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2010.02.02 Adoptions en Haïti: "La France a évité des dérapages"

(L'Express) Après l'arrestation de dix Américains soupçonnés d'avoir évacué 33 enfants haïtiens de façon illégale, LEXPRESS.fr fait le point sur la position française avec Geneviève Miral, présidente d'Enfance et familles d'adoption.

Etes-vous satisfaite de la position française sur l'adoption des enfants d'Haïti?

Geneviève Miral est la présidente de la fédération d'associations Enfance et familles d'adoption qui assure l'information sur l'adoption nationale et internationale. En collaboration avec des familles d'adoptés, des adoptés et les pouvoirs publics, elle conseille sur le long terme ceux qui désirent et ceux qui ont adopté.

Oui, je partage la position de la France qui a choisi d'être absolument sûre de la légalité des adoptions avant d'évacuer les enfants. La volonté de sécuriser l'identité juridique des enfants est une très bonne chose. Ces précautions ont évité des dérapages.

Comme celui de ces dix Américains soupçonnés d'avoir évacué des enfants dont l'adoption n'était pas légale?

Oui, ces personnes sont souvent pleines de bonnes intentions, mais font plus de mal que de bien. Ils ne tiennent pas compte de la légalité de leur démarche et de l'existence de famille en Haïti. Adopter n'est pas simple et c'est bien ainsi. Pour qu'une adoption se déroule dans les meilleures conditions, il faut respecter plusieurs conditions.

Quelles sont ces conditions?

Il faut un jugement et surtout, l'assentiment du pays d'origine. Haïti est un Etat souverain malgré les difficultés actuelles et il faut respecter ces institutions et ses jugements. Il est aussi primordial pour le devenir de l'enfant qu'il sache d'où il vient et pourquoi il a été adopté.

Certaines familles adoptantes ont reproché au quai d'Orsay la lenteur des démarches...

La France et les adoptions après le séisme en Haïti

Le ministère des Affaires étrangères a décidé de ne pas forcer la main des autorités haïtiennes et de respecter la procédure. Des émissaires du ministère et des membres de l'ambassade font le tour des crèches pour recenser les enfants concernés. Ils amènent également de l'aide alimentaire et sanitaire. Les familles françaises concernées par l'adoption ont toutes un dossier en cours, complet ou très avancé. Difficile toutefois de retrouver les papiers administratifs quand les institutions sont détruites.

C'est, bien sûr, très dur pour les familles qui ont vécu avec angoisse les évènements et ont pu craindre la mort de ces enfants. Ajoutez à cela le sentiment d'impuissance et le manque d'informations fiables et on comprend l'empressement de certaines familles. Mais tout ne peut se résoudre dans l'urgence et la précipitation. Et les enfants sont toujours les premières victimes de cette désorganisation.

Il faut savoir que la situation française est très différente de celle des Pays-Bas par exemple, alors qu'on les a beaucoup comparées. La France représente 75% des dossiers d'adoption internationale en Haïti (à peu près un millier d'enfants). Ces enfants étaient répartis dans dix crèches différentes, contre deux pour les Néerlandais. Alors, oui, les Pays-Bas ont réglé très vite la situation mais à quel prix? Sur la centaine d'enfants, 6 cas, non apparentés, me paraissent extrêmement suspects.

Quel est la difficulté de l'adoption d'enfants ayant vécu un tel traumatisme?

Nous ne sommes plus dans une logique de survie ou de sauvetage, il faut maintenant se demander comment intégrer au mieux ces enfants qui ne connaissent pas notre société et qui pourrait être effrayés. Arriver dans ce nouvel univers est très compliqué. Il faut essayer de créer un noyau familial fort. Il faut qu'ils se bâtissent des repères avant d'être projetés dans la vie sociale. Quand j'entends que certains enfants sont déjà scolarisés, je crains que ce soit vraiment prématuré. C'est peut-être maintenant que commence le plus difficile pour eux.


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