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2009.03.27 L'Espagne s'interroge sur les "enfants volés" de la Guerre civile

source : AFP Google

MADRID (AFP) — A l'heure de très discrètes commémorations du 70e anniversaire de la fin de la Guerre civile, l'Espagne s'interroge sur le sort de milliers d'enfants soustraits à des mères républicaines, en prison dans les années 40, et placés de force sous la tutelle du régime franquiste.

Le juge d'instruction Baltasar Garzon s'est penché à la loupe fin 2008 sur ces “soustractions systématiques présumées d'enfants de prisonnières républicaines”, s'étonnant qu'un sujet aussi “grave” n'ait été “l'objet d'aucune enquête en plus de 60 ans”.

“Beaucoup de ces enfants furent retirés à leur mère et jamais remis à leur famille d'origine” a estimé le magistrat, avançant un possible “système de disparitions d'enfants de mères républicaines” pratiqué entre 1937 et 1950 à des fins “politiques” d'épuration.

Mais le juge Garzon n'est pas allé plus loin dans ses investigations, devant admettre “l'extinction des responsabilités pénales” dans ce dossier sur les “disparus du franquisme” (républicains fusillés sommairement ou enfants retirés à leurs mères) compte tenu de la mort de Francisco Franco et des autres responsables de la dictature.

“Il y a eu la volonté de la part du régime, encouragée par l'Eglise catholique, de prendre les enfants des +mères rouges+ pour les purifier et les convertir”, confirme à l'AFP Julian Casanova, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Saragosse.

Les registres officiels font état de jusqu'à 30.000 enfants mis sous tutelle dans les années 40 à 50, essentiellement pris en charge par des institutions religieuses, selon ce chercheur.

“Tous les enfants sous tutelle n'ont pas été volés. Mais effectivement dans certains cas, on les a séquestrés et adoptés illégalement, on a volé leur identité et on les a donnés à d'autres familles”, déclare M. Casanova pour qui l'Espagne fait figure “d'exemple pionnier de ce qui allait se passer en Argentine” dans les années 70/80.

Julia Manzanal, une communiste madrilène de 94 ans, a passé cinq ans et demi dans des geôles surpeuplées à la fin de la Guerre civile (1er avril 1939). Elle y a vu mourir d'une méningite sa fille de dix mois qu'elle avait tenu à garder avec elle.

En prison, “je n'ai jamais voulu laisser ma fille à d'autres. Ils me l'ont proposé. A une époque beaucoup demandaient des enfants, des gens qui n'avaient pas d'enfants. Mais ma fille était trop petite et ils n'ont pas pu l'exiger”, témoigne-t-elle pour l'AFP.

Antonia Radas, 70 ans, n'a, elle, connu sa vraie identité qu'à l'âge de 54 ans, en faisant la rencontre “très émouvante” de sa mère, Carmen, une ex-prisonnière républicaine, grâce à une émission télévisée de recherche de personnes disparues.

Carmen lui a alors raconté l'histoire que ses parents adoptifs lui avait toujours cachée. “Ma mère m'avait emmené avec elle en prison aux Canaries, pour ne pas me perdre. Mais lorsque j'allais avoir trois ans, elle m'a confié à une compagne qui sortait de prison” explique Antonia.

Pourquoi ce geste? Sa mère avait “entendu dire que les enfants de plus de trois ans étaient retirés de leur mère et donnés en adoption”, ce que tend à corroborer une ordonnance officielle du gouvernement de Franco, citée par le juge Garzon.

Avant d'être contraint de clore son dossier sur les “disparus du franquisme”, le juge Garzon, célèbre pour ses traques d'ex-tortionnaires sud-américains, a mis en garde: “Oublier cette réalité plus longtemps (…) serait (…) contraire aux plus élémentaires droits de l'homme pour la société espagnole et la communauté internationale.”

Copyright © 2009 AFP.


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