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2010.01.22 Adoptions: 33 enfants haïtiens en route pour la France

source : Libération
Ils doivent arriver à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle ce vendredi soir. Un autre avion devait également quitter Port-au-Prince dans la journée.

Par CHARLINE BLANCHARD

Janick et Sabine Bouquet ont entamé une procédure d'adoption pour recueillir une petite Haïtienne de 15 mois. «Nous ne pourrons pas la rapatrier tout de suite», confient-ils. Après une période de flou, le Quai d'Orsay a décidé cette semaine que seuls les enfants pour lesquels un jugement a été rendu par les autorités haïtiennes pourront êtres évacués en urgence vers la France.

33 enfants, disposant d'un passeport haïtien, sont attendus à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle ce vendredi soir. Tous sont en bonne santé, à l'exception d'un petit garçon souffrant de diarrhées. Un nouveau groupe d'enfants, dont le dossier est finalisé, devrait également quitter Port-au-Prince ce vendredi.

Mercredi, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner avait parlé de 276 enfants haïtiens au stade de jugement, ramenés en France «le plus vite possible». La petite fille qui doit être recueillie par les Bouquet ne devrait pas en faire partie. «Notre demande aurait dû passer en jugement bientôt», explique Janick Bouquet. «Mais nous ne savons pas exactement où en est notre dossier. On ne sait pas non plus quand est-ce qu'on pourra récupérer notre fille.»

Prudence au Quai d'Orsay

Au Quai d'Orsay, on reste prudent sur la question des rapatriements. Pas de précipitation, sous motif de possible «accusation d'enlèvements d'enfants», ou «d'ambiguïté administrative», selon le ministère. De son côté, l'Unicef exprime depuis déjà plusieurs jours sa réserve sur l'accélération des procédures, et a d'ailleurs demandé à ce que les nouvelles demandes d'adoption soient gelées pendant la phase d'urgence.

A l'EFA (Enfance et familles d'adoption), on insiste surtout sur le fait que «la première urgence, c'est de secourir ces enfants sur place. Il n'est pas normal que dans certains orphelinats déjà identifiés, les directrices demandent encore de l'aide et n'ont presque rien à manger».

Les familles françaises (qui recueillent chaque année près de 700 enfants haïtiens; la France est le premier pays d'accueil) reconnaissent la légitimité des précautions prises. «Il ne faut pas faire d'amalgame: le public a l'impression que l'on veut ramener tous les enfants d'Haïti», insiste Janick Bouquet. «Ce n'est pas du tout ça. Il ne s'agit pas de déraciner des enfants qui ne sont pas apparentés.»

Les familles dénoncent l'intransigeance française

Mais face à l'accélération des procédures dans d'autres pays (USA, Canada, Pays-Bas, Belgique) et à la situation «catastrophique» sur place, les parents, mobilisés autour du collectif SOS Haïti enfants adoptés, dénoncent des mesures «insuffisantes, inadaptées et dangereuses».

Le collectif, mis sur pieds il y a une semaine, a recueilli depuis plus de 37.000 signatures en faveur d'une pétition en ligne pour le rapatriement de tous les enfants en cours d'adoption en Haïti. «L'intransigeance française met en péril une deuxième fois la vie de tous les autres, de tous les nôtres, de la majorité d'entre eux», font-ils savoir.

Se raccrochant à des nouvelles délivrées au compte-goutte, tous attendent fébrilement que la situation se débloque. «La directrice de la crèche (orphelinat) Cœur de Marie m'envoie des mails une nuit sur deux», témoigne Sandrine Delord, qui devait aller cherche le petit Solal dans 15 jours, à Pétionville.

«24 enfants sont vivants et un bébé est mort des suites de ses blessures. La crèche est détruite et les enfants, comme la directrice et les nounous, dorment dans la rue jouxtant la crèche, dans la crainte des répliques.» Redoutant la violence des «pillages» et les épidémies, Sandrine Delord s'indigne devant le manque de coordination pour protéger les crèches. Pour faire pression sur le gouvernement, le collectif SOS Haïti Enfants adoptés appelle à des rassemblements pacifiques samedi dans plusieurs villes de France.


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