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2009.12.20 Pourquoi Pékin freine l'adoption internationale

source : http://www.youphil.com/fr/article/01378-pourquoi-pekin-freine-l-adoption-internationale?ypcli=ano

La Chine ne veut plus être considérée comme un pays “exportateur d'enfants”.

A plus d’un titre, des révisions stratégiques en cours peuvent expliquer les ralentissements de l’adoption internationale en Chine.

La Chine du début du XXIe siècle qui traverse la crise économique mondiale en maintenant une croissance annuelle de 8% n’apprécie pas de continuer à apparaître comme un pays pauvre où l’on vient se fournir en enfants abandonnés.

Cette image de “pays exportateur d’enfants” heurte un sentiment national en plein essor. La presse chinoise voit d’un très bon œil ces parents américains qui reviennent en voyages organisés avec leurs adolescentes adoptées pour qu’elles établissent un contact avec leurs racines et la ville où elles ont été abandonnées.

5000 dollars de “don” par enfant adopté

Certes, les “dons” versés à l’Etat par les parents étrangers ne sont pas négligeables : 5000 dollars par enfant adopté. Auxquels les agences américaines ou espagnoles qui aident les parents tout au long de la procédure ajoutent des aides financières et de la coopération humanitaire directement fournies à certains orphelinats. L’Association Française pour l’adoption (AFA) n’a légalement pas la possibilité d’accorder le même type de subventions.

Mais l’Etat chinois peut-il tolérer les trafics de plus en plus visibles? Dans des campagnes reculées, des rabatteurs achètent des bébés qu’ils revendent à des orphelinats, qui peuvent ainsi répondre aux demandes du CCAA (China Center of Adoption Affairs) à Pékin.

Pire, des enfants sont tout simplement kidnappés par les trafiquants. Fin octobre, à la suite d’un reportage dans le Los Angeles Times, l’ambassade du Canada à Pékin a interrogé officiellement les autorités chinoises, qui ont répondu que des enquêtes étaient en cours.

Effectivement, les journaux chinois et Internet citent régulièrement des cas d’arrestation de “criminels” accusés de trafic d’enfants. L’un d’eux avoue ses tarifs : il achetait pour l’équivalent d’environ 300 dollars des bébés qu’il revendait autour de 3000 $ à l’orphelinat de Fuzhou non loin de Canton

L’an dernier, à Yulin, dans le Guangxi, un autre dévoile sa complicité avec la clinique d’accouchement où il avait posé un écriteau : “les mères qui ont donné naissance à une petite fille et qui ne veulent pas la garder peuvent me contacter.”

Un autre est arrêté pour avoir vendu à l’orphelinat un bébé fille trouvée dans la rue : “elle était dans un carton. Il valait mieux la vendre que la laisser mourir. Au moins elle a maintenant une chance d’être adoptée par des étrangers”, a déclaré à la presse locale la femme de ce trafiquant emprisonné !

En freinant drastiquement le nombre d’enfants destinés à l’adoption internationale, Pékin peut espérer mettre fin à ces pratiques. Et donner l’impression de renforcer la lutte contre la corruption.

Pour les citadins chinois, des conditions d'adoption plus simples

Assainir le domaine de l’adoption répond aussi à un phénomène récent lié à l’élévation du niveau de vie : des citadins chinois qui n’ont pas d’enfants ou ne se contentent pas de n’en avoir qu’un seul adoptent des orphelins.

Pour eux, les conditions légales (précisées par un texte de 2004) sont beaucoup simples que pour les étrangers. Des statistiques globales du Ministère des Affaires civiles, citées par le site Sina.com, démontrent que 37000 enfants ont été adoptés par des couples chinois en 2005. Le chiffre est monté à 39000 en 2008.

En ville, l’adoption de petites filles n’est pas refusée. Le critère paysan d’avoir des bras pour cultiver plus tard la terre ne joue pas et le souci confucéen d’avoir un descendant mâle pour perpétuer le culte des ancêtres s’est beaucoup amoindri. “Il y a dix ans, seuls des artistes adoptaient en Chine. Aujourd'hui, il y a des médecins, des commerçants…“

Le psychologue Lin Zengfan explique l’augmentation des adoptions chinoises par “une forme nouvelle de besoin de responsabilité sociale” dans la classe moyenne urbaine enrichie. Chang Hua, un avocat pékinois, raconte : ” Il y a dix ans, parmi mes amis, seuls des artistes osaient adopter. Maintenant, je connais quelques riches commerçants et deux médecins qui l’ont fait.”

Il semble, cependant, que souvent on cache qu’il s’agit d’un enfant adopté de crainte de moqueries du voisinage et des camarades de classe.
\\ Une progression démographique ralentie

Mais l’action des dirigeants chinois en matière d’adoption rejoint sans doute aussi des préoccupations beaucoup plus larges. La politique de l’enfant unique fixée en 1978 a réussi à ralentir la progression démographique. Faire partir hors de Chine des enfants chinois n’a plus la même utilité. Même s’ils ne sont qu’une infime minorité à l’échelle chinoise. Symboliquement, mieux vaut au contraire garder ces futures femmes, dont on commence à manquer en Chine.

Redéfinir la politique de la famille fait en tous cas partie du vaste de plan de création d’un système de Sécurité sociale sur lequel de nombreux experts travaillent actuellement en Chine.

De hauts fonctionnaires ne cachent pas que la question de l’adoption est abordée dans des conversations interministérielles qui réunissent des responsables des affaires civiles, du social, de la santé, de la diplomatie etc. Les dirigeants chinois n’ont pas l’intention de fermer la porte à l’adoption internationale. Mais ils feront probablement en sorte qu’elle ne se développe pas.


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