2009.05.23 Il veut récupérer sa fille en voie d'adoption

(Ouest-France) Informé tardivement de sa paternité, Julien Charnolé se bat pour retrouver l'enfant. Mais elle vit dans une famille qui souhaite l'adopter. Cruel dilemme. La justice se prononcera jeudi.

LE MANS. ¯ Le ciel lui est tombé sur la tête, le 24 août 2006. Appelé en urgence à la maternité du Tertre-Rouge, au Mans, Julien Charnolé, 28 ans, pense au dérèglement de l'utérus dont lui a parlé sa compagne pour expliquer sa légère prise de poids. Il ignore encore que la jeune femme est enceinte et qu'elle va accoucher d'une minute à l'autre. Elle lui annonce que l'enfant, une petite fille, n'est pas de lui. Elle serait le fruit d'un viol commis alors que le couple s'était momentanément séparé, neuf mois plus tôt.

Julien a du mal à admettre le déni de grossesse de son amie, mais il croit au viol. « Tout ce qu'elle disait était plausible. J'ai quand même perdu mes cheveux et pas mal de poids », confie-t-il. Dépassé par les événements, il laisse sa compagne confier le nouveau-né à l'association de la Famille adoptive française (Faf). Elle renonce à sa filiation.

L'ADN a parlé

Un an et demi plus tard, alors que le couple vit toujours ensemble, nouveau coup de tonnerre dans le ciel de Julien. Le juge d'instruction qui enquête sur le viol présumé le convoque. Les tests ADN sont formels : il est le père de la fillette. L'enquête pour viol est classée. Julien quitte son amie et se lance à corps perdu dans un combat : récupérer sa fille.

Il commence par reconnaître son enfant en mars 2008. Et convainc la maman d'en faire autant. Puis il cherche à localiser sa fille. Il écrit à la Faf qui l'informe que, depuis décembre 2006, l'enfant est confiée à une famille en vue de son adoption. Il ne sait à qui. Ni où. Il apprend seulement que le prénom de la petite a été changé. « J'ai écrit environ 150 lettres à tous les parquets de France pour savoir dans quelle juridiction avait été lancée la procédure d'adoption. Sans réponse », se souvient Julien.

Ironie du sort : en découvrant que la Faf l'a assigné devant le TGI de Paris pour faire annuler sa « reconnaissance de l'enfant », il apprend que sa fille habite dans le Loiret. Nouveau courrier à la FAF pour la rencontrer. Pas de réponse.

« Cauchemar » pour la famille

« L'article 352 du Code civil prévoit que le placement en adoption fait obstacle à toute reconnaissance ou retour de l'enfant dans sa famille d'origine. La petite pourra rencontrer ses parents biologiques à 18 ans, si elle le souhaite », tranche Nicole Eman, directrice de la Faf.

Le 20 janvier, le tribunal de Paris donne raison à la Faf et annule la reconnaissance des parents, jugée hors délai (1). Ils font appel. Mais c'est désormais à la décision d'un autre tribunal que Julien est suspendu. Jeudi, le TGI de Montargis (Loiret) devra dire si, oui ou non, il accorde l'adoption plénière à la famille qui accueille la petite depuis deux ans et demi.

« Je veux récupérer ma fille, mais sans arriver en terrain conquis », explique Julien Charnolé. Façon de dire qu'il est prêt à composer avec la famille d'accueil, qui ne l'entend visiblement pas de cette oreille. « Ce qui leur arrive est un cauchemar, se désespère Me Lemaignan, avocat des parents candidats à l'adoption. Si on retire la fillette à cette famille, que va-t-on expliquer au grand frère ? Qu'il n'a qu'à oublier sa soeur ! Lui aussi est adopté. Va-t-il en déduire qu'un jour il risque à son tour d'être enlevé à ses parents ? »

Igor BONNET.
Ouest-France


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