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2010.02.16 Orphelins haïtiens: polémique sur le processus d'adoption en France

source : 20minutes.fr

HAITI - Nadine Morano veut mettre en place une structure intermédiaire en Guadeloupe, associations et psychiatres ont peur que ça fasse plus de mal que de bien…

Il y a un problème dans la gestion de l’adoption des orphelins haïtiens. Ce constat, partagé, a amené la secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano à décider de la mise en place d’une structure intermédiaire en Guadeloupe, où adoptants français et orphelins haïtiens pourront passer une à deux semaines ensemble. Son but: diminuer le stress d'un changement de vie trop rapide pour les enfants.

Jusqu’alors, les enfants étaient acheminés en Guadeloupe ou en Martinique, où on leur donnait à manger et des vêtements, selon la Croix-Rouge, contactée par 20minutes.fr. Ensuite, ils partaient pour la France, où, à l’aéroport, ils rencontraient, parfois pour la première fois, leurs nouveaux parents.

Un désastre psychique pour le psychiatre Pierre Lévy-Soussan. A leur arrivée à Orly, «les enfants étaient silencieux, hagards. Ils souffraient d’hypersomnie réflexe, due au traumatisme du déracinement en urgence, explique-t-il. A l’aéroport, il n’y avait pas de personnel compétent du côté des responsables administratifs. Heureusement il y avait des psychologues et des pédopsychiatres rattachés au CUMP, mais pas en nombre suffisant». Pourtant, plus de 350 enfants sont déjà arrivés en France depuis le séisme. Avec à la clé, des risques d'échec d'adoption, souligne Pierre Lévy-Soussan. Selon lui, un enfant aurait déjà été abandonné une seconde fois.

Problèmes d’insomnie, de sidération

Nadine Morano, sans être aussi critique que Pierre Lévy-Soussan, évoque elle aussi des difficultés. «Les retours que l'on a eus auprès des médecins spécialisés ayant suivi les premiers orphelins arrivés dans leur famille depuis le séisme, font état de problèmes d'insomnie, de sidération, de difficulté d'entrée en contact face à des parents démunis».

D’où la volonté du ministère de mettre en place cette «structure de rencontre et d'accueil», censée ouvrir «dans les prochains jours dans un centre de vacances» situé près de l'aéroport de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Un centre qui respectera les procédures habituelles de l'adoption à savoir des rencontres préliminaires enfants/familles.

Cette période intermédiaire durera de une à deux semaines et n'aura pas un caractère obligatoire pour les familles. Des pédopsychiatres comme Marcel Rufo soutiennent l'idée d'un «temps d'adaptation et d'une prise en charge spécifique» de ces enfants, insiste la secrétaire d'Etat à la Famille.

«Un déracinement supplémentaire»

Pourtant, le «sas» n’est pas bien vu par tout le monde. Pour Emmanuelle Guerry, du collectif SOS Haïti enfants adoptés, c’est faire subir à l’enfant «un déracinement supplémentaire, c’est une vraie bêtise». Sans compter, poursuit-elle, que «le centre aura 40 places, pour 15 jours. Or, il y a 140 enfants qui attendent en Haïti. Combien de temps cela va-t-il prendre?»

Le psychiatre Pierre Lévy-Soussan est également très critique envers cet intermédiaire, qui, selon lui, risque de n’être qu’un «gadget». «La «livraison» des enfants d’Haïti va laisser de lourdes traces dans l’histoire de l’adoption internationale en France», prévient-il, dans un communiqué co-signé avec l’une de ses consoeur, Sophie Marinopoulos.

Il prône l’arrêt des adoptions pour l’instant. «On veut faire un sauvetage physique, mais cela entraîne un désastre psychique chez l’enfant», explique-t-il. «L’adoption n’a pas sa place dans un processus humanitaire», conclut Pierre Lévy-Soussan.

Oriane Raffin

CHIFFRES

Une centaine d'enfants ayant eu un jugement d'adoption avant le séisme pourraient potentiellement arriver en France progressivement. Quelque 500 autres sont en cours d'adoption avec un agrément mais sans jugement le formalisant, et ont besoin de décisions juridiques des autorités haïtiennes, indique l'entourage de Nadine Morano.


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