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2010.01.18 Haïti : Paris accélère le dossier des adoptions

source : Le Figaro

Alain Barluet

Une réunion s'est tenue lundi à Paris sur cette question sensible.

C'est un dossier sensible dans le puits insondable de la tragédie haïtienne. Sous la pression des familles, la question des enfants haïtiens en cours d'adoption est devenue un casse-tête supplémentaire pour les autorités françaises. Celles-ci ont décidé lundi d'assouplir significativement leur politique d'accueil «pour faciliter le transfert en France des enfants haïtiens en cours d'adoption dans des familles françaises», a indiqué lundi l'Élysée. Ces nouvelles mesures, qui «seront présentées sans délai», ajoutait-on, devraient permettre aux familles adoptantes de gagner plusieurs mois dans les procédures menant à l'accueil des enfants «pour lesquels un jugement a été rendu».

Ces initiatives ont été décidées lors d'une réunion à l'Élysée. L'affaire, prenant une tournure délicate, est en effet «remontée» du ministère des Affaires étrangères qui était jusqu'alors en première ligne. Créé vendredi, un collectif «pour le rapatriement des enfants en cours d'adoption en Haïti» a indiqué lundi avoir recueilli 21 000 signatures et manifesté devant le Quai d'Orsay en déposant des bouteilles contenant la photo et le prénom d'un enfant. Craignant que les petits rescapés du séisme ne succombent maintenant à la faim ou à la soif, les familles, au nombre de 1 200 environ, exigeaient l'accélération des procédures administratives et l'évacuation rapide des enfants.

Selon l'Agence française de l'adoption (Afa), la France est le premier pays d'accueil pour les petits Haïtiens : en 2006, sur 1 300 enfants de l'île adoptés dans le monde, 591 l'ont été dans l'Hexagone. Parmi les équipes dépêchées sur place, deux personnes ont été spécialement affectées au problème de l'adoption. Relayée dans les médias à travers de nombreux reportages, l'angoisse des familles est venue s'ajouter à la très forte charge émotionnelle suscitée depuis une semaine par le drame haïtien. La position officielle s'est infléchie en conséquence.

Samedi, le ministère des Affaires étrangères avait fait savoir que «le rapatriement de l'ensemble des mineurs haïtiens pour lesquels une procédure d'adoption a été engagée n'est pas envisagé». Le Quai d'Orsay précisait néanmoins que les dossiers seraient recensés puis examinés «en fonction de leur état d'avancement et de l'intérêt supérieur de l'enfant». Tout ceci, insistait-on, «en accord avec les autorités haïtiennes».

Mise en garde de l'Unicef

Lundi matin, Alain Joyandet faisait, depuis Port-au-Prince, un pas notable en direction des familles : «Pour tous les enfants qui ont des papiers, pour lesquels il n'y a pas d'interrogation, nous allons accélérer la prise en charge», déclarait le secrétaire d'État à la Coopération sur Europe 1. Un geste jugé «insuffisant» par le collectif des adoptants qui a notamment invoqué le sort, selon eux défavorable, fait aux enfants en attente de longue date dans les orphelinats.

Contraintes de prendre en compte l'angoisse des familles, les autorités françaises mettaient toutefois en garde lundi contre trop de hâte. L'île pourrait compter deux millions d'orphelins, selon l'Unicef qui appelait également lundi à «ne pas se précipiter». L'ONU a aussi souligné le risque d'enlèvements sous couvert d'adoption. «Il faut être prudent, résume un diplomate français, l'évacuation des seuls enfants en cours d'adoption par les familles françaises pourrait choquer dans un pays qu'il faut respecter même s'il est en ruines. Il faut s'attacher à la situation de tous les enfants et pas uniquement à ceux-là.»


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