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2008.10.27 De plus en plus de handicapés proposés à l'adoption

source : Le Figaro

Delphine de Mallevoüe

Souvent consentie par les adoptants mais parfois aussi subie, l'adoption d'enfants «à particularité» est en proportion croissante.

Pupilles de l'État ou enfants venus de l'étranger, de plus en plus d'enfants malades, handicapés ou mal formés, pudiquement appelés «à particularité», sont proposés à l'adoption. Maladies génétiques, retards mentaux, malformations cardiaques, trisomie, autisme… Ces pathologies, autrefois impensables à imposer aux candidats à la parentalité, sont désormais au cœur de nombreux dossiers.

À tel point que certaines agences en font une activité centrale, comme Médecins du monde, premier organisme autorisé pour l'adoption (OAA) de France, qui revendique «donner la priorité» à ces apparentements. En 2007, sur les 214 adoptions qu'il a réalisées, pas moins de 33 ont concerné des enfants à particularité, soit 18 %. Une proportion croissante observée aussi par Enfance et Familles d'adoption (EFA), acteur majeur des associations de ce secteur, qui dispose d'un service dédié à ce type d'adoptions. «À nous seuls, nous traitons une soixantaine de dossiers par an», raconte Geneviève Miral, vice-présidente d'EFA.

«Il y a quinze ans, les problèmes que l'on rencontrait le plus fréquemment dans nos consultations sur l'adoption étaient liés aux troubles de l'attachement, se souvient le Dr Anne de Truchis, pédiatre responsable de la Coca du centre hospitalier de Versailles, un dispositif original qui propose un soutien médical et psychologique aux familles adoptantes. Aujourd'hui, les problèmes concernent de plus en plus le handicap ou la maladie. Notre travail se centre donc beaucoup sur ces accompagnements, avant l'adoption ou après.» Avec un recul de 350 consultations en trois ans, la professionnelle estime à 2 ou 3 sur 10 les enfants actuellement porteurs de handicaps lourds.

L'augmentation de ces adoptions dites «complexes» ne résulte pas d'une nouvelle conscience envers le sort de ces enfants mis au rebut de la société mais est la conséquence directe de la «pénurie» des enfants adoptables en France et dans le reste du monde. «Comme “l'offre” n'a pas évolué alors que la demande a très fortement augmenté, de plus en plus de parents sont prêts à sauter le pas», analyse Yves Nicolin, président de l'Agence française pour l'adoption (AFA). Pour autant, les candidats à l'adoption recherchent des «particularités de moindre importance», confie-t-il. Entre un doigt surnuméraire ou un problème congénital, un enfant de plus de 6 ans ou un retard mental, de l'asthme ou une cardiopathie, «le choix est vite fait», convient Geneviève Miral.

Face aux dossiers «lourds», l'AFA essuie 65 % de refus. «Il faut les comprendre, dit Yves Nicolin, dans des parcours déjà très douloureux, peu veulent rajouter de la souffrance à la souffrance.» Pour le Dr Geneviève André-Trevennec, pédiatre de la mission adoption de Médecins du monde, «ce choix ne doit pas se faire par défaut. Cela requiert des capacités supérieures et une grande solidité familiale, sans cela la greffe ne prend pas».

«Malhonnêteté ou ignorance»

Si la Russie et l'Ukraine se classent parmi les pays qui proposent le plus de ces enfants, c'est la Lettonie qui décroche la palme : «Elle ne propose quasiment plus que cela», affirme-t-on au Quai d'Orsay. Cela deviendrait même «un vrai marché», d'après le Dr Anne de Truchis. «Certains pays de l'Est gardent leurs “meilleurs” enfants pour l'adoption nationale, filent les moins “abîmés” aux États qui payent le mieux et refourguent les handicapés aux autres, condamne-t-elle. Idem pour les mères célibataires à qui les pays proposent presque systématiquement des enfants à particularité.»

Si ces adoptions sont souvent consenties par des parents aux abois, elles sont parfois subies, à cause d'orphelinats ou d'organismes intermédiaires qui passent plus ou moins délibérément le handicap sous silence. «Parfois par malhonnêteté et intérêts strictement commerciaux, affirme le Dr Anne de Truchis, souvent aussi par méconnaissance ou ignorance.» Pour Françoise, 43 ans, après l'injure de la stérilité et un véritable parcours du combattant dans les arcanes de l'adoption, c'est la double peine : sa petite Sophie, venue du Cambodge il y a quatre ans, vient d'être diagnostiquée autiste. «Le choc est d'autant plus dur que j'ai désormais la conviction d'avoir été abusée» , explique Françoise. Son pédopsychiatre français confirme : «Comme souvent, plusieurs éléments clés du dossier médical ont clairement été dissimulés.» Reste pour elle l'espoir d'«un meilleur accompagnement en amont» pour éviter à d'autres «ce véritable chemin de croix».


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