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2009.07.06 Il faut relancer l'adoption

(Youphil) par Jean-Marie Colombani. Le remaniement gouvernemental fait craindre un retour en arrière sur ce dossier.

Nouvelle alerte sur l’adoption. Après une première phase de réformes des procédures françaises de l’adoption, celle-ci se trouve menacée. Cette menace rend nécessaire  une  accélération de cette réforme.

Un peu plus d’un an après la remise d’un rapport commandé par le Président de la république, un certain nombre d’actions avaient été engagées sur les deux fronts qui constituent ce dossier sensible : celui de l’adoption nationale, qu’il s’agit de rouvrir, et celui de l’adoption internationale, qu’il s’agit de mieux maîtriser.

Faux espoirs

Dans quelques mois il sera possible d’avoir une estimation des résultats des actions entreprises. Or tout laisse penser que ces résultats seront négatifs : nous devrions subir en France en 2009 une nouvelle baisse de l’adoption après celle très forte enregistrée en 2007 et un léger redressement en 2008.

Bien sûr, il n’est pas sain d’avoir dans ce domaine une vision quantitative. Promettre dans ce domaine c’est, comme cela s’était produit il y a quelques années, induire en erreur et susciter de faux espoirs.

Néanmoins, l’approche quantitative sert de point de repère dans un domaine où il faut aussi parler, entre pays adoptants, de compétition. Même si cette notion en ce domaine est absurde.

Que s’est-il passé en France après l’impulsion donnée par le Président de la république?

La mise en chantier par Nadine Morano, Secrétaire d’état à la famille, d’un projet de loi destiné à rouvrir l’adoption nationale qui jusqu’à présent est extrêmement contrainte par la loi comme par l’application qui en est faite (elle concerne 800 enfants chaque année sur un total d’un peu moins de  4000 enfants adoptés). Le texte de Nadine Morano a été retardé, mais devrait être présenté à l’automne dans un contexte que l’on peut espérer consensuel.

S’agissant de l’adoption internationale, les recommandations du rapport ont commencé à être appliquées : restauration  d’une Autorité centrale, nouvelle impulsion pour l’agence française pour l’adoption, création d’un fonds de coopération (doté de 3 millions d’euros).

Un réseau de volontaires pour faire le lien

A ces initiatives, Rama Yade, alors Secrétaire d’état auprès du ministre des affaires étrangères, avait ajouté une initiative heureuse : la constitution à titre expérimentale d’un réseau de volontaires dépêchés sur le terrain pour faire le lien sur place entre les orphelinats, les autorités locales, les services consulaires et les futurs adoptants. A ce jour, huit  jeunes femmes sont en mission et leur travail devrait pouvoir porter ses fruits.

C’est là que les choses commencent à se gripper et que l’adoption, si personne n’y prend garde, pourrait devenir une victime collatérale du remaniement gouvernemental.  Beaucoup en effet repose sur la volonté politique  de celui ou celle qui, au gouvernement, est en charge du dossier.

Rama Yade partie, qui plus est sur ce sujet en désaccord avec son ministre de tutelle, il y a fort à craindre que l’ébauche du dispositif mis en place ne se défasse bien plus rapidement qu’il n’avait fallu de temps pour le constituer.

Mettre en place une politique de protection à l'enfance dans les pays concernés

Pour éviter ce fâcheux retour en arrière et de désespérer encore un peu plus les enfants qui pourraient être adoptés d’un côté, et celles et ceux qui souhaitent les adopter de l’autre, il serait urgent de donner une nouvelle impulsion.

Celle-ci devrait reprendre l’axe central du rapport qui était, s’agissant de l’adoption internationale, de privilégier l’aide que la France peut apporter pour mettre sur pieds, dans les pays concernés, de véritables politiques de protection de l’enfance et plus précisément de politique de protection des orphelins.

La logique des institutions internationales pousse en effet à privilégier cette loi alors que, jusqu’à présent, les dispositifs français se sont focalisés sur l’adoption.

Or il faut comprendre que celle-ci sera d’autant plus facilitée qu’elle s’insèrera dans un dispositif de protection de l’enfance auquel la France aura contribué.

Créer une mission dégagée des lourdeurs des pouvoirs publics

Il faudrait donc que de nouvelles directives soient données dans ce sens pour à la fois conforter ce qui a été fait, convaincre nos services diplomatiques de coopérer, alors que certains sont tentés de passer à autre chose, prolonger le dispositif des volontaires en les impliquant dans ces politiques de protection de l’enfant, mobiliser des fonds qui ont été prévus mais qui ne sont pas utilisés, et faire appel aux mécénats comme aux innombrables bonnes volontés qui se manifestent chaque jour.

Comme toujours en France, il faudrait donc que soit réaffirmée une volonté politique. Et que, pour que celle-ci s’incarne, il faudrait calquer le dispositif public sur celui par exemple qui a été mis en place autour de Martin Hirsch sur les sujets de la pauvreté et de la jeunesse, à savoir une mission dégagée des contraintes et des lourdeurs de l’action habituelle des pouvoirs publics.

Faute de quoi, on risque de constater, deux ans après la commande d’un rapport sur le sujet, que la situation s’est de nouveau dégradée.


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