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2010.02.08 Pour ou contre l’adoption ?

source : agoravox
Le débat sur le rapatriement des enfants haïtiens déjà apparentés après le séisme a déchaîné les passions ! Alors qu’avec un peu de réflexion, il est facile de comprendre que cet acte n’était pas un scandale. Le but étant pour des parents dont le processus était déjà bien avancer d’aller chercher non pas DES enfants mais LEURS enfants, on a vu des boucliers se lever de toutes part, comme si des armes, des protestations qui étaient restées silencieuses au moment de l’Arche de Zoé n’attendaient qu’une occasion pour sortir.
Dans l’adoption rien n’est jamais simple, et les réponses sont souvent hétérogènes.
Depuis trois semaines et la tragédie haïtienne, les débats sur l’adoption ont été houleux, dans les médias, mais aussi dans tout le “microcosme de l’adoption” : au sein des associations de parents adoptifs, des associations d’enfants adoptés, des groupes de discussion sur internet ou des blogs particulièrement nombreux.

Plus qu’un véritable lobby anti-adoption bien organisé, ce sont des sentiments divers contre ce phénomène que l’on peut constater. Cette opposition a des causes très diverses, pour ne pas dire contradictoires, elle est surtout animée par de grandes méconnaissances.

Précisons, avant tout quelques axiomes qui sembleront évidents à certains mais qui seront nouvelles pour d’autres :

- l’adoption peut se transformer en catastrophe. Malgré des exacerbations à l’adolescence, beaucoup de malentendus, la majorité des enfants, adolescents et adultes adoptés vont bien. Mais, il faut reconnaître que dans certains cas, l’adoption peut tourner au pire fiasco. Les causes sont multiple. Parfois, c’est parce que les enfants en cause ne pouvaient être adoptés, car les histoires qu’ils ont vécues sont trop difficiles et qu’ils ne peuvent plus trouver leur place dans une famille. Dans d’autres familles, ce sont les parents qui sont le maillon faible, et qui n’auraient pas dû adopter, car cette aventure tout à fait particulière n’était pas faite pour eux. Enfin, la cause la plus fréquente des échecs de l’adoption reste l’erreur de cigogne, c’est-à-dire quand l’amalgame ne prend pas, et qu’enfants et parents ne trouvent pas l’harmonie. C’est dans ces cas-là que les professionnels de l’adoption ont le plus grand rôle à jouer, et que la société peut jouer un rôle néfaste.

- les trafics dans l’adoption existent bien. Trafics honteux et médiatiques comme la lamentable épopée de l’Arche de Zoé, ou petits trafics avec certains parents aveuglés par leur désir d’enfants et mal conseillés qui vont rentrer dans des malversations. Ils sont rares, mais tout doit être fait pour les combattre et les prévenir. Mais la plupart des trafics d’enfants n’ont pas pour motivation l’adoption… il est très difficile pour chaque famille adoptive de sentir de la suspicion dans le regard d’autrui, dès qu’un trafic d’enfants est mis à jour, et terrible pour un enfant adopté de s’entendre dire (comme ce fut le cas pour l’Arche de Zoé) : “tes parents ce sont des voleurs d’enfants”.

Une fois ces préambules faits attachons nous à reconnaître les différents ennemis de l’adoption :

- En premier lieu, cela peut être les victimes des échecs de l’adoption évoqués plus haut. Sans aller jusqu’au drame du deuxième abandon, un enfant qui n’aura jamais trouvé sa place dans sa adoptive, ou des parents qui n’auront perçu que du rejet de la part de leur enfant deviennent de farouches opposants de l’adoption. On ne peut leur en vouloir, mais juste leur reprocher de trop généraliser à partir de leur expérience propre.

- Souvent c’est à visée humanitaires que l’on s’oppose à l’adoption. Cette opposition n’est pas la plus farouche, et elle est aussi compréhensible quand certains acteurs actifs dans l’aide au développement s’indignent de la dislocation forcée des familles par des raisons économiques ou sociales. L’adoption peut être considérée à juste titre comme un échec quand les parents ne peuvent assurer un avenir à leur progéniture. Le jour où des parents ne seront plus obligés de se séparer de leurs enfants contre leur gré sera un grand jour. En attendant, l’adoption reste une solution pour donner un avenir et plus encore une famille à certains enfants, et au risque de surprendre, elle est souvent le choix des familles biologiques qui préfèrent cet avenir pour leurs enfants plus que la misère, ou des institutions pas toujours bien joyeuses.
Parfois ceux qui sont dans cette démarche humanitaire, tombent dans l’humanitarisme et se lancent dans des discours que l’ont peut qualifier au choix de ridicule ou diffamatoire… ce sont lorsque réapparaissent quelques fameux mythes comme celui de l’enfant adopté qui servirait en fait de matière première pour le trafic d’organes.

- La raison sans doute la plus méprisable pour combattre l’adoption et plus particulièrement l’adoption internationale, c’est le racisme. Ce n’est pas tant l’adoption qui gêne certains mais l’arrivée en France de milliers d’enfants dont les yeux bridés, les pommettes hautes ou la peau bronzée sont pour eux une injure à la survie de leur race, persuadés que c’est dans le sang ou dans les gènes que se situe l’essentiel de ce qui différencie un homme d’un autre.
A ces tristes sires, je rajoute volontiers un courant de pensée qui ne se veut pas raciste mais plus philosophique, voire psychanalytique, et qui avec de grands raisonnements vaseux plus que de véritables expériences critiquent sans vraiment les connaître, l’adoption plénière, le changement du nom et du prénom qui se passent dans l’adoption…

- Enfin, les pires ennemis de l’adoption, sont très nombreux. Ce sont ceux que les familles adoptives croisent tous les jours. Ceux qui n’y connaissent pas grand chose, mais ne peuvent s’empêcher des réflexions hors propos devant des parents adoptifs et des enfants adoptés (qui doivent être sourds pour que l’on ose prononcer de telles phrases devant eux !). Leur principale source de confusion est qu’ils sont persuadés que l’adoption est un acte humanitaire. Ils n’hésitent pas à dire à des parents adoptifs : “C’est bien ce que vous faites”, parce qu’ils ont adoptés ? C’est tout aussi ridicule que de déclarer à chaque famille que l’on croise avec un bébé “C’est bien ce que vous avez fait sous la couette, il y a 9 mois” ! Parfois c’est plus méchant comme lors de mon article précédent lorsque d’aucuns comparent l’enfant adopté à un ustensile ou reprochent aux parents adoptifs d’avoir dépensé de l’argent pour adopter plutôt que pour aider le pays d’origine.

L’adoption une idée généreuse, en aucun cas : on n’adopte pas un enfant pour lui sauver la vie, et notre société ne donne pas encore aux familles adoptives la sérénité dont elles ont besoin !


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