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2010.01.28 Xavier est allé chercher “son” enfant en Haïti

source : France Soir
Sandrine Briclot

Xavier Bruyas est l’un des très rares parents adoptant à être lui-même venu chercher en Haïti son enfant, promis sitôt le séisme appris. Après un long périple, ce Français vit dans l’attente d’Hugo, 3 ans. Pas à pas, France-Soir l’a suivi.

Xavier Bruyas s’éloigne de l’hélicoptère, dont les pales commencent à tourner, en tentant de contenir son émotion. Après trois tentatives avortées en 48 heures, faute d’appareil disponible, la mission « Hibiscus » est enfin programmée. A l’intérieur de l’EC145, aux couleurs de la sécurité civile – rouge et jaune –, l’énorme valise noire et le sac de sport que Xavier a eu l’autorisation de hisser. Dans les bagages, apportés depuis la Martinique, où ce natif de Saint-Chamond (Loire) réside depuis 1999, il a soigneusement rangé vivres, couches pour bébé, médicaments et vêtements pour enfants. Il n’a pas résisté à l’envie de rajouter des peluches et des friandises pour Hugo, ce garçonnet qu’il n’a jamais rencontré mais qu’il attend depuis plus d’un an.

Hugo a trois ans et demi. Depuis le décès de sa mère, lors de l’un des cyclones qui a frappé Haïti en 2008, ce petit garçon souriant a trouvé refuge à la crèche Hibiscus, à Aquin, dans le sud de l’île. Ici, en Haïti, le mot crèche pourrait plutôt être traduit par orphelinat car les principaux « locataires » sont bien des orphelins. Dans la plupart des cas, ils ont été abandonnés, amenés là un mauvais matin par un vague membre de leur famille ou un voisin, sans plus d’explication que cette supplique : « Gardez-le, s’il vous plaît ! »

Danise la seconde maman

Ce jour-là de l’été 2008, Danise Bosse Mane ne s’est pas sentie le courage de refuser et est ainsi devenue la seconde maman d’Hugo. Depuis, le petit Haïtien partage le quotidien d’autres « frères » et « sœurs ». Aujourd’hui, la crèche Hibiscus accueille 18 enfants, dont des adolescents. La plus jeune a cinq mois. Mais est gravement malade, « elle a des grosses pustules qui saignent, je l’ai envoyée se faire soigner », explique Danise. Cette jeune femme de 38 ans est costaude, physiquement – « j’ondule ! », se moque-t-elle – et mentalement. Franco-Haïtienne, elle-même a quatre enfants qui, aujourd’hui, étudient à Paris. C’est à ce moment, en 2005, qu’elle a décidé de revenir s’installer à Aquin, une commune verdoyante en bordure de la mer des Caraïbes située à 120 km de Port-au-Prince, et de créer Hibiscus.

Mère poule dans l’âme, Danise se bat depuis avec l’administration haïtienne pour que « ses » orphelins soient adoptés. « Mon objectif est qu’ils partent d’ici, mais je tiens à ce que les nouveaux parents gardent un lien avec l’île et sa culture. Qu’ils reviennent ici en vacances », espère-t-elle. C’est dans ce but que Danise étudie soigneusement chaque demande d’adoption, et qu’elle attendait de pied ferme la visite d’un émissaire du ministère des Affaires étrangères français. Car, avec cette dernière catastrophe naturelle, avec ce séisme qui a ravagé la moitié de Port-au-Prince et touché les régions alentour le 12 janvier dernier, il y a, selon la directrice, urgence.

Xavier Bruyas n’a pas eu l’autorisation de participer à notre bref périple vers Aquin. Une décision qu’il a acceptée sans broncher, déjà trop heureux que l’administration française se soucie d’Hibiscus. Il a simplement demandé s’il était possible d’emporter les lourds bagages pour la crèche, ce qui a été immédiatement accepté par Thierry Moulins, missionnaire au ministère des Affaires étrangères, ex-consul au Venezuela et à Tokyo (Japon). Avant que le petit hélicoptère de cinq places ne décolle de l’hôpital de campagne installé par l’Escrim (Elément sécurité civile rapide intervention médicale) dans les jardins du lycée français de Port-au-Prince – endommagé par le tremblement de terre –, ce père adoptant a juste ramassé en vitesse ses quatre tee-shirts, un short et une couverture de survie. Sa valise à lui, désormais, se réduit à un sac plastique jaune.\\ 

Un véritable comité d’accueil

Outre Thierry Moulins, le commandant Dominique Lancien nous accompagne. Spécialiste militaire au service infra-défense-service technique bâtiment-fortification et travaux (STBFT), sa mission est claire : il doit établir au plus vite un diagnostic de la structure qui abrite la crèche. Le temps est compté pour tout le monde car l’hélico de la sécurité civile est sans cesse sollicité pour des évacuations d’urgence de blessés graves, dégagés in extremis des décombres de la capitale ou réfugiés dans des camps, vers l’hôpital de l’Escrim. Deux heures et demi ont été accordées à l’opération « Hibiscus ». Avec le temps de vol – une heure pour effectuer l’aller-retour –, la visite va devoir se faire au pas de charge.

A Aquin, Danise est prévenue. La directrice de l’orphelinat attend l’appareil sur le stade de foot de cette ville de 50.000 habitants. A ses côtés, un véritable comité d’accueil : tous les enfants des environs venus voir de près, et pour la première fois, un « oiseau de fer ». Lorsque les portes de l’hélicoptère s’ouvrent, Danise s’approche, un sourire immense affiché sur son visage rayonnant. Les bagages de Xavier Bruyas, des packs d’eau et des rations de survie militaires sont prestement embarqués dans un pick-up vert où tout le monde prend place. La crèche se trouve à quelques kilomètres. Aquin, après le séisme comme sans doute avant, vit chichement, mais la commune a la chance d’être en bord de mer et, donc, d’être approvisionnée en poissons. Certes, comme partout dans le pays, les prix ont augmenté. « J’ai pris dans les réserves et j’achète du riz », explique la directrice.

« Bonne année 2010 »…

Tendue au-dessus de la route, une large banderole annonce l’arrivée : « L’orphelinat Hibiscus vous souhaite une bonne année 2010. » Le souhait n’a pas été exaucé, sauf, peut-être, pour Xavier Bruyas et Hugo. Le Cdt Dominique Lancien file visiter le bâtiment en ciment gris tandis que Thierry Moulins s’installe avec Danise. Il doit examiner les trois dossiers d’adoption en cours de régularisation. Danise, en tremblant, doit lui remettre les originaux des jugements dont elle ne s’était jamais séparée – « je fais des photocopies car, ici, on ne sait jamais si les papiers ne vont pas se perdre dans l’administration ». Le missionnaire range les documents. Les trois dossiers sont en bon ordre et devraient rapidement être réglés. Hugo sourit. Il a compris qu’il lui faudrait encore attendre, mais pas longtemps, avant de rejoindre son sauveur, Xavier.

Dominique Lancien revient et rassure Danise sur l’état de la crèche : « La maison n’a pas été trop impactée. Il faut consolider, il n’est pas question de faire du joli, mais du solide », dit-il en lui montrant les failles de la structure. Juste avant de remonter dans la voiture, Thierry Moulins s’enquiert de la petite Abigaël. Un coup de téléphone passé à l’ambassade l’autorise, malgré l’absence d’un médecin à nos côtés, à emmener le bébé malade dans l’hélicoptère pour être pris en charge à Port-au-Prince. Il faut ne faut pas traîner : la petite doit être amenée le plus rapidement possible sur le stade d’Aquin. Arrivés à l’appareil, où les deux pilotes patientent, Danise reçoit un appel sur son portable : Abigaël n’est plus en ville. Sa famille l’a emmenée « chez les vieux », à trois heures de marche, dans la montagne. Là où seuls les dieux vaudous ont le pouvoir de la guérir… Ou non.

A l’héliport de l’Escrim, Xavier Bruyas attend, assis à l’ombre et rongé d’impatience. Il est vite rassuré : Thierry Moulins, dans un sourire, lui montre les photos d’Hugo qu’il a prises à la crèche. Plus tard dans la journée, alors que Xavier patiente dans le jardin de l’ambassade de France, le missionnaire le croise avant de repartir sur une autre opération : « On attend le coup de tampon du ministère haïtien de l’Intérieur et tu pars avec ton fils avant la fin de la semaine. » Si tout se passe bien, cela devrait intervenir vendredi.

Xavier, depuis, ne quitte plus son téléphone des yeux. Consultant-formateur en hôtellerie, ce père adoptant – divorcé et sans enfant – a vite pris ses marques, dormant sans rechigner à la belle étoile sous sa couverture de survie, lavant chaque jour l’un de ses vêtements. Résigné, mais désormais le cœur empli d’espoir.


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