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2010.01.18 Adoption en Haïti : le coeur et la raison

source : Agoravox

par Jean-Vital de Monléon

Après le séisme terrible qui vient de frapper Haïti, différents mouvements s’opposent en France pour définir la conduite à tenir quant aux enfants qui attendaient une adoption par une famille française. Faut-il privilégier avant tout de sauver des vies ou de lutter contre les trafics ? La réponse n’est pas simple et c’est l’avenir de centaines d’enfants qui est en jeu.

Lors du récent tremblement de terre en Haïti, de nombreux enfants sont morts. D’autres peut être plus nombreux encore vont mourir dans les semaines à venir (de faim, d’épidémies, etc…). On imagine facilement et avec horreur, le drame que vit ce pays, on se sent proche de la population haïtienne de tout ceux qui ont perdu un proche. Une fois encore les plus jeunes sont les plus fragiles.

Parmi ces petites victimes, certaines étaient attendus avec impatience France. Depuis quelques années, Haïti est pour notre pays, le première région d’origine des enfants adoptés. Ainsi en 2009, plus de 600 enfants haïtiens sont arrivés dans des familles françaises.

On peut donc estimer à plusieurs centaines le nombre d’enfants dans les orphelinats de Port-au-Prince ou d’ailleurs qui le jour du séisme étaient d’ores et déjà apparentés à une famille française, c’est à dire qu’ils étaient sur le chemin de longues démarches (parfois jusqu’à deux ans) pour enfin pouvoir être accueillis de ce côté de l’Atlantique. Pour leurs parents français, ces enfants étaient déjà les leurs !

Au vu du drame haïtien, il peut sembler abstrait ou futile de penser à ces familles en attente d’adoption. Certes, ils sont dans le confort douillet de leurs appartements, ils n’ont pas à s’inquiéter pour leur nourriture et leur toit, et bien souvent, ils n’ont jamais encore vu “pour de vrai” ces enfants. Mais ces enfants étaient déjà bien les leurs, des enfants qu’ils avaient investis, des enfants qu’ils espéraient, des enfants qu’ils attendaient, des enfants dont ils connaissaient l’histoire, des enfants qu’ils avaient vus en photo, des enfants avec lesquels ils s’entretenaient parfois par téléphone.

Il s’agit bien de victimes collatérales, en grande souffrance, vivant un véritable deuil qu’il ne faut pas négliger. Les différences services qui s’occupent d’adoption (dans les conseils généraux ou dans les quelques consultations d’adoption) se doivent être mobilisées pour les recevoir, car ils sont les plus informés pour comprendre qu’il s’agit bien d’un deuil, d’un deuil d’autant plus difficile que celui qui est parti n’avait pas eu le temps d’être proche.

Et puis il y a tous les enfants haïtiens destinés à être adoptés, qui ont survécu et qui survivront, je les espère nombreux, et le moins traumatisés possibles. Ceux qui les attendent en France, ne sont pas en deuil mais dans une intolérable inquiétude. Avant de les critiquer, de les traiter de rapaces, il vaut mieux tenter de se mettre à leur place. Ce n’est pas facile à faire, les parents adoptés ne sont pas toujours considérés comme des “vrais parents”, pourtant cette parentalité est forte et commence dés l’attribution de l’enfant. Que tous les parents par le sang ou par le coeur, essaient d’imaginer quelle serait leur réaction si un de leurs enfants se trouvait dans un pays victime d’une grave catastrophe, tandis qu’eux seraient coincés en France. Par tous le moyens , ils tenteraient de rechercher sa trace, de lui venir en aide, de le rapatrier. C’est ce que tentent de nombreuses familles actuellement, et même s’ils le font maladroitement, ce n’est pas quelque chose que l’on peut leur reprocher.

La situation n’est pourtant pas si simple et si j’ai d’abord laissé parler mon coeur, on est obligé d’écouter aussi notre raison. La tâche pour les autorités françaises et haïtiennes s’annonce gigantesque. Les démarches étaient déjà longues et compliquées avec une administration haïtienne en état de marche, que reste-t-il des documents officiels dans les ruines des bâtiments administratifs ?

Tout aussi cruelle qu’elle puisse apparaître, la tâche de recenser soigneusement chaque enfant, de s’assurer de son histoire et de son adoptabilité est cependant nécessaire. Elle prendra du temps, mais les services du Secrétariat de l’Adoption Internationale (qui dépendent du Quai d’Orsay), sont déjà au travail.

A chaque nouvelle catastrophe, l’adoption est évoquée comme une solution, voire comme une solution d’urgence, ce serait alors une très mauvaise solution !

Des enfants se retrouvent seuls, isolés suite à des catastrophes, mais la “bonne action” qui consisterait à les confier rapidement à des parents issus de pays favorisés serait catastrophique, certains d’entre eux ont pu être séparé de proches, et il faudra attendre le retour à une situation plus calme pour espérer des retrouvailles. A chaque catastrophe, il y a un afflux de demandes d’adoption, d’une part par des familles en mal d’enfants, qui tout en regrettant cette tragédie, peuvent y voir un moyen d’accélérer la réalisation de leur désir, d’autre part par un élan humanitaire inapproprié, imaginant l’adoption comme le moyen le plus adéquat et le plus rapide pour “sauver” ces enfants. Les dérives sont alors possibles. Les enfants peuvent alors subir une double peine à chaque désastre : par celui-ci proprement dit, puis par les trafics, qui peuvent en être la conséquence. C’est en faisant des “actions humanitaires” (dont on peut s’interroger sur leur motivation et leur nature) lors du tsunami de 2004 que l’association de l’Arche de Zoé s’est créée, et c’est en servant du drame du Darfour qu’elle a tentée de kidnapper des enfants d’une région voisine ! Ces pseudo-humanitaires, et aventuriers de la misère représentent une des fractions les plus exécrables de notre société…. il y a malheureusement pire, et derrière chaque séisme, famine et conflit, des loups profitent de la misère et ont pour les petites victimes des intentions bien plus dangereuses qu’une adoption.

Il n’y a pas à choisir entre son coeur et sa raison, le mieux est de se servir des deux. Sa raison pour ne pas confondre des parents en détresse et de vulgaires trafiquants, sa raison pour comprendre que l’urgence n’est pas toujours bonne conseillère. Mais son coeur pour ne pas oublier ces enfants et ses familles qui s’attendent de part et d’autres de l’océan, tout faire pour ne pas prolonger leur attente, et leur fournir aux uns et aux autres les soins et l’empathie dont ils ont besoin.


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