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2010.01.14 Haïti / L'angoisse d'un père adoptant

source :L'Union

Un avion d'Air Caraïbes atterrissait à Port-au-Prince quand le tremblement de terre a dévasté Haïti, mardi en fin de journée. L'appareil a été dérouté in extremis sur Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Un Champenois se trouvait à bord pour ramener le petit Haïtien que lui et son épouse ont adopté. Récit d'une terrible angoisse.

IL est 17 heures mardi à Haïti. Bertrand Wittmann, un Champenois de 38 ans, se trouve sur le vol d'Air Caraïbes. L'avion entame sa descente sur Port-au-Prince. Dans moins de vingt minutes, cet habitant de Chamoy dans l'Aube doit poser le pied sur le tarmac de l'aéroport de la capitale haïtienne. Le chauffeur de bus n'est pas là pour les vacances, son job ou pour visiter quelques parents expatriés. Mais plus que tout autre passager, il lui tarde de rejoindre enfin ce petit pays du bout du monde.
Bertrand est dans l'appareil dans l'espoir de serrer enfin contre lui le petit Clarensky. Ce bout chou de 2 ans que lui et son épouse Christine, restée au domicile familial de Chamoy, ne connaissent pour l'heure que sur photo. Un petit garçon que l'une des trois crèches de l'association Don d'Amour, gérée par la Haïtienne Gina Dolcé Clodomir, s'apprête à leur confier au terme d'une fastidieuse procédure d'adoption entamée en juin 2006.
Bertrand a maintenant les yeux rivés sur l'écran qui permet aux passagers de suivre en direct la phase d'atterrissage de l'appareil. Celui-ci vire alors au dessus de la mer. « Tout allait bien, même si on avait pris un peu de retard lors de notre courte escale à Saint-Martin. Le commandant de bord avait annoncé notre descente et je voyais Port-au-Prince se rapprocher en visuel sur la carte », témoigne Bertrand, joint hier par téléphone à Pointe-à-Pitre.
« Nous avons cru à une blague »

Et puis soudain, le commandant reprend la parole. « Il a annoncé que nous allions nous dérouter à la suite d'un tremblement de terre à Port-au-Prince. Au début, nous avons cru à une blague. On devait être dérouté sur Saint-Domingue, puis finalement c'était Pointe-à-Pitre », poursuit le Champenois.
Les passagers doivent de rendre à l'évidence. L'annonce est des plus sérieuses. L'étonnement laisse bientôt la place à la stupeur. « Il y a eu ensuite comme un mouvement de panique. Les familles haïtiennes ne comprenaient pas. Ma voisine de siège me disait que ce n'était pas possible, qu'il n'y avait jamais de tremblement de terre à Haïti et que le dernier remontait à environ 200 ans », indique Bertrand.
A Chamoy, il est 1 heure du matin lorsque Christine reçoit un SMS de son mari. « Demi-tour séisme en Haïti retour à Pointe-à-Pitre ». Elle le lit et le relit avec angoisse. « J'étais seule chez moi. J'ai eu peur et j'ai pleuré. Je pensais à mon mari, de peur que l'avion ait un accident. Et à mon petit garçon… Ils devaient arriver dimanche », confie-t-elle.

« Je ne trouve pas mes larmes »

Retranchés dans un hôtel de Pointe-à-Pitre, les passagers du vol d'Air Caraïbes se font eux aussi un sang d'encre. Raymonde Dambreville, une Haïtienne de 52 ans installée à Paris, devait rejoindre les siens pour des vacances. « Nous n'avons pas de nouvelles de nos familles. Nous sommes morts d'inquiétude. Beaucoup refusent de manger et passent leur temps à pleurer », raconte-t-elle. Et de confier : « Moi, je ne parviens pas à pleurer, car je ne trouve pas mes larmes… » Raymonde ne rentrera pas à Paris tant qu'elle n'aura pas retrouvé les siens, avec la terrible angoisse de savoir s'ils sont sains et saufs.
Bertrand Wittmann espère, lui aussi, rejoindre la capitale meurtrie par trois séismes. Car là-bas, un petit garçon - son fils - a plus que jamais besoin de l'amour de son père adoptant. « Il a fallu qu'il arrive cette catastrophe alors que nous étions si près du but. C'est le destin… » Et sans doute partie remise. Car aux dernières nouvelles, les enfants de l'association Don d'Amour auraient été épargnés par la catastrophe.

Eric LAINÉ


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