2010.01.23 Deux enfants haïtiens adoptés par des Ardennais

source : L'Union
« La procédure d'adoption haïtienne était terminée pour nous. Les passeports étaient faits et notre dossier était sur le point de rentrer à l'ambassade », explique-t-elle d'une voix douce. Une voix douce et posée qui masque une véritable angoisse. Car, entre-temps, il y a eu le tremblement de terre. Le chaos. Des blessés et des morts par dizaines de milliers. « L'apocalypse », comme le disait Gina Dolce Clodomir, la directrice de Don d'Amour, au lendemain des secousses.
A l'autre bout du fil, cette voix douce est celle d'une jeune Ardennaise qui s'est justement adressée à la crèche-orphelinat de Port-au-Prince, il y a environ trois ans. Et comme bien d'autres parents adoptants, le couple a pris son mal en patience dans l'espoir de fonder un jour une famille. Et quelle famille. Car leur don d'amour à eux s'est porté sur deux enfants. Deux petits Haïtiens : une fillette de 5 ans et son petit frère de 18 mois, que le couple était sur le point d'accueillir dans ce petit village des Ardennes d'environ 300 âmes.
Et puis, il y a eu le tremblement de terre et ces heures d'angoisse à espérer la bonne nouvelle. Celle que leurs deux enfants étaient sains et saufs. Ensuite, il a fallu se rendre à l'évidence que les enfants couraient un danger certain à rester dans ce chaos alors qu'un papa et une maman les attendaient dans un endroit douillet et rempli d'amour, à des milliers de kilomètres d'Haïti.
Jointe hier midi par téléphone, la jeune femme s'apprêtait à prendre la route pour Paris. Précisément Roissy, où leurs deux jeunes enfants, un garçon et une fille, devaient bientôt les rejoindre. Car ils comptent parmi la trentaine d'enfants adoptés que le premier rapatriement d'urgence a conduits hier soir sur le sol français. « On sait qu'ils arrivent ce soir (hier soir), mais on y croit sans y croire… », confiait hier midi la jeune Ardennaise. Et d'ajouter : « On est un peu perdus. »
« Un peu perdus » car tout s'est précipité ces dernières 48 heures pour eux, comme pour les autres familles adoptantes sélectionnées par le Quai d'Orsay. « Perdus » mais aussi « fous de joie de les voir sur la liste », poursuit la jeune femme. Cette fameuse liste de 30 noms établie par le Service d'adoption internationale (SAI), où figurent 17 enfants de l'association Don d'Amour. « Fous de joie » mais, module aussitôt l'intéressée, « en même temps très tristes pour tous ceux qui restent ».
Le couple ne réalise pas encore que, dans quelques heures à peine, les deux bouts de choux, dont ils ne connaissent que la voix par téléphone et le visage par photos et vidéos interposées, seront enfin là. A leurs côtés. Prêts à les embrasser et les serrer contre leur cœur. Les retrouvailles ? « Je ne les vois pas », conclut-elle avec émotion.

Éric LAINÉ


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