2009.04.20 Adoption : l'avancée de la France

source : Youphil

Jean-Marie Colombani
La mise en place de l'autorité centrale pour l'adoption permettra de simplifier une procédure jusque là complexe.

Rubina : celles et ceux qui ont vu le très beau film de Dany Boyle « Slumdog millionnaire » ont sûrement encore en tête le visage de cette petite fille de 9 ans, devenue star planétaire après le triomphe de ce film dont elle est l’une des héroïnes, lors de la cérémonie des Oscars à Hollywood.

Rubina est au cœur d’un scandale : selon l’hebdomadaire britannique tabloïd « News of the world », son père, mécontent de ne pas toucher de royalties après le succès du film, aurait accepté de la vendre pour qu’elle soit adoptée par la famille d’un riche émir d’un pays du Golfe. Le père nie tout en bloc dans une interview au Times of India, tandis que le News of the world explique comment le père de Rubina a été piégé par un faux émir, vrai journaliste de l’hebdo et spécialiste de ce type de piège : Mahzer Mammood.

Deux versions inconciliables mais qui mettent l’accent sur une situation que vivent d’autres enfants moins connus ceux-là et qui, à travers un dévoiement de l’adoption, sont l’objet de divers trafics. C’est la version sombre de l’adoption où dans certains pays, peu regardants sur la rigueur des procédures édictées par la Convention de La Haye, des circuits s’organisent ; des circuits de corruption.

A l’autre bout de la chaîne, l’opinion est aussi interpellée par les adoptions dites « people ». Chez nous, c’est Johnny Hallyday et sa femme qui adoptent sans difficultés apparentes au Vietnam, leurs deux filles ; c’est aussi Madonna qui échoue cette fois, alors qu’elle tentait une deuxième adoption au Malawi.

Il y a ainsi dans l’actualité chaque jour ou presque –hier c’était la triste affaire de l’Arche de Zoé, remise en lumière après le kidnapping de deux humanitaires au Darfour et dont la libération est proposée contre un nouveau procès des membres de l’Arche de Zoé-, chaque jour donc l’opinion est saisie d’événements qui proposent de l’adoption une vision qui est à des années-lumière de ce que vivent les gens ordinaires, soit parents adoptants, soit enfants adoptés.

De ce point de vue, il n’est pas inutile de relever qu’en France les choses bougent ; et plutôt dans la bonne direction. En effet le gouvernement vient d’arrêter le dispositif qui permettra de mettre en place l’autorité centrale, pièce maîtresse du dispositif voulu par la Convention de La Haye. Cette autorité centrale, qui dépend principalement du Quai d’Orsay, est l’instance qui doit permettre d’inscrire l’adoption internationale dans le cadre de la politique que souhaitera mettre en place le gouvernement dans ce domaine.

Elle fait suite à la nomination d’un ambassadeur en charge de la mise sur pieds de ce service et de la coordination avec les services consulaires et diplomatiques à l’étranger. En soi, ce n’est pas une mesure dont on peut dire qu’à elle seule elle va faciliter l’adoption. Mais elle participe d’une remise en ordre d’une organisation qui était jusque là trop complexe et trop dispersée.

Elle va de paire avec la redéfinition des missions de l’AFA (Agence Française pour l’Adoption) dont la direction vient d’être changée et qui devrait désormais œuvrer dans un meilleur esprit, plus attentif et plus proche des futurs parents et des candidats à l’adoption.

Tout cela n’est évidemment qu’une partie du chemin : il faudra en effet compléter notre dispositif par un système le liant à un fond de coopération. Car il est important, en même temps que l’on souhaite faciliter l’adoption, que l’on s’attache à aider directement, ou aider au financement, de politiques nationales de protection de l’enfance, dans les pays dont sont originaires les enfants adoptés et dans lesquels de telles structures sont soit embryonnaires, soit non existantes.

Mais sur le terrain, c’est-à-dire là où tout se joue, entre les futurs parents, les orphelinats, les autorités locales de tutelle, nos services consulaires, l’innovation la plus importante est celle qui a consisté à commencer d’installer des volontaires pour l’adoption. Ce sont de jeunes femmes et hommes qui sont dépêchés sur place pour une durée de deux ans, à l’initiative de Rama Yade et de ses équipes et qui ont pour charge d’assurer la coordination nécessaire sur place et l’accompagnement des parents.

Problème : ces volontaires sont financés sur fonds privés et donc dépendent de la bonne volonté d’entreprises mécènes. Avis à nos grands groupes qui sont les bienvenus car huit recrutements seulement ont pu être effectués alors qu’il en faudrait au total une vingtaine si l’on veut vraiment que les choses changent concrètement. Dernier volet de l’action gouvernementale : des efforts vont être entrepris pour réouvrir l’adoption nationale, jusqu’à aujourd’hui limitée aux enfants nés sous « X » et à ceux qui ont fait l’objet d’une procédure judiciaire d’abandon. Nadine Morano, Secrétaire d’Etat à la famille, prépare un projet de loi dans ce sens en même temps qu’elle est chargée d’animer un comité interministériel qui doit veiller à dynamiser l’ensemble de notre politique d’adoption. Il sera temps d’en reparler lorsque ce texte viendra devant le Parlement. Pour l’heure, constatons que le rapport que j’avais remis au Président de la République il y a maintenant un an, n’est pas resté dans un tiroir. Les choses avancent lentement, mais elles avancent.


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