2009.11.21 Madagascar Une mère victime d’une arnaque

(L'Express de Madagascar) En signant des papiers sans les avoir lu, Olivia Rakotoarison, la mère biologique d'Elisa a commis la plus grave erreur de sa vie. Elle veut revoir sa petite fille.

Six ans après «l'enlèvement» de sa petite fille, Olivia Rakotoarison n'en peut plus et sort de son silence. Elle a mis au monde le 28 janvier 2003 la petite Haja Elisa Andrea. Se sentant victime d'une démarche qu'elle qualifie de machination, Olivia souhaite renouer avec une relation étroite avec sa fille et ses parents adoptifs.

« J'avais confié, en 2003, ma fille à madame Jacqueline, appelée aussi maman, laquelle s'est présentée comme responsable d'un centre de réinsertion pour enfants. Nous nous sommes mises d'accord pour qu'Elisa reste chez elle, ce après avoir dressé un acte devant un officier de police. Maintenant, je me suis rendue compte que j'ai commis une grave erreur en signant des papiers dont je ne connais même pas la teneur », avoue-t-elle.

Pour la petite histoire, mortes de faim et épuisées par une longue marche qu'elles avaient effectuée, Olivia et sa petite fille se sont évanouies non loin du domicile de « maman » à Ambohimiandra Mahazoarivo. Jouant le bon samaritain, madame Jacqueline les a pris en charge.

Après quelques échanges de propos, les deux femmes se sont entendues pour qu'Elisa soit confiée à madame Jacqueline, en tant que membre du personnel d'un centre de réinsertion pour enfants.

« Au bureau de la police, maman m'a déjà demandé si je suis partante pour l’adoption de ma petite fille par un couple étranger. Je lui ai répondu par l’affirmative, à condition qu’on m'autorise à rester en contact avec ma Elisa et surtout avec ses parents adoptifs», témoigne Olivia, tout en ne se souvenant pas avoir donner une réponse précise sur le sujet.

Quelques jours après avoir conclu l'accord auprès d’un officier de police, madame Jacqueline et Olivia se sont rendues au tribunal. « On m'a posé des questions sur la raison de ma décision de laisser mon enfant dans un centre, mais il n'était pas encore question d'adoption. Je me souviens toutefois qu'un couple européen se trouvait également au tribunal, mais leur présence n'a pas attiré mon attention. Je confirme cependant que je n'ai rien signé quand nous étions au tribunal », insiste Olivia.

Incarcérée

Elle reconnaît qu’elle n’a pas en sa possession aucun papier concernant sa fille actuellement, sauf une photo d’elle avec ses parents adoptifs, offerte par madame Jacqueline. « J'espère que je pourrai encore demander un extrait d’acte de naissance de ma fille auprès du bureau d’état civil d’arrondissement », précise-t-elle avec espoir.

« Grande fut pourtant ma surprise quand madame Jacqueline m'a informé quelques mois après notre conversation au tribunal que ma fille était déjà partie », raconte-t-elle au bord des larmes.

Pour la calmer, « maman » lui a promis de prendre en charge les frais de scolarité ainsi que les soins des trois autres enfants d’Olivia. « Elle m'a même conseillé de chercher un nouvel appartement plus décent, mais finalement elle ne nous a offert que 25 000 ariary par mois », toujours selon Olivia.

Un frère d'Elisa habitant avec sa mère a été hospitalisé en décembre 2003. Olivia s'est plié en quatre pour pouvoir réunir les frais avoisinant Ar 300 000.

« Heureusement que ma défunte tante a avancé la somme, sinon nous n'aurions pas pu quitter l'hôpital. Madame Jacqueline nous a promis de régulariser les factures, mais elle ne s'est jamais présentée à l'hôpital. C'est après avoir discuté avec son fils qu'on a su qu'elle a été incarcérée à cause d’une autre histoire d'adoption », poursuit la mère de la petite Elisa.

En dépit des propos menaçants proférés par le fils de madame Jacqueline, Olivia et sa tante se sont toujours rendues à la maison carcérale pour réclamer les frais d'hospitalisation régularisés par sa tante, ainsi que l'adresse exacte d'Elisa.

« Elle a toujours trouvé des excuses en avançant que les parents adoptifs d'Elisa changent tout le temps d'adresse. Concernant l'argent, elle l'a payé à la suite de pression exercée par un haut responsable de la prison au courant de l'histoire à force de nous côtoyer », révèle-t-elle.

Afin de rassurer Olivia, mère biologique d'Elisa, madame Jacqueline a déclaré que sa fille a été hébergée dans un centre situé non loin de la ville.

Pour sa défense, le responsable du lieu en question a réfuté l'existence de cette affaire. « Selon les règlements régissant les centres d'insertion pour enfants, les parents biologiques ont le droit de visiter leurs enfants. Pour ceux qui sont partis, nous avons l'obligation de garder le contact entre eux », explique le responsable du centre concerné.

Celui-ci continue en concluant que « le centre a collaboré avec une femme habitant à Ambohimiandra, mais elle ne s'appelle pas Jacqueline. Elle était chargée de régulariser nos papiers administratifs sur l'adoption. Depuis qu'on a fermé en 2002, je ne l'ai plus revue. J'ai aussi entendu qu'elle a été incarcérée, mais je ne suis pas au courant de ce qu'elle avait commis ». Pour Olivia, la lutte continue jusqu'à ce qu'elle trouve l'adresse de sa fille Elisa.

Andry Ratovo


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