2009.02.11 France: Mon seul crime, c'est d'avoir été adopté

Ouest-France Son ultime recours devant la justice a été rejeté, hier. Un Algérien de 30 ans va devoir quitter la France, quatre ans après son adoption par une Angevine. Entre guillemets.

« Je m'appelle Kalhil (1), j'ai 30 ans et je suis diplômé en pharmacie. Ça fait quatre ans que je suis arrivé en France pour mes études. En 2004, j'ai rencontré ma mère adoptive par l'intermédiaire d'une amie. À cette période-là, j'avais un problème familial : mon frère, qui vit à Angers et chez qui je logeais, me battait et a fini par me mettre à la porte. Cette dame m'a recueilli et je l'ai soutenu jusqu'à la mort de son mari, touché par la maladie d'Alzheimer. Elle m'a proposé l'adoption, un an après mon installation chez elle. La loi française m'y autorisait, j'ai sauté le pas.

« Aujourd'hui, le préfet du Maine-et-Loire me demande de quitter le territoire français où je suis, paraît-il, dans l'illégalité. Je pense qu'on doute de la sincérité du geste de ma mère. Pour autant, mon adoption n'impliquait pas une naturalisation. Ma mère pleure tous les jours depuis qu'elle sait que je vais devoir partir.

« C'est une décision inhumaine. J'ai pourtant dans les mains une lettre de la ministre Roselyne Bachelot qui demande au préfet du Maine-et-Loire d'examiner avec toute sa bienveillance ma situation. J'y ai cru, mais la préfecture m'a dit qu'elle n'avait jamais reçu cette lettre. J'ai une maison, une famille, ma situation est stable, je suis membre d'une association caritative. Et une pétition a été signée pour moi, avec 150 signatures. Qu'ai-je fait de mal ?

« En France, il y a une jurisprudence qui dit qu'un enfant adopté a les mêmes droits qu'un enfant légitime. Alors il faut qu'on m'explique : pourquoi la France accepte-t-elle l'adoption si c'est pour mieux expulser ensuite ? Il a fallu un an pour que le juge décide de mon adoption. Mais ils m'ont donné un arrêté de reconduite à la frontière… en 48 heures !

« J'avais peur qu'ils viennent me chercher hier. Je vais retourner chez moi par la force des choses. Je ne sais pas où aller. Chez mes parents d'origine ? J'ai subi la souffrance là-bas. Comme ma mère est chrétienne, je risque gros dans ce pays musulman. De toute façon, je n'accepterai pas qu'on me passe les menottes. Je partirai dignement. Je sais que je ne suis pas un criminel : mon seul crime, c'est d'avoir été adopté. »


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