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actualité:blog:2009.08.22_inde [2009/08/24 19:56] (Version actuelle)
kim créée
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 +h1. 2009.08.22 Inde: quatre garçons pour 70$
  
 +source : [[http://​www.cyberpresse.ca/​international/​asie-oceanie/​200908/​22/​01-894849-inde-quatre-garcons-pour-70.php|cyberpresse.ca]]\\  ​
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 +Philippe Mercure, envoyé spécial
 +La Presse
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 +**(Bangalore,​ Inde) Acheter un enfant comme on achète du riz ou une paire de souliers? C'est ce qu'ont réussi à faire deux journalistes indiens lors d'une enquête retentissante qui a braqué les projecteurs sur le trafic d'​enfants qui sévit dans leur pays. Que ce soit pour le travail au noir, la prostitution ou l'​adoption,​ des centaines d'​enfants sont ainsi vendus et achetés chaque jour en Inde. Portrait d'un phénomène plus facile à ignorer qu'à combattre.**
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 +Le 4 juin dernier, à Bangalore, dans le sud de l'​Inde,​ B V Shiva Shankar et Suresh M R se rendent près de la gare pour faire des emplettes.
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 +Mais ce ne sont pas les saris de soie, babioles de plastique et autre statues de dieux hindous qui les intéressent.
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 +Les deux hommes sont là pour un autre type de marchandise:​ les enfants. Ils n'ont pas à chercher longtemps. Un homme qui se présente sous le nom de Ravi vient bientôt à leur rencontre, accompagné de trois acolytes. Les hommes ont quatre garçons à vendre. Prix à l'​unité:​ 1200 roupies indiennes (un peu moins de 30$ CAN).
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 +Les acheteurs examinent les garçons. Négocient. Puis tendent trois billets de 1000 roupies et repartent avec les quatre enfants.
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 +L'​opération n'a duré que quelques minutes. Prix total déboursé: 70$ CAN.
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 +Deux jours plus tard, des photos de Ravi et sa bande en train de vendre des enfants font le tour du pays. B V Shiva Shankar et Suresh M R ne sont pas des propriétaires de restaurant à la recherche de main-d'​oeuvre bon marché comme ils l'ont fait croire aux trafiquants. Ils sont journalistes au quotidien Mid Day de Bangalore.
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 +En plus de mener à sept accusations criminelles,​ l'​enquête de Mid Day a braqué les projecteurs sur un fléau omniprésent en Inde, mais que policiers, politiciens et citoyens préfèrent souvent ignorer par peur, laxisme ou intérêt.
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 +Manu, Nanda, Varun et Dilip, les quatre garçons «achetés» lors de l'​opération,​ ont quant à eux été remis à l'​organisation gouvernementale Child Welfare Committee (voir autre texte).
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 +«Oui, les gens savaient déjà que le trafic d'​enfants existe en Inde, explique le journaliste B V Shiva Shankar à La Presse. Mais tout le monde a été choqué de voir ça dans les médias. Aujourd'​hui,​ les autorités ne peuvent plus dire: on n'est pas au courant.»
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 +Surtout que l'​enquête de Mid Day a révélé que l'un des trafiquants impliqués est justement... un policier.
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 +**Des gamins très utiles**
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 +Difficile de dire exactement combien d'​enfants font l'​objet d'un trafic en Inde. Mais partout au pays, les organisations non gouvernementales sonnent l'​alarme:​ malgré les lois qui condamnent le trafic, celui-ci continue de se dérouler au grand jour.
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 +Bangalore, une ville en pleine expansion où la demande pour les enfants semble intarissable,​ est devenue l'une des plaques tournantes du trafic au pays.
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 +Vasudeva Sharma y dirige l'​organisme Child Welfare Committee, qui a recueilli les enfants achetés par les journalistes.
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 +«Si tant d'​enfants font l'​objet d'un trafic en Inde, c'est parce qu'ils peuvent servir à plein de choses», a expliqué M. Sharma à La Presse, conscient du caractère choquant de ses propos.
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 +Nettoyer des planchers, cuisiner, servir les clients: dans les restaurants et les hôtels, mais aussi les usines et les fermes, les enfants travaillent pour des salaires dérisoires.
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 +Les mineurs sont aussi prisés au sein de ce que M. Sharma appelle «l'​industrie de la chair». «Tant les garçons que les filles sont en grande demande pour la prostitution. Et de plus en plus d'​enfants nous parlent de pornographie.»
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 +Pour d'​autres,​ la valeur d'un enfant réside dans son foie ou ses reins. «Le trafic d'​organes n'est probablement pas aussi répandu qu'on le dit, croit M. Sharma. De notre côté, on ne le voit pas vraiment. On a cependant des indices que ça existe.»
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 +D'​autres enfants sont vendus, achetés ou volés pour alimenter les réseaux d'​adoption illégale. «Ils demeurent en Inde ou partent vers l'​étranger,​ dit M. Sharma. Bien des gens ne veulent pas passer par le long processus de l'​adoption légale. Tout ce qu'ils veulent, c'est un enfant.»
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 +**Facilité déconcertante**
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 +Le journaliste B V Shiva Shankar affirme avoir été renversé de pouvoir acheter des enfants en plein jour, à deux pas d'un poste de police. «La facilité de notre opération est un signe de la profondeur des réseaux et de leur niveau d'​organisation»,​ croit-il.
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 +Son collègue Suresh M R, lui, est inquiet pour une autre raison. «Les trafiquants ne nous ont jamais rien demandé, dit-il. Ils ne nous ont pas demandé qui nous étions, ni la raison exacte pour laquelle nous voulions des enfants. Ils ont pris l'​argent,​ point. C'est probablement ce qui fait le plus peur. Vous pouvez aller à la gare et dire: je veux des enfants. Et vous allez en avoir. Et vous pouvez en faire ce que vous voulez.»
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 +En chiffres
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 +**3e**
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 +> Le trafic d'​êtres humains est la troisième activité en importance pour le crime organisé sur la planète après le trafic de drogue et le trafic d'​armes.
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 +**40%**
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 +> L'Inde compterait environ 3 millions de prostitués,​ dont 40% sont des enfants.
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 +Source: Bureau central d'​investigation de l'Inde
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 +{{tag>​inde actualité 2009}}

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