2010.01.25 Leur fillette adoptive bloquée en Haïti

source : Le Parisien
Depuis quatre ans, un couple attend sa petite fille, mais il a le sentiment que l’Etat français multiplie les obstacles. Pendant ce temps, Pénélope patiente dans un pays en ruine.

Yves Fossey

François et Christine Citerne sont perdus. La procédure d’adoption engagée voici quatre ans par ce couple de Saint-Germain-en-Laye pour adopter un petit Haïtien a été brutalement bouleversée en raison du tremblement de terre qui a ravagé le pays le 12 janvier dernier. Alors que la fillette devait arriver en France en décembre 2009 ou courant janvier 2010, aujourd’hui, sa venue est suspendue. Leur détresse est d’autant plus forte que des enfants originaires d’Haïti ont pourtant été rapatriés vendredi dernier.

Pénélope, c’est le prénom choisi par la famille Citerne pour leur fillette, est omniprésente dans le pavillon de la rue Saint-Léger. Des photos trônent dans toutes les pièces. La chambre de l’enfant a même été installée. Après le jugement d’octobre dernier, plus rien ne pouvait remettre en cause le projet d’adoption du couple, mais la catastrophe a changé la donne.

« Maintenant, on a peur à l’idée de ne plus jamais la revoir »

Au lendemain du séisme, les parents ont été rassurés d’apprendre que l’orphelinat n’avait pas été détruit et que leur fillette de 5 ans était saine et sauve. Pourtant, au fil des heures, la joie a cédé la place à l’angoisse dans leur esprit. « En octobre, on a dit à Pénélope qu’elle viendrait bientôt nous rejoindre, se souvient François. Maintenant, on a peur à l’idée de ne plus jamais la revoir parce que — à Haïti — les documents de l’adoption ont disparu », redoute le père de famille.

A ce jour, seul les bambins ayant un visa ont été rapatriés. « Notre fille comme beaucoup d’autres enfants n’a pas de visa pour quitter Haïti, raconte le couple. Le gouvernement haïtien les autorise à partir, mais le ministère des Affaires étrangères français réclame des preuves écrites pour justifier leur adoption, or comme le tribunal d’Haïti a été détruit, les documents sont sous les décombres et, en plus, le juge qui gère les dossiers est mort. » De fait, François et Christine demandent à l’Etat de tenir compte de leur bonne foi. « Le gouvernement ne va pas laisser des enfants dans un pays détruit et dans la misère alors qu’ils sont adoptés. Il y a urgence », insistent-ils. Selon eux, près 400 familles seraient dans le même cas en France.

« Nos deux fils de 18 ans et 11 ans attendent eux aussi leur sœur, insiste Christine. Même les enseignants de l’école de la rue Alexandre-Dumas où elle est inscrite nous demandent des nouvelles. » François et Christine ont été dernièrement reçus par la cellule de crise, mais ils n’ont pas été convaincus par les arguments.

« C’est très dur, on veut garder espoir, mais le doute demeure, confie la maman. On a le cœur déchiré, notre fille doit demeurer dans un pays en ruine. On ne veut pas l’abandonner. Que va-t-elle devenir si elle reste là-bas. » Déterminés à obtenir gain de cause, ils ont rejoint le collectif des parents adoptifs qui a été créé et ils participent aux rassemblements qui ont lieu devant le Quai d’Orsay pour demander le rapatriement des enfants adoptés en Haïti.


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