2010.01.25 «Quand on adopte un enfant, on adopte aussi son pays»

source : lanouvelle.net
par Hélène Ruel
Au moment de l’entrevue, Chantal Gardner, mère adoptive de deux jumeaux d’origine haïtienne, Rod et Rodeline, était toujours sans nouvelles de leur maman biologique, Élita Laguerre. «Tout ce que j’ai reçu, c’est un courriel de la directrice de la crèche Horizon de l’espoir, Kathelen Douyon qui m’a écrit l’avoir vue une semaine avant le séisme, ajoutant qu’elle ne feelait pas depuis un petit bout de temps», raconte Mme Gardner.

Tous ses autres messages, envoyés à l’Ambassade canadienne, au consulat haïtien, à l’organisme Accueillons un enfant, à Radio-Canada et à TVA sont restés sans autre écho qu’un accusé réception.

Élita Laguerre est-elle toujours vivante? Et ses deux autres enfants, les aînés de Rod et Rodeline, ont-ils survécu au séisme? «Quand j’ai appris ce qui se passait en Haïti, j’ai d’abord figé. Puis, je me suis inquiétée du sort d’Agathe Pellerin qui m’avait accueillie lorsque je suis allée chercher les enfants. Et je me suis mise à la recherche de la mère biologique de Rod et Rodeline… parce qu'elle fait partie de ce que j'appellerais ma famille reconstituée.»

S’il y a eu un tremblement de terre le 12 janvier en Haïti, il y a aussi eu ce que Mme Gardner appelle un «tremblement de cœur» dans sa maison de Plessisville où elle habite depuis trois ans avec ses jumeaux âgés de 10 ans, nés à la Halte (12e section communale de Petit Goâve).

«Quand on adopte un enfant, on adopte aussi son pays!», dit celle qui, en 2007, publiait un livre intitulé <@Ri>L’adoption internationale, un acte de foi<@Ri>, pour y raconter son histoire.

À 46 ans, cette célibataire par choix (après un bref passage de quatre ans chez les Ursulines), «missionnaire dans l’âme», Chantal Gardner a toujours voulu avoir des enfants, surtout sensible à ceux de la rue, qu’elle a côtoyés au Pérou, à Rome, en Israël. Depuis 19 ans, elle travaille dans les écoles de la Commission scolaire des Bois-Francs, au Service d’animation spirituelle et d’engagement communautaire.

Il lui a fallu patienter 31 mois avant de tenir Rod et Rodeline dans ses bras, alors âgés de 6 ans et demi. C’était en septembre 2005, elle s’en souvient comme si c’était hier. Leur mère, seule, les avait confiés à la crèche Horizon de l’espoir, déjà accaparée par ses deux plus vieux, Alex et Majorie.

Chantal a toujours parlé de leur pays d’origine à ses enfants, conservant précieusement quelques photos de leur mère biologique, leur promettant d’aller lui rendre visite un jour. «Je me suis dit que, comme ils avaient passé six ans et demi en Haïti, ils passeraient six ans et demi ici avant d’y retourner. C’est parce que je voulais qu’ils prennent racine ici que je n’avais pas accepté de donner mon numéro de téléphone à leur mère qui l’avait demandé à la directrice de la crèche», raconte Mme Gardner.

Aujourd’hui, Chantal Gardner dit qu’elle fera tout pour retrouver Élita Laguerre et elle envisage toutes les possibilités, de la plus optimiste à la plus tragique.

Elle a le sentiment que pour bien des familles adoptives, le séisme en Haïti constitue une épreuve. «Parce qu’on est comme une famille élargie.»

Malgré tout cela, elle encourage l’adoption internationale, «à cent milles à l’heure!». «Je suis d’ailleurs heureuse que beaucoup de dossiers d’adoption aient débloqué ces jours-ci.»

Elle ajoute que les parents qui adopteront des enfants haïtiens devront garder en tête qu’ils ont été traumatisés par la catastrophe. «La population haïtienne a une grande capacité de résilience. Reste que pour bien des petits, outre l’abandon et la séparation, ils auront à surmonter beaucoup de peurs, celles du noir, de la nuit.»

Chantal Gardner souhaite que l’aide internationale ne soit pas que de courte durée. «J’ai entendu quelqu’un dire qu’Haïti venait de plonger au fond du baril et que c’est peut-être ce qui lui permettra de se relever. Fallait-il aller jusque-là? Parce que tout est à reconstruire, le système politique, hospitalier, éducationnel. Je reste ambivalente face à ces images d’hélicoptères américains posés sur le parterre du palais présidentiel.»

Mme Gardner précise que cette image évoque l'aide internationale bien sûr. Mais il y a un «espace à ne pas envahir», les secours devant viser l'autonomie des Haïtiens.


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