2010.02.13 Les enfants d'Haïti arrivent au compte-gouttes

source : lavoixdunord.fr
PAR ÉRIC HOLZAPFEL ET CLAIRE SERRE, AVEC LES RÉDACTION LOCALES
UN MOIS APRÈS LE SÉISME
Sept couples de la région ont réussi à faire venir leurs enfants adoptifs d'Haïti. Mais sur l'île dévastée, il reste encore des orphelins que leurs futurs parents attendent la peur au ventre.

« Les gens pensent que les parents adoptifs ne sont pas des vrais parents. Mais quand j'ai vu pour la première fois la photo de Saintania, c'était comme une échographie. Depuis, je suis maman. Alors je m'inquiète. Vous seriez tranquille, vous, si votre enfant était bloqué à Haïti ? » Depuis le tremblement de terre du 12 janvier, Séverine Lugez dort mal, ne mange presque plus. Une question l'obsède : quand Saintania, la petite Haïtienne de deux ans qu'elle doit adopter, rejoindra-t-elle son nouveau foyer ?

Dans son coquet pavillon en périphérie d'Arras, où vit aussi son compagnon, Pierre-Arnaud Coursier, elle n'a pas préparé la chambre de l'enfant. « Par superstition », comme une femme enceinte. Rien pour le moment ne l'autorise à l'optimisme. Ni l'attitude de l'État français, qui « ne fait rien », ni la situation en Haïti. Dans sa crèche - « ravitaillée par les Américains » -, Saintania « va bien, et ça, c'est déjà énorme », dit-elle. Mais l'eau potable se fait rare, on craint les épidémies. Elle a peur, aussi, « des vols d'enfants », dénoncés par des ONG. Et regrette incidemment « l'amalgame » que l'on fait parfois entre ces pratiques sordides et sa démarche d'adoption, « parfaitement légale ».

Comme Séverine et Pierre-Arnaud, des centaines de couples en France attendent encore la venue de leurs petits protégés. Nous en avons recensé quatre dans la région. Ils ont en commun de n'avoir pas pu mener à terme une démarche d'adoption brutalement interrompue par le séisme. D'autres ont pu obtenir le sésame qui a permis de réunir leur famille : un jugement rendu à Haïti, qui scelle leurs droits parentaux. En Nord - Pas-de-Calais, sept couples ont pu accueillir leurs enfants entre le 22 janvier et le 11 février. « Le pire est derrière nous »

C'est le cas d'Aurore et Laurent Hourdoux, des habitants de Seclin, au sud de Lille. Leur fils adoptif de 13 mois, Simon, est sorti vivant du séisme, « mais c'était la seule information que nous avions », racontent-ils. Commence alors une douloureuse attente, dans l'angoisse que Simon ne meure de faim ou de soif. Deux semaines après, le jugement haïtien tombe : Simon pourra être rapatrié. « C'était inespéré, on a pleuré. » La semaine dernière, Aurore et Laurent étaient à Orly. Après des heures d'attente et d'entretiens administratifs, ils découvrent un enfant de 8,4 kg pour 74 cm. « C'était une crevette, confie sa maman. Il souffrait de dénutrition, de déshydratation, d'une bronchite et avait les symptômes d'une gastro-entérite. » En quelques jours, il a repris 560 grammes. « Le pire est derrière nous », souffle-t-elle.

Simon va chez le médecin aujour-d'hui. Ses parents ne pourront donc pas manifester à Paris, avec le collectif SOS Haïti enfants adoptés. Mais le coeur y est, d'autant que ceux qui attendent mettent un peu d'espoir dans le prochain voyage de Nicolas Sarkozy. Son escale haïtienne, mercredi, sera-t-elle l'occasion d'une annonce ? Séverine Lugez n'ose y croire. Elle est pourtant convaincue que le président est « le seul à pouvoir faire quelque chose ».

Les clés

• 1. Le point

Un mois après le séisme qui a dévasté Haïti, des enfants en cours d'adoption restent bloqués sur l'île. Dans la région, onze couples au moins se sont battus avec les administrations pour faire venir leurs futurs enfants. Sept d'entre eux ont déjà pu les accueillir. Quatre autres attendent encore.

• 2. L'urgence

Le collectif SOS Haïti enfants adoptés a réussi à joindre des directrices de crèche par téléphone. Il juge la situation sur place « inquiétante » pour les enfants en termes de sécurité, d'alimentation et de santé.

• 3. Le retour

Notre journal s'était fait l'écho de leur histoire. Une mère était à Haïti avec ses petits le jour du séisme. Un couple a appris la mort de son enfant en adoption sous les décombres d'une crèche. Les uns et les autres tentent de surmonter le choc.

Repères

• Manif aujourd'hui

Le collectif SOS Haïti enfants manifeste à 14 heures devant le Quai d'Orsay, à Paris.

• Nicolas Sarkozy en Haïti mercredi

Le président sera en Haïti le 17 février. Des parents adoptants lui ont posté des colis de toute la France à destination de leurs futurs enfants.

Une action symbolique destinée à faire pression sur l'État pour qu'il négocie une solution avec Haïti.

• Un concert de l'Orchestre national de Lille le 5 mars

Les collectes en faveur des victimes du séisme d'Haïti se succèdent. Le prestigieux Orchestre national de Lille se lance à son tour. Vendredi 5 mars à 20 heures, il donnera un concert, sous la direction de Jean-Claude Casadesus. L'intégralité de la recette et des dons seront reversés à la Fondation de Lille. Tarif unique : 10 E.

Renseignements : 03 20 12 82 40.

ZOOM

• Ils ont récupéréleurs enfants

- Stéphanie et Guillaume Delcroix (Saint-Amand-les-Eaux) ont retrouvé Noémie et Timothée.

- Stéphanie et Frédéric Petit (Neuve-Chapelle) : Robens et Maelys.

- Christine Ancelin (Emmerin) : Sendina.

- Sophie et Jean-Philippe Herlent (Hellemmes) : Farada et Sokaïna.

- Aurore et Laurent Hourdoux (Seclin) : Simon.

- Nathalie et Boris Lawniczak (Calais) : Jules.

- Et un couple de Saint-André-lez-Lille.

• Ils attendent toujours

- Séverine Lugez et Pierre-Arnaud Coursier (Arras) - Jérôme et Corinne Klécha (Roncq) - Sébastien et Sandrine Huleux (Hénin-Beaumont) - Et un couple de Tourcoing.

> Tour d'horizon non exhaustif.


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