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2010.01.30 Saintania, adoptée par des Arrageois, est toujours en Haïti

source : La Voix du Nord
C'est l'histoire navrante d'une petite fille de deux ans et demi, adoptée de façon on ne peut plus régulière par un couple d'Arrageois avant le séisme en Haïti.

Mais pour Saintania, et sa maman adoptive, Séverine Lugez, a commencé un bras de fer incongru avec un ministère des Affaires étrangères qui refuse l'évacuation rapide de la petite. Saintania est un des mille deux cents enfants, aux dires du collectif SOS Haïti enfants adoptés, qui ne sont toujours pas autorisés à venir en France dans leurs familles d'adoptants. La raison ? Il manque à son dossier le sésame signé par un juge haïtien.

Retour à la case départ. En août 2009, le conseil général du Pas-de-Calais délivre à Séverine Lugez un agrément d'adoption, sur lequel apparaît le nom de son compagnon, Pierre-Arnaud Coursier qui, lui, est père de deux enfants. La jeune femme avait, bien auparavant, entamé une démarche individuelle d'adoption en contactant des crèches haïtiennes par mail. Une fois l'agrément obtenu, elle choisit la crèche Enfant-Jésus de Lamardelle, dont le directeur étudie le dossier que présente la famille et examine la compatibilité avec le droit local. « Le directeur, d'après la nature de l'enfant, a fait ensuite un apparentement parmi les familles qui étaient candidates à l'adoption, pour désigner celle qui lui paraît la plus appropriée au bien-être de l'enfant », explique Séverine. Lorsque le couple a reçu le document d'apparentement, le 1er décembre 2009, il savait que là-bas, son dossier était confié à un avocat. Envois réciproques de photos, envois de cadeaux pour Noël, de dessins de l'enfant, de son état de santé, le bonheur n'est pas loin du couple. Il ne manquait plus que le papier du jugement final, qui doit être prononcé par un juge local. En temps normal, la signature prend entre un et trois ans.

La catastrophe du 12 janvier 2010 balaie les espoirs de ces Arrageois, ainsi que de neuf cents autres familles françaises ne pouvant produire le papier.

Aujourd'hui, le couple est ulcéré : pas par la chance qu'ont eue trois cents autres familles, en possession du sésame, d'accueillir rapidement leur enfant (ou fratrie) adoptif, mais par l'immobilisme de l'administration des Affaires étrangères. Et par le fait que plusieurs autres pays ont réussi à contourner provisoirement la règle du sacro-saint jugement, quitte à régulariser la situation après coup. Autre manque de chance : le bâtiment administratif qui regroupe les dossiers d'adoption à Port-au-Prince a été détruit par le séisme. Vive donc les photocopies qu'avaient les parents !

Plus un juge, dans l'île, n'est non plus en capacité de prononcer des jugements d'adoption. Alors, le collectif fait du bruit pour être écouté. Il manifeste une nouvelle fois, ce week-end, à Lille (Wazemmes), pour débloquer une situation absurde. •

DANIELLE BÉCU


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