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2010.02.06 Des Québécois ouvrent leurs portes aux Haïtiens

source : La Voix de l'Est
Chantal Vallée

(Lac-Brome) Les images des enfants errant dans les rues, laissés à eux-mêmes depuis le séisme en Haïti, brisent le coeur de beaucoup de gens. Une soixantaine de familles de la région et de l'extérieur veulent faire plus qu'envoyer des chèques à des organisations caritatives. Ils veulent adopter un enfant haïtien ou accueillir des jeunes temporairement, le temps que leur pays se relève de la catastrophe.

Même si le gouvernement n'ouvre pas la porte présentement à ce genre d'initiatives les adoptions sont suspendues et l'hébergement temporaire d'enfants qui ne font pas partie de sa famille impossible , ces parents ne baissent pas les bras. Ils convient les gens qui partagent leur désir à une rencontre d'information qui se déroulera mardi soir, 19h, à l'école St-Édouard, de Lac-Brome.

«Il y a beaucoup d'enfants dans les rues. Ces enfants-là ont besoin de sécurité, d'aller à l'école, de rire, de jouer. Les enfants se remettent vite, mais il faut qu'ils soient pris en main. Voir qu'il y a des gens qui ne mangent pas deux ou trois fois par jour, ça nous chavire», soutient Pamela Nickner, une résidante de Lac-Brome.

«On était quatre familles au début. On voulait aller là-bas, mais on a des familles. On ne pouvait pas», raconte-t-elle. À force d'en discuter, le noyau s'est élargi et les parents ont senti un grand élan de solidarité. Ils sont maintenant une soixantaine de parents, de grands-parents et de célibataires à vouloir aider concrètement des enfants. Ils habitent Lac-Brome, Bromont, Sutton, Cowansville, Granby et même Sherbrooke et Rimouski. Des parents veulent héberger tous les enfants d'une même famille, afin de ne pas les séparer. Certains sont même prêts à accueillir temporairement des familles entières.

Ils ont interpellé la gouverneure générale Michaëlle Jean. «Elle nous a encouragés et nous a répondu en six heures», s'enthousiasme Mme Nickner.

Parmi eux, des parents font présentement des contacts auprès des différents paliers de gouvernement et d'organisations humanitaires en espérant donner vie à leur projet.

La résidante de Lac-Brome se dit favorable au moratoire actuel sur l'adoption, une mesure qui vise avant tout à éviter que des enfants quittent leur pays sans savoir s'il s'agit de la seule avenue possible pour eux. «Ce n'est pas possible pour l'instant, mais ça bouge», fait valoir Mme Nickner, saluant l'ouverture récente du gouvernement au parrainage d'Haïtiens par des membres de leur famille.

«On espère que ça va continuer à s'ouvrir», dit-elle. «On est un bon bassin de personnes. Plus on va être nombreux, plus on va avoir un poids… On a un gros élan positif, constructif. On ne voit pas pourquoi ça ne pourrait pas marcher, croit-elle.

Impossible… pour l'instant

Adopter un enfant haïtien est toutefois impossible actuellement parce qu'il y a un moratoire sur les nouvelles adoptions. «Lors de grandes tragédies, les adoptions sont toujours stoppées pendant un certain temps pour donner la chance aux gens du pays et aux familles de faire valoir leurs intérêts. Si l'enfant a perdu son père et sa mère, il a possiblement un oncle ou une tante qui pourraient se manifester. Les organisations internationales privilégient d'abord la prise en charge par un membre de la famille», indique Claude Fradette, porte-parole au ministère de l'Immigration et des Communautés Culturelles.

En plus des demandes d'adoption, le Secrétariat à l'adoption internationale a reçu beaucoup de demandes de gens désireux d'accueillir temporairement des enfants. Un rêve qui ne peut être exaucé actuellement. «Haïti a son mot à dire. Il ne veut pas se vider de ses enfants. Tout doit être mis en oeuvre pour que des membres de leur famille s'en occupent pour éviter l'impact psychologique des départs et des retours», fait valoir de son côté Karine White, porte-parole au ministère de la Santé.

M. Fradette fait aussi valoir qu'«il y a toujours des évaluations psycho-sociales rigoureuses et sérieuses», même lorsqu'il s'agit d'accueillir temporairement des mineurs. «Les organisations internationales savent qu'il ne faut pas relâcher sa vigilance. On veut éviter que des gens mal intentionnés profitent du chaos pour faire des choses regrettables», explique-t-il.


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