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2010.02.15 Ils ont adopté Samuel en Haïti, ils témoignent

source : sudouest.com
BEARN. Un mois après la catastrophe de Port-au-Prince et deux semaines après son arrivée en France, Samuel, 2 ans, fait le bonheur du foyer de Marc et Véronique Lacoste

On avait laissé Marc Lacoste dans l'angoisse (« Sud-Ouest » du 15 janvier), au lendemain du tragique séisme d'Haïti. Inquiet pour Evans, l'enfant de 2 ans pour lequel les époux Lacoste avaient obtenu l'agrément d'adoption des autorités d'Haïti, depuis un peu plus d'un an. Ironie du sort, ils auraient dû s'envoler pour Port-au-Prince la semaine suivante pour enfin le ramener en France.

Mais inquiet aussi pour les autres petits de sa crèche de Port-au-Prince, les Brebis de Saint-Michel, physiquement épargnés, mais perturbés par le tremblement de terre qui les avait délogés. Et ne disposant que de quinze jours de vivres.

Entre-temps, Evans devenu Samuel dans sa famille d'accueil, est arrivé en France, au cours de la nuit du 27 au 28 janvier. Le premier contact avec ses parents adoptifs a eu lieu à Roissy. En douceur, dans un local approprié et seulement après qu'il se fut reposé du long voyage.

L'attente a duré de longues heures. « On nous a appelés un par un pour que nous nous mettions administrativement en règle. Avec les Affaires étrangères, la Caisse d'allocations familiales, la Sécurité sociale. Sur le moment, l'attente nous a paru interminable, mais nous étions aidés et conseillés en permanence », explique Marc Lacoste.

Et puis le grand moment est arrivé : « Il nous a d'abord regardés, nous avons fait de même… On a fini par le prendre dans les bras ». La nounou de la Croix-Rouge qui chaperonnait l'enfant, constatant que l'apprivoisement mutuel se passait bien, s'est peu à peu éloignée…

Grand bébé…

Jeudi dernier, Samuel a vu la neige pour la première fois. Sans trop pouvoir en profiter, puisqu'il avait rendez-vous ce jour-là au service pédiatrie de l'hôpital de Pau, pour un check-up complet.

Bilan de santé : Samuel est en forme ; il est même dans les critères de taille et de poids d'un grand bébé de son âge, ce qui n'est souvent pas le cas des autres petits Haïtiens à leur adoption.

Pour le reste : « Nous sommes suivis, à notre demande, par des psychologues, dit Marc Lacoste. On va surveiller quelles pourraient être les séquelles psychiques qu'il a gardées du séisme. D'après les médecins qui l'ont vu, elles peuvent se manifester plus tard. » Ou jamais.

Samuel mange les mêmes choses que papa maman : « On nous a seulement conseillé de ne pas lui donner de lait, que les petits Haïtiens digèrent mal pour des raisons génétiques. » Il mange de tout et tout seul, depuis son plus jeune âge, un héritage de la crèche : « Quand on veut l'aider, il rouscaille… ». Et il a l'habitude de ne pas laisser perdre la moindre particule de nourriture.

… à l'âge terrible

Il est à l'âge terrible où l'on touche à tout, surtout les prises électriques. « Je pense qu'il est très observateur. Ce qui est marrant, c'est que chaque fois qu'il a un nouveau jouet entre les mains, il ne le lâche plus ».

L'enfant comprend déjà pas mal de choses. À la crèche, financée par une association américaine, Samuel entendait parler l'anglais et, par les nounous, le créole autochtone. Le voici donc confronté à une troisième langue : « Papa, maman, merci, c'est acquis… Mais il s'exprime aussi en reproduisant les mimiques qu'il nous voit faire. »

« Maman de ventre »

Viendra le jour où il faudra expliquer au petit garçon que « sa maman de ventre, il l'a laissée à Haïti », selon la jolie formule suggérée par le pédiatre. Car, retient Marc Lacoste, « il faudra absolument expliquer les choses, mais au fur et à mesure, et à sa demande ».

Des parents biologiques de Samuel, ses parents adoptifs savent qu'ils sont vivants, ou pour mieux dire qu'ils l'étaient avant la catastrophe.

Marc Lacoste a une pensée pour ces nounous de la crèche de Port-au-Prince. Ce sont elles qui permettaient au couple, une fois par mois, d'avoir un « rendez-vous webcam » de 5 à 7 minutes avec leur futur petit.

Passées comme les époux Lacoste par Aide aux enfants d'Haïti ou d'autres associations, des familles attendent toujours. « Notre enfant, nous l'avons, c'est un grand bonheur et je réalise que nous avons eu beaucoup de chance. On se battra pour que d'autres arrivent… »
Auteur : Thomas Longué t.longue@sudouest.com


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