2009.12.03 Luxembourg: la CNE et la vérité suprême

(Le Quotidien) Personne n'avait jamais osé affirmer que l'éthique est une science qui détiendrait la (ou une) vérité suprême. / Jean Rhein

D'ailleurs, la Commission nationale d'éthique (CNE) ne l'a jamais fait non plus.

Pourtant les milieux conservateurs (dans l'Église catholique et dans sa mouvance politique, le CSV) ont déversé sur l'avis récemment publié de la CNE concernant la législation relative aux adoptions et la problématique de l'accouchement anonyme autant de louanges préalables, que les observateurs neutres et objectifs restent perplexes. L'avis de la CNE considère que l'intérêt de l'enfant prime sur le désir de l'adoptant ou des adoptants potentiels «d'avoir un enfant». Pour l'État et le législateur cela signifie sans équivoque : il y a un droit de l'adoption, mais il n'y a aucun droit à l'adoption. Et dans le monde globalisé, le pays d'origine de l'enfant (adoptable) exige des conditions importantes quant à la qualité des familles adoptives. Dans l'optique des conventions internationales sur l'adoption, il y a lieu de protéger l'intérêt de l'enfant, avant même qu'une décision ne puisse être prise dans le pays d'accueil, où un jugement interviendra ultérieurement selon la législation nationale. Plusieurs pays favorables à l'adoption étrangère de leurs ressortissants posent des conditions - par exemple une pratique religieuse exemplaire dans les familles d'accueil - qui ne correspond plus à la pratique dans les États (plus ou moins) laïcs de notre bonne vieille Europe judéo-chrétienne.

Encore, les préjugés ne sont pas toujours réciproques.

Disons-le clairement qu'il est exclu dans la plupart des pays lointains qui consentent à l'adoption de leurs enfants qu'un couple homosexuel dans le pays d'accueil soit éligible pour une candidature à l'adoption. L'égalité devant la loi (qui commence à s'instaurer dans nos contrées) a comme corollaire l'absence, ailleurs, d'une tolérance, qui anéantit toutes les chances d'une adoption internationale.

La CNE affirme pudiquement qu'elle ne dénie pas aux homosexuels les qualités d'un bon père ou d'une bonne mère et pourtant elle refuse le «droit à l'adoption». Encore une fois, le critère de la pratique dans une réalité complexe qui existe chez des dizaines de millions d'individus (père ou mère sans mariage ou après un divorce) dément la vision idéaliste (restée homophobe).

Le véritable problème est que l'idéal véhiculé encore par la CNE - celui de la sainte famille, avec ses liens indissolubles - existe seulement en tant qu'exception.

Sans prétendre que les structures d'accueil contemporaines au Grand-Duché opèrent encore comme les orphelinats décrits par Charles Dickens, il y a un point commun, pourtant : les services sociaux ont parfois la fâcheuse tendance de se constituer une propre justification. Voilà pourquoi il y a si peu d'enfants adoptables à l'intérieur du pays. Les associations à vocation sociale ou charitable perdraient une partie de leur fond «de commerce» (elles sont généreusement subventionnées par l'État!), donc de leur raison d'être, si elles concédaient leurs pupilles à l'adoption - qu'elle soit plénière ou simple. Vouloir réduire l'adoption à une seule forme est une fausse piste de réflexion de toute façon.

L'existence des agences d'adoption et leur reconnaissance par l'État est indispensable. Il est regrettable que plusieurs agences reconnues créent l'illusion d'un parcours facile vers une adoption. Avis aux candidats: renseignez-vous sur le nombre d'adoptions réalisées annuellement par l'agence!


Outils personnels