2009.01.19 Elles vont vous aider à adopter

source : Le Parisien

L’un des piliers de la réforme de l’adoption démarre aujourd’hui, avec l’annonce du départ de jeunes volontaires, chargées au sein de huit pays de soutenir les adoptants. Près de 30 000 Français attendent de recueillir un orphelin du bout du monde.

Florence Deguen

Les unes noircissent leur carnet à spirale, les autres mordillent leur stylo. Il y a de l’impatience, de la fierté et une pointe d’anxiété sur les visages de Sandra, Elodie, Marie, Emmanuelle… Elles sont huit, et bientôt elles seront seules. A Ouagadougou ou à Guatemala-City, sous le ventilateur d’un petit bureau de l’ambassade de France, avec un téléphone, des projets plein la tête et un statut tout neuf : volontaires de l’adoption internationale. La secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, Rama Yade, annonce aujourd’hui le départ à la mi-février de ce premier contingent de Peace Corps à la française, censé redorer le blason de l’Hexagone dans les pays où les Français ont de plus en plus de mal à adopter, distancés par des concurrents plus efficaces ou trompés par des gens sans scrupule…
Les jeunes femmes, âgées de 24 à 28 ans, ont entendu parler de ce défi à la fois humain, éthique et politique à la télé ou sur Internet. L’idée les a emballées. Pour l’heure, elles suivent une formation au siège de l’Association nationale des volontaires du progrès. Car lancer des actions humanitaires pour protéger les enfants de ces pays et faire le lien avec les familles qui viennent adopter sans commettre de bourde diplomatique , ça ne s’improvise pas. Pouponnières poignantes, adoptants désespérés, autorités compliquées, intermédiaires douteux, vrais besoins et faux papiers… « Même si vous croyez savoir ce qui vous attend, vous êtes forcément loin du compte », les avertit amicalement Clémence, 25 ans, la pionnière de ce projet, partie en août au Cambodge et revenue témoigner de son expérience. « La tâche est immense, parfois désespérante, mais vraiment passionnante. »

« Elles feront bouger les choses, c’est sûr »

Tout au long de la semaine, les intervenants ont dépeint aux volontaires leur double casquette, leur priorité (l’intérêt des enfants), leur nécessaire « bienveillante neutralité » à l’égard de leurs interlocuteurs… et les pièges dans lesquels elles risquent de se trouver engluées. « Soyez prudentes, pas méfiantes », leur a recommandé Janice Peyré, la présidente d’Enfance et famille d’adoption. « Référez-vous toujours au cadre légal et faites attention à vos impressions, il y a beaucoup d’émotion dans l’univers de l’adoption. On peut se laisser déborder facilement. » « Mais mieux vaut être trop avertie que pas assez », sourit la douce Marie, 26 ans, Alsacienne et titulaire d’une maîtrise de psychologie du développement de l’enfant. « Toute cette complexité est très motivante, au contraire, même celle du Viêt Nam qui a l’air hyperdur », tranche Marine, 24 ans, juriste originaire de Normandie.
Elles ne sont pas là par hasard. Leur jeunesse, leur éventuel discret piercing dans le nez, leurs cigarettes fumées nerveusement font oublier l’essentiel : n’est pas volontaire qui veut. « Il y avait 90 candidats », insiste Béatrice Christiny, de l’Association des volontaires du progrès. Peu de garçons, pas de routards. Les heureuses élues sont souvent bardées de diplômes, parfois même déjà parties faire de l’humanitaire au Bénin ou en Namibie. « Des filles exceptionnelles, confie la formatrice. Elles feront bouger les choses, c’est sûr. » D’ici à fin 2009, ces volontaires devraient être vingt au moins. La priorité, pour la France, « n’est pas de faire du chiffre », comme le rappelle Rama Yade. Mais bien d’impulser une nouvelle façon de faire, plus éthique… et plus efficace.


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