2010.02.08 Lucson se sent chez lui

source : sudouest.com
DE PORT-AU-PRINCE À CHANIERS. Laurence et Patrick Dos Santos sont étonnés de l'adaptation rapide de leur fils adoptif haïtien

Après une longue, très longue attente, tout s'est précipité. Deux appels téléphoniques du ministère des Affaires étrangères, les 29 et 30 janvier, ont annoncé et confirmé à Laurence et Patrick Dos Santos l'arrivée de leur fils adoptif haïtien le dimanche 31 janvier à Paris.

Le couple de Chaniers espérait cette heureuse nouvelle depuis le terrible séisme qui a frappé Haïti. C'était le 12 janvier ; Lucson, leur enfant de 5 ans, en a réchappé comme tous les autres petits pensionnaires de la crèche-orphelinat de Pétionville où il se trouvait. Sur les hauteurs de Port-au-Prince, la capitale, les dégâts sont moindres.

Les Dos Santos avaient engagé le processus d'adoption de Lucson en novembre 2007. Le petit garçon porte leur nom depuis un jugement prononcé en octobre dernier en Haïti. Dès lors, aucun obstacle ne s'opposait à son arrivée en France. Jusqu'au terrible tremblement de terre.

Après la catastrophe, les papiers d'adoption de Lucson ont pu être transmis à l'ambassade de France et l'enfant a bénéficié d'un rapatriement en même temps que d'autres petits Haïtiens.

« Le vrai bonheur »

À l'aéroport d'Orly, Lucson a vite reconnu son papa et sa maman. L'été dernier, Laurence et Patrick s'étaient rendus une semaine à Port-au-Prince. Ils avaient fait des photos avec leur fils et lui en avaient donné. Depuis, chaque semaine, les Dos Santos conversaient au téléphone avec l'enfant. « Quand viens-tu me chercher ? », interrogeait chaque fois Lucson.

Aujourd'hui, la famille est enfin réunie à Chaniers. « C'est le vrai bonheur ! » confiait, vendredi soir, Laurence. Dans la maison qu'il avait vue sur des photos, et qu'il a reconnue dès son arrivée, Lucson se sent comme chez lui. « Il mange bien ; il dort très bien. Moi-même, je me couche tard ; je constate qu'il est serein la nuit ; il ne fait pas de cauchemars », détaille Patrick Dos Santos.

Lui a repris le travail. Depuis lundi dernier, Laurence bénéficie d'un congé d'adoption de dix semaines. Ses collègues du Greta de Saintonge, qui partageaient ses inquiétudes et ses espoirs, se sont montrés compréhensifs et solidaires.

« Un enfant très facile »

À Chaniers, Lucson a trouvé une chambre pour lui tout seul. Et beaucoup de jouets. Les camions le passionnent, en particulier les véhicules de police. Patrick et Laurence sont, aujourd'hui, « Papa » et « Maman ».

Le petit Haïtien parle le français, appris à la crèche dirigée par Betty Gouy. Lorsque son débit s'accélère, le créole revient naturellement. « C'est un enfant très facile, très bien élevé. La crèche a effectué un superbe travail », constate Laurence.

La semaine dernière, Lucson a passé une visite médicale suivie d'une prise de sang. Il a aussi téléphoné à son copain Fedner, 7 ans, débarqué à Nantes, chez ses parents adoptifs, une semaine avant lui. Les deux garçonnets ont éclaté de rire en se parlant.

De nouveaux copains d'école

Jeudi et vendredi, Lucson s'est aussi rendu à la maternelle de Chaniers, où il est inscrit depuis septembre dernier. Le premier jour, il a visité les locaux en compagnie de sa future maîtresse. Le lendemain, il a rencontré ses nouveaux copains de la moyenne section. Ceux-ci, qui l'avaient vu en photo dans « Sud Ouest » et attendaient son arrivée, l'ont reçu en véritable héros. « Lucson ne s'y attendait pas. Il fut d'abord intimidé avant de déguster la galette des Rois avec tous les enfants. Leur accueil fut très touchant », raconte Laurence. « Le gâteau était très bon ! » confirme Lucson.

Laurence et Patrick savent que l'intégration de leur fils passera par sa scolarisation : « Nous ne précipiterons rien. Lorsque nous sentirons qu'il est prêt, nous le conduirons petit à petit à l'école », indique sa maman.

Cajolé, choyé, aimé, Lucson ne parle pas d'Haïti. Une nouvelle vie commence pour lui mais ses parents adoptifs ne gommeront pas son passé, ses racines. « Dès qu'il sera en âge de comprendre, nous lui expliquerons tout », assurent Patrick et Laurence Dos Santos, très sensibles au sort du peuple haïtien meurtri.
Auteur : Dominique paries d.paries@sudouest.com


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