2010.02.11 Jean-Pierre et Gwénaël se battent pour sauver leurs enfants adoptifs

source : franceantilles.fr

Annick CHAVONNET

Ils avaient débuté la procédure d'adoption en Haïti. Cela fait deux ans que Jean-Pierre et Gwénaël Pichoud, qui vivent au Moule, ont commencé leur démarche pour adopter une fratrie de deux enfants haïtiens. Un vrai parcours du combattant avec des enquêtes psychosociales, des constitutions de dossiers complexes et des courriers multiples. Ils obtiennent leur agrément en avril 2009 et contactent Nid d'amour, une crèche à Haïti. Le 14 décembre, ils apprennent l'heureuse nouvelle : un garçon de 6 mois, Donalson, et une fille d'un an et demi, Bediana, leur seront confiés dans le cadre de la procédure d'adoption. Le 27 décembre, ils se rendent à Haïti pour comparaître devant le juge de paix et établir un premier contact avec leurs enfants. « Nous avons dormi à la crèche, au milieu de cinquante enfants âgés de 6 mois à 8 ans, tous confiés à l'adoption par leurs parents biologiques qui n'ont plus les moyens de subvenir à leurs besoins. C'est souvent le cas en Haïti, et il y a peu d'orphelins véritables » , explique Jean-Pierre. « Il s'est créé des liens, ce fut un super moment de découvrir Donalson et Bediana et, comme on dit, dès que vous les voyez, ce sont les vôtres, raconte Gwénaël, émue. Le fait de les voir, les sentir, les tenir dans nos bras, c'était magique. Quand nous sommes revenus en Guadeloupe, une semaine plus tard, nous avions tous les deux le coeur en mille morceaux de les laisser là-bas » . En effet, il reste encore un peu de chemin à parcourir pour les « futurs » parents avant l'adoption définitive : leur dossier doit être examiné par l'IBESR (Institut haïtien du bien-être social et des recherches) puis par le ministère des Affaires étrangères pour obtenir un jugement délivré par le doyen. C'est impatients mais confiants que Gwénaël et Jean-Pierre se soumettent aux ultimes démarches nécessaires pour adopter Donalson et Bediana. Le 12 janvier, la catastrophe à Haïti les plonge dans une angoisse et une inquiétude folle. La crèche est heureusement évacuée à temps et les enfants sont relogés dans une petite maison (50 dans deux pièces!). Mais les conditions sanitaires, qui étaient déjà très médiocres avant le séisme, sont alarmantes. Plusieurs enfants sont hospitalisés, dont Donalson qui souffre de diarrhée et de déshydratation. La directrice de crèche fonctionne au jour le jour, grâce aux dons, et ne sait parfois pas si elle aura suffisamment de nourriture pour le lendemain. À l'hôpital, c'est elle qui doit apporter le matériel : kits de perfusion, antibiotiques…

Une frustration énorme qui les épuise jour après jour
Jean-Pierre et Gwénaël se tiennent informés grâce à un forum internet d'une association dans l'Hexagone « Ede Ti Moun Yo » qui parraine la crèche. Dès qu'une de leurs connaissances part en Haïti, ils leur transmettent des colis de médicaments et de la nourriture. Tous les jours le couple se bat pour que ces enfants en cours d'adoption puissent aussi êtres rapatriés : « Je n'ai jamais autant écrit de courriers de ma vie explique Jean-Pierre. Je passe des coups de fils, je rencontre des personnalités poli- tiques pour qu'ils essaient d'appuyer notre demande. Nous ne pouvons pas attendre, le risque est trop grand et nous souhaitons vraiment que ces enfants puissent êtres évacués le plus vite possible dans la légalité afin de pouvoir les soigner et les nourrir dans de bonnes conditions » . « Nous voulons sensibiliser les gens, pour expliquer notre démarche. C'est en toute légalité que ces enfants seront déplacés. Il y a un amalgame avec tout ce qui a été dit dans les médias. Il ne s'agit pas d'un trafic d'enfants avec des adoptions illégales. Les procédures d'adoption étaient déjà en place avant le séisme mais l'ampleur de la catastrophe nécessite des mesures d'urgence pour faire sortir ces enfants d'Haïti où ils risquent de mourir. C'est l'intérêt supérieur de l'enfant qui est en jeu, sa survie » , insiste Jean-Pierre. Gwénaël est médecin et s'est porté volontaire, plusieurs fois, pour les rapatriements récents d'enfants haïtiens. Elle cache difficilement son inquiétude devant l'état de malnutrition de ces derniers. « Ma grosse crainte est surtout pour la santé. Les jours passent et Donalson et Bediana sont fragiles comme la quasi-totalité des enfants que j'ai vus » , explique-t-elle, les larmes aux yeux. Difficile pour ce couple, qui se bat pour les deux enfants qu'ils ont déjà adoptés dans leur coeur, de se faire entendre. Être si proche et si impuissant est une frustration énorme qui les épuise jour après jour. Deux couples en Guadeloupe et six en Martinique sont dans une situation similaire, ainsi que de nombreux autres dans l'Hexagone.

Les familles adoptantes sont en colère

Au total, 1200 enfants haïtiens étaient en cours d'adoption légale avant le séisme. Parmi eux, 300 pour lesquels un jugement avait été signé ont été établis dans leur famille d'adoption. Pour les autres, qui n'ont pas reçu encore leur jugement ou dont le dossier est perdu sous les décombres, aucune action n'est prévue pour le moment. Lors du séisme, le décès du doyen, responsable de la signature définitive des jugements d'adoption, a aggravé la situation. En France, les familles adoptantes sont en colère, elles se sont organisées en collectif « SOS Haïti enfants adoptés » et organisent des manifestations pour faire pression sur les politiques pour qu'ils signent un accord franco-haïtien, à l'instar des Pays-Bas, de la Suède ou de l'Allemagne afin de trouver une solution.


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