2010.02.04 Haïti Laszlo a rejoint sa maman, mais Salomé attend toujours

source : L'Alsace
De nombreux pays ont rapatrié sans tarder les enfants en cours d’adoption à Haïti. Ce n’est pas le cas de la France, qui n’a, pour l’instant, fait venir que 150 à 200 enfants, sur plus de 900 attendus.

Depuis trois semaines, elle se bat, encore et toujours. Pas question de baisser les bras : il en va de la vie de sa fille. Inlassablement, la Mulhousienne Sabine Guillon (lire nos éditions du 21 janvier) écrit des courriers, envoie des courriels, frappe aux portes. Toutes ses journées sont tournées vers un seul but : faire venir en France sa fille Salomé, mais aussi tous les autres enfants haïtiens en cours de procédure d’adoption. Contrairement à de nombreux pays (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Canada, États-Unis…), qui ont rapatrié sans tarder tous les enfants en cours d’adoption, quel que soit l’état d’avancement de la procédure, la France n’avance qu’à petits pas. Sur plus de 900 dossiers recensés, seuls 150 à 200 enfants ont, à ce jour, rejoint leurs parents en France. Alors qu’au Luxembourg voisin, par exemple, les quatorze petits Haïtiens qui étaient attendus par leurs parents sont tous arrivés le 21 janvier.

Laszlo est l’un de ceux-là. Sa maman, Laurence, Française expatriée, est évidemment aux anges d’avoir son fils en sécurité auprès d’elle. Il n’empêche : « Chaque minute que je passe avec mon fils, je pense aux familles de France qui n’ont pas ma chance. Et je porte leur tristesse aussi. »

Sa tristesse, Sabine Guillon la transforme en action. Pour que la mobilisation ne faiblisse pas. « La crèche de Salomé est l’une de celles qui ont le plus souffert. Une cinquantaine d’enfants ont survécu, sur les 120. Mais ils sont toujours en danger de mort. Deux ont été amputés récemment, faute de secours. Ma fille est certes en relative bonne santé, mais elle pleure tous les jours sa meilleure amie, Chedeline. Pourtant, un seul enfant a été rapatrié, alors que la crèche est soi-disant classée prioritaire. »

Il semble que 18 des camarades de Salomé vont arriver en France à la fin de la semaine. Mais Salomé ne sera pas dans l’avion. Pour des questions administratives. « Je sais que ma fille n’arrivera pas avant plusieurs semaines ou mois, soupire Sabine Guillon. Ses copains sont morts ou vont partir, elle ne va pas comprendre pourquoi je ne viens pas la chercher alors que je le lui ai promis. Nous demandons simplement un peu d’humanité : que nos enfants ne restent pas sur le carreau. » Pour que Salomé souffle ses six bougies avec sa maman, en juin. Séverine Depond


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