2010.01.17 Claire et Denis devaient l'adopter, la petite Sarah est décédée

source : La Voix du Nord

PAR PATRICK SEGHI

Sarah Dina, deux ans, devait rejoindre Claire et Denis Verkindt, ses parents adoptifs, domiciliés à Halluin. Elle est l'une des victimes du séisme qui a dévasté Haïti. Quatre-vingt-cinq autres familles françaises étaient en cours de procédure pour adopter les enfants de cette crèche de Port-au-Prince, où l'on dénombre soixante-deux victimes…

Un petit pavillon coquet à Halluin. Les yeux rougis, Denis Verkindt vient d'apprendre le décès de Sarah, la petite Haïtienne de deux ans qu'il souhaitait adopter. Les informations recueillies sur place sont effroyables. Sur les cent vingt enfants que comptait cette crèche, on dénombre déjà soixante-deux victimes. « Les plus jeunes ont été les plus exposés. Ils étaient les moins mobiles. Les ados et les nounous ont eu plus de chance… », souligne Claire Verkindt, qui vit depuis mercredi dans une angoisse entretenue par les informations délivrées au compte-gouttes…

Éthiopie ou Haïti

« Nous ne pouvions communiquer avec personne là-bas. On se doutait que le pire pouvait arriver. C'est grâce au téléphone satellite d'une équipe de M6, qui faisait un reportage sur cette crèche, qu'on est entrés en contact avec la directrice. Nous avons alors appris que notre petite Sarah Dina était décédée. »

Malgré sa tristesse, Claire Verkindt précise sobrement : « Nous étions allés à Haïti en décembre dans le cadre de la procédure d'adoption pour prendre contact avec Sarah (née le 14 novembre 2007). Nous étions restés trois jours à la crèche avec elle. Sa mère avait quitté le pays pour la République dominicaine. Nous avions rencontré son père sur place. Il souhaitait qu'on adopte sa fille, que l'on s'en occupe… ».

De ce voyage éclair à Port-au-Prince, les époux Verkindt retiennent « un pays manifestement touché par la pauvreté, d'une incroyable densité de population, des enfants en uniforme scolaire partout, souriants et colorés, des routes défoncées, l'absence de feux rouges, d'infrastructures, des maisons délabrées »… Un désordre qui renvoie aujourd'hui à une réalité dramatique au regard des événements.

« Peu de pays autorisent l'adoption d'enfants si jeunes. Entre zéro et deux ans, on ne trouve que l'Ethiopie ou Haïti… Nous n'avions pas prémédité d'adopter un enfant haïtien. Nous avions lancé une procédure avec la Colombie, mais il y avait au moins trois ans d'attente… » D'autres liens s'étaient naturellement tissés. Au point que Claire et Denis, 34 et 37 ans, n'hésitent pas à dire « notre fille » lorsqu'ils évoquent Sarah. Ils savent aussi que leur douleur est partagée par de nombreux autres couples. « Quatre-vingt-cinq familles étaient en cours de procédure pour adopter des enfants de cette crèche. » Chacune est terrifiée à l'annonce des décès qui affluent sur les forums. « Aujourd'hui, il va falloir reconstruire. On a vu, il y a deux ans déjà, des vagues d'orphelins arriver à la suite d'un typhon. On sait que les besoins seront criants… »

Alors les époux Verkindt lancent un appel aux dons depuis leur pavillon halluinois (lire par ailleurs). « Nous continuerons à aider la crèche et à nous battre pour qu'elle puisse accueillir à nouveau des enfants dans le besoin. » Un combat d'une exemplaire dignité.


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