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2009.05.18 Des Américains jugés en Égypte pour adoption

source : Le Figaro

Tangi Salaün, au Caire

L'adoption plénière est interdite en Égypte, alors que 400 000 enfants sont abandonnés chaque année.

Salwa a un visage d'enfant, mais le regard éteint de celle à qui la vie n'a fait aucun cadeau. À 16 ans, elle a déjà enfanté deux fois. Deux bébés qu'elle a abandonnés à la naissance. Comme près d'un million d'enfants dont elle partage le sort en Égypte, Salwa a passé la moitié de sa vie dans la rue. Ses grossesses, Salwa ne les a pas désirées. Ses nourrissons, elle n'avait aucun moyen de les élever. Alors, quand des intermédiaires sans scrupule lui ont proposé de les prendre en charge pour leur assurer un «avenir meilleur», Salwa n'a pas hésité. La première fois, c'était un chauffeur de taxi. Il lui a donné 120 livres (16 euros) en échange de son bébé. La deuxième fois, c'est une infirmière de l'hôpital où elle avait été admise.
Trafiquants d'enfants

Selon l'ONG Hope Village, il y aurait quelque 400 000 enfants abandonnés en Égypte. Certains sont recueillis par des orphelinats, mais beaucoup échouent dans la rue, ou tombent entre les mains de trafiquants d'enfants.

Le marché est lucratif. L'Égypte, comme la plupart des pays musulmans, interdit en effet l'adoption plénière. Conformément à la loi islamique, une famille peut prendre en charge un orphelin, mais à condition que celui-ci ne prenne pas le nom de ses parents adoptifs. Il n'a donc aucun droit en matière d'héritage. Pour contourner cet écueil, de riches Égyptiens ou des Arabes du Golfe confrontés à la stérilité sont prêts à payer le prix fort. La manœuvre consiste à faire croire que la femme est enceinte et à trouver une jeune fille prête à abandonner son enfant à la naissance.

Un couple américain qui a tenté l'aventure est actuellement jugé au Caire pour avoir adopté illégalement des jumeaux. Louis Andros et Iris Botros ont essayé pendant des années d'avoir un enfant naturellement, avant de se résoudre à adopter. Iris Botros étant d'origine égyptienne et copte, ils ont sollicité un orphelinat chrétien du Caire, qui leur a fourni de faux certificats de naissance en échange d'un «don» de 4 600 dollars. Une pratique habituelle sur laquelle l'Église copte et les autorités égyptiennes ferment généralement les yeux.

Mais les autorités consulaires américaines, alertées par la date d'entrée en Égypte d'Iris Botros, trop proche de la naissance présumée, ont demandé une enquête. Arrêté, le couple risque sept ans de prison. Dans un pays qui en manque cruellement, l'orphelinat, lui, a été fermé.

Ce procès «pour l'exemple» aura peut-être pour mérite d'entraîner une prise de conscience. La nouvelle ministre de la Famille et de la Population, Mouchira Khattab, vient en effet d'appeler, devant le Parlement, à l'élaboration d'une nouvelle loi autorisant et encadrant l'adoption.


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