2009.09.01 La Réunion : Adoptée, elle trouve l’enfer à la place d’un foyer chaleureux

source : clicanoo.com

COUR D’ASSISES. La rentrée s’est effectuée hier avec une affaire de viol intrafamilial. Dans le box, Pierre-Noël B., 54 ans. L’homme est accusé d’avoir agressé sexuellement et violé sa fille adoptive, sa propre épouse ainsi que la filleule de cette dernière. Le verdict est attendu aujourd’hui.

Nirina* a 8 ans lorsque les époux B. l’adoptent à Madagascar. Ses parents naturels, très pauvres, n’ont pas les moyens de subvenir à ses besoins. Ils la laissent alors partir à la Réunion, dans l’espoir d’une vie meilleure pour elle. La mère adoptive, Brigitte*, qui ne peut plus avoir d’autres enfants en raison de problèmes de santé, est enthousiaste à l’idée de voir cette petite fille agrandir la famille. Elle a eu “un coup de cœur” pour la gamine. Les années passent, Nirina est bien intégrée. Mais la petite vie tranquille qu’elle mène tourne au cauchemar quand elle a 15 ans. Un soir, durant son sommeil, l’adolescente se réveille brutalement : près d’elle, sur son lit, son père Pierre-Noël B. est entrain de lui toucher le corps, plus particulièrement les seins et le sexe. Cet événement marquera le début d’une longue série d’attouchements nocturnes. Paralysée par la peur, la jeune fille ne réussit à se confier qu’à son journal intime, devenu essentiel dans son malheur. Elle pense que si elle dénonce les faits, son père la renverra à Madagascar. Il l’en a déjà menacée plusieurs fois.

Elle flanche devant ses supplications

“Pour ne pas qu’il entre dans ma chambre, je m’enfermais à clef ou alors je mettais des objets lourds et bruyants contre la porte”. En décembre 2007, “la mécanique incestueuse”, comme l’indique l’experte psychologue à la barre, passe un nouveau cran. De retour d’un festin où elle a bu plus que de raison, Nirina s’effondre sur son lit. Malade, elle s’endort quelques instants avant d’être réveillée par son père allongé près d’elle. “Je lui ai demandé de partir. Il ne l’a pas fait tout de suite. Je suis allée à la salle de bains. Je suis revenue me coucher et il m’a rejointe à nouveau. Je lui ai encore dit de s’en aller puis je me suis endormie. Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé après.” Ce n’est que le lendemain que certains éléments viendront définitivement la convaincre que cette nuit-là, l’homme a commis l’irréparable. Elle se confie alors à des proches. L’affaire sera ensuite entièrement révélée au cours d’un conseil de famille. Sa mère l’emmène porter plainte au commissariat mais arrivés devant les locaux de police, son agresseur la supplie de lui pardonner. Touchée, elle ne dénonce pas le viol aux forces de l’ordre.

D’autres victimes parlent

Elle le fera finalement quelque temps plus tard, ce qui permettra à d’autres voix de s’élever. Celle de Julie*, 23 ans, filleule de Brigitte, qui expliquera avoir été violée par Pierre-Noël alors qu’elle était venue passer une nuit chez eux. Enfin Brigitte elle-même, épouse de l’accusé, qui avouera avoir subi, entre 2003 et 2007, des relations sexuelles forcées. S’il reconnaît, à demi-mots, les faits concernant Nirina et Julie, il nie ceux concernant Brigitte. “C’est ma femme. Si au début elle disait non, après quand je faisais elle disait rien. Ce n’est pas un viol. Un viol c’est quand il y a des violences, puis un meurtre même”. L’accusé doit s’expliquer plus longuement aujourd’hui. Suivront les plaidoiries de Me Julien Maillot, avocat de la partie civile et Me Frédérique Fayette, avocate de la défense ainsi que le réquisitoire de Michel Baud, substitut général du procureur. Le verdict devrait être rendu dans l’après-midi

Mélodie Nourry

*Les prénoms ont été modifiés


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