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2010.01.30 « Nous avons 920 dossiers d’adoption en cours »

source : Républicain Lorrain
Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille et à la Solidarité, annonce la création d’une commission franco-haïtienne pour accélérer les procédures.

Les parents français en cours d’adoption à Haïti sont très inquiets sur le sort de leurs enfants et la poursuite du processus. Certains sont désespérés. Que leur répondez-vous ?
Nadine MORANO : « Que nous avons 920 dossiers d’adoption en cours et tous seront examinés. Depuis qu’on a mis en place le pont aérien 140 enfants sont déjà arrivés en France. Tous les dossiers seront examinés au cas par cas. Six personnes ont été dépêchées en Haïti pour les examiner avec les autorités haïtiennes. Il n’est pas question d’arriver là-bas et d’embarquer les enfants. Haïti est souverain sur son territoire et ces enfants sont Haïtiens. Bien sûr, il y a des dossiers plus ou moins avancés. Ils seront tous traités avec humanité et éthique. Quand il y a un jugement d’adoption et un faisceau de preuves que l’enfant est adoptable, cela va plus vite. La preuve de l’état d’avancement du dossier peut être apportée de toutes les façons par les parents, mails, courriers… »

Vous comprenez néanmoins la folle inquiétude de ces familles…

« Bien sûr. C’est même la raison pour laquelle je suis allée en Martinique et Guadeloupe avec des listes de noms d’enfants pour prendre des renseignements que j’ai transmis aux familles. Haïti en ce moment c’est le chaos. Rappelez-vous que lors du tsunami, l’Indonésie avait mis un moratoire d’un an pour les adoptions. Là, nous avons installé une commission administrative franco-haïtienne pour aller plus vite. Mon ministère est submergé d’appels de familles qui ont juste un agrément et ne comprennent pas qu’on ne leur confie pas un enfant immédiatement ! »

Il y a pourtant une véritable urgence humanitaire pour ces enfants…

« Bien sûr. L’urgence sanitaire était notre priorité. Il reste 14 orphelinats debout sur les 80 que comptait Haïti. On a transféré dans les hôpitaux de Martinique et Guadeloupe les enfants blessés. Certains sont en situation d’adoption, pour d’autres on ne connaît même pas leur identité, ni s’il leur reste de la famille. Il faut savoir en outre que certaines familles qui avaient confié leur enfant aux crèches, parfois pour l’adoption, parce qu’elles n’avaient pas le moyen de l’élever, ont perdu leurs autres enfants dans le séisme. Ces familles reviennent vers les crèches pour reprendre leur enfant. Il ne faut pas se précipiter ni travailler dans la hâte. Ce serait terrible d’avoir des adoptions contestées par la suite ! »

La première urgence sanitaire passée, que fait-on ?

« Nous avons débloqué de l’argent pour monter des centres de protection de l’enfance en Haïti. 1,5 million d’enfants est concerné par le séisme. En Guadeloupe, un centre de vacances inoccupé est transformé en centre d’hébergement avec des puéricultrices, des pédopsy pour recevoir les enfants. C’est aussi là que se feront les rencontres avec les parents adoptifs. Tout ça est très violent pour les enfants. Après le séisme, ils se retrouvent dans un environnement inconnu, mis dans un avion pour découvrir leurs nouveaux parents. Ils sont malades, déshydratés, ont la diarrhée. Pendant les 8 heures du vol du retour, j’ai eu dans les bras une petite fille terrifiée qui se serrait contre moi. Croyez-moi, c’est déchirant. »
Propos recueillis par Monique RAUX.


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