lit à barreaux à la peinture écaillée, ces deux frères jumeaux fixent les visiteurs de leurs grands yeux noirs et brillants. Ils ont été recueillis par le Centre d'accueil et de transit des jumeaux abandonnés (Catja), à Mananjary, ville froide et humide de la côte sud-est de Madagascar, à 450 kilomètres de la capitale, Antananarivo. Il y a un siècle, leur crâne aurait été fracassé sous les sabots des zébus. Aujourd'hui encore, Dina et Diari sont jumeaux, donc maudits.

Ainsi le veut l'implacable coutume des Antambahoaka. Cette ethnie, l'une des dix-huit de Madagascar, compterait 22 000 âmes - chiffre approximatif, car aucune statistique ethnique n'est autorisée - sur 18 millions d'habitants. “On fait ainsi parce que nos parents l'ont toujours fait, et nous devons nous y soumettre”, admet une habitante de Mananjary. Connus pour le “fady kambana”, ou “tabou des jumeaux”, les membres de l'ethnie Antambahoaka sont tenus à l'écart par les autres castes. “Il ne faut pas leur parler de cette histoire, assure Georges-Antoine Rajaonarivelo, 67 ans, un ancien habitant de Mananjary, membre d'une autre ethnie. La malédiction frappe uniquement leurs jumeaux. Ceux d'une autre ethnie, élevés à Mananjary, ne seront pas condamnés à y vivre en parias.”

Les origines de la malédiction se perdent dans la nuit des temps. A son arrivée à l'embouchure du fleuve Sakaleona, au nord de Mananjary, le premier Antambahoaka aurait choisi son épouse parmi les femmes de la région. Enceinte de jumeaux, elle décéda en couches. Le malheur frappa sa deuxième, puis sa troisième épouse. Le chef du clan jura alors que sa descendance n'élèverait jamais de jumeaux.

Au XIXe siècle, un astrologue persuada Ranavalona Ire (1828-1861), l'autoritaire reine de la Grande Ile, que les enfants nés sous le signe des gémeaux, signe puissant mais violent, étaient voués à une destinée exceptionnelle. Craignant sa déchéance, la souveraine imposa aux parents de les tuer ou de les déposer à la porte d'une étable. S'ils échappaient au piétinement des zébus, les nouveau-nés pouvaient vivre. Enfin, une légende, plus proche des soucis alimentaires quotidiens, raconte la difficulté d'un chef de clan à nourrir ses jumeaux lors d'une disette.

Aucune pluie diluvienne, aucun raz-de-marée de l'océan Indien, n'a jamais lavé les terres de Mananjary de la malédiction. Une mère se souvient de l'immense tristesse dans sa famille au moment du départ des jumeaux pour une adoption internationale : “Comme si nous vivions un funèbre départ mortuaire.” Devant son désarroi, son mari fit sur- le- champ le serment de passer outre le tabou pour sa descendance.

Aujourd'hui, cette femme ne sait pas où vivent ses enfants. Elle admet que “la tristesse et la nostalgie provoquent des perturbations en elle”. Une voisine se souvient de son accouchement : “Elle s'appliquait à tourner la tête en fermant les yeux pour ne surtout pas garder un seul souvenir des enfants emportés.” D'autres femmes acceptent la malédiction et privilégient le respect des coutumes : “On ne doit pas se séparer des autres.”

A Mananjary, dans le quartier Andovosira, le “palais” du mpanjaka, le chef de clan, ne paie pas de mine. Derrière un garage automobile, rien ne distingue cette case d'une autre, hormis les quatre oiseaux en métal fixés dos à dos sur le toit. Derrière cette façade sur pilotis, les coutumes préservées par le chef traditionnel ont plus de poids que n'importe quelle directive internationale. Accompagné de son épouse, un homme âgé à la peau tannée, en short et bras de chemise, sort, s'avance pour vous serrer la main, puis disparaît par la porte de son “palais”. Impossible de lui arracher un mot sur les jumeaux. Une spécialiste reconnaît : “Ces chefs sont de petits dieux.”

L'index pointé vers le ciel, un vieil habitant de Mananjary assure qu'“il n'y a que les chiens pour avoir des portées multiples. Et ici, sur la côte, être traité de chien, c'est la pire des insultes !” La coutume insinue aussi qu'un homme engendre un enfant à la fois. Si deux naissent en même temps, l'épouse lui aura été infidèle.

A l'école de service social d'Antananarivo, Gracy Fernandes, professeur de sciences sociales et auteur d'un rapport sur l'abandon des jumeaux à Mananjary, explique la mécanique et les méandres des coutumes. “Il ne faut pas chercher une logique basée sur la rationalité, analyse-t-elle, mais sur l'expérience, vraie ou supposée, de la malédiction.” Du bout des doigts, la sociologue déroule une carte de Mananjary. Elle localise, quartier par quartier, les dix tranobe, les “palais” où vivent les raiamandreny, les chefs coutumiers, et les mpanjaka, les chefs de clan.

Pour que les chefs Antambahoaka n'aient jamais à croiser les petits damnés, un orphelinat a été bâti au-delà des eaux saumâtres du canal des Pangalanes. C'était en 1987. Auguste Simintramana, un chrétien étranger à ce territoire, prit l'initiative de fonder le Catja, l'un des deux orphelinats de la ville. On lui attribua un curieux terrain couvert de plantes grasses. Un sage de Mananjary, du haut de son 4×4, se souvient de l'odeur pestilentielle que cette “forêt” de népenthes exhalait à l'époque. Au fond de leur urne, ces plantes carnivores digéraient lentement les cadavres d'insectes et d'oisillons.

Aujourd'hui, une distance demeure entre les pensionnaires et la ville. Loin des bâtisses coloniales aux façades vermoulues, trois bâtiments propres, construits de plain-pied, abritent les quatre-vingt-cinq résidents, dont vingt jumeaux. La pouponnière du Catja est une pièce simple et chaleureuse. Au centre, quatre jumeaux de 10 mois, garçons et filles, tournicotent sur une mélodie égrenée par une berceuse électrique. Quelques peluches élimées sont posées aux coins des lits. La directrice, Julie Rasoarimanana - la veuve d'Auguste Simintramana -, ne s'inquiète pas pour l'avenir de Dina et Diari : “Ils seront rapidement adoptés, mais pas dans une famille Antambahoaka.”

Peu à peu, les abandons reculent, sans vraiment disparaître. Faute de statistiques fiables, Gracy Fernandes avance un taux d'accouchement gémellaire de 1,15 % à Mananjary, alors que la moyenne nationale est de 2,8 %. “Les naissances de jumeaux sont probablement sous-déclarées dans le district de Mananjary”, explique Valérie Delaunay de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) à Antananarivo. Les parents de jumeaux qui passent outre la coutume acceptent de vivre “à distance respectueuse” des dix tranobe. Ils parlent d'une “cohabitation codée” avec les chefs de clan. “Ils sont vraiment courageux d'élever leurs enfants sur place”, reconnaît un ancien, admiratif.

A la périphérie de la vibrionnante Antananarivo, le nouveau siège de l'Unicef capte la lumière de toutes ses façades aux vitres bleutées. En mêlant le français et l'anglais, Casimira Benge, responsable de la protection de l'enfance, admet que “la question des jumeaux est très délicate. L'Unicef ne peut pas en parler explicitement, ils ne doivent pas être stigmatisés.” Ce tabou a entraîné un flux régulier d'adoptions par des couples occidentaux. Au Catja, sur 420 enfants adoptés dans le monde, 300 l'ont été par des couples français entre 1987 et 2006. A cette date, les adoptions internationales ont été suspendues, le temps d'adapter la procédure malgache à la convention de La Haye. Depuis février, adopter des enfants malgaches est à nouveau possible. Des efforts ont été faits pour régulariser la procédure. Les experts du Comité des droits de l'homme, basé à Genève, les ont tout de même épinglées en mars 2007 en montrant “l'existence de juridictions coutumières violant les normes juridiques internationales” et des “abus contre les enfants jumeaux”.

Le quotidien L'Express de Madagascar annonçait en décembre 2007 un projet de législation en faveur des jumeaux de Mananjary et une campagne de sensibilisation de la population locale. “Le droit coutumier entrave la mise en oeuvre de la convention des droits des enfants. Il contredit les principes des textes”, admettait en avril la directrice de la réforme législative au ministère de la justice, Laurette Randrianantenaina. Jointe par téléphone, la magistrate semble peu désireuse de répondre aux questions et coupe court à la conversation en déclarant que la réforme législative n'est plus d'actualité.

A Mananjary, la vie continue. Deux jumeaux de 13 ans, cités dans le rapport de la sociologue Gracy Fernandes, interpellent ainsi le président de la République, Marc Ravalomanana : “On (vous) demande de nous aider (…). Les petits jumeaux sont des êtres humains comme vous.”

Linda Caille Article paru dans l'édition du 06.09.08


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