2010.01.17 « Les pouponnières ont souffert, certains enfants sont sains et saufs »

source : Le Progrès

Pour le député UMP roannais, Yves Nicolin, président de l'Agence Française de l'Adoption, « il ne pourra pas y avoir de rapatriement d'enfants haïtiens pour l'instant »

Vous vous étiez rendu à Haïti récemment ?

Je connais cette île pour y avoir séjourné, notamment en 1995, alors que je surveillais, pour le compte de l'Assemblée nationale, les élections présidentielles. J'avais d'ailleurs été reçu par le président Haïtien, dans le palais qui est aujourd'hui détruit. Nous étions logés dans l'hôtel qui s'est effondré. Quand on voit ces images dans un pays frappé par autant de pauvreté, on est forcément marqué.

L'Agence Française de l'Adoption que vous présidez venait justement de s'implanter à Haïti ?

Jusqu'à présent, l'agence ne travaillait pas directement avec Haïti mais depuis le 1er janvier 2010, nous avions recruté un correspondant sur place dont nous sommes toujours sans nouvelle. J'ajoute qu'un déplacement de la directrice générale de l'Agence était prévu pour visiter les pouponnières où se trouvent les enfants.

Avez-vous des nouvelles des enfants en voie d'adoption ?

On sait globalement que certaines pouponnières ont souffert. Et que certains enfants sont sains et saufs.

Actuellement, combien de petits Haïtiens sont concernés par des procédures d'adoption ?

La France adopte entre 500 et 600 Haïtiens par an. Comme les procédures durent en moyenne deux ans, on peut estimer qu'un peu plus d'un millier d'enfants sont concernés à Haïti.

Que va-t-il se passer pour eux aujourd'hui ?

La priorité est de sauver un maximum de vies sur place, de nourrir et de soigner les Haïtiens avant de parler d'adoption. Ce qui est certain, c'est qu'il ne pourra pas y avoir de rapatriement d'enfants, à l'exception de ceux qui ont bénéficié d'un jugement d'adoption sur place. Encore faudra-t-il pouvoir récupérer les documents qui ont sans doute été ensevelis pour sortir les enfants du territoire.

L'Agence Française d'Adoption risque d'être plus sollicitée dans les jours prochains pour des adoptions ?

Nous sommes déjà sollicités par celles et ceux qui devaient aller chercher un enfant. Pour l'instant on est dans l'expectative. Hormis les enfants des pouponnières, adoptables, les autres qui sont où qui vont être orphelins, auront certainement des oncles, des tantes, des parents qui pourront s'en occuper. Ceux-ci ne seront pas forcément adoptables. Je rappelle qu'il faut une décision judiciaire des autorités locales pour adopter un enfant. A Haïti, c'est le chaos, tout est désorganisé sur place et il est trop tôt pour parler d'adoption. Nous devons tous nous mobiliser pour témoigner notre solidarité envers les Haïtiens. J'ai demandé au maire de Roanne, Laure Desroche, d'inscrire à l'ordre du jour du prochain conseil municipal, une subvention exceptionnelle en faveur des victimes du tremblement de terre.

Propos recueillis par Frédéric Paillas


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