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2010.02.17 Polémique autour de l'adoption d'enfants haïtiens

source : Google News AFP
De Franck MADOEUF

PARIS — Un mois après le séisme qui a dévasté Haïti, un vif débat oppose en France associations de parents souhaitant une accélération des processus d'adoption des orphelins haïtiens, et spécialistes de l'enfance prônant une très grande prudence pour éviter traumatismes et échecs.

Passé le premier choc des images du séisme du 12 janvier, des familles françaises qui avaient déjà entamé des démarches en Haïti ont multiplié les appels pour que les procédures d'adoption soient accélérées, au nom de l'“urgence humanitaire”.

L'association Adoption sans frontières demande le rapatriement dans les plus brefs délais de tous les enfants “apparentés” à des familles françaises, “quelle que soit l'avancée de leur dossier d'adoption”.

L'Unicef et la section française de l'association Défense des enfants international ont réagi en mettant en garde contre “toute précipitation”, tout comme le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, soucieux d'échapper aux accusations “d'enlèvement”, “sous le bon prétexte de sauver des enfants”.

Alors que 371 orphelins ont été accueillis en France depuis la catastrophe, la controverse a évolué vers les risques de traumatisme supplémentaire qu'entraîne pour ces enfants –déjà abandonnés et choqués par le séisme– une arrivée sans préparation dans un contexte complètement étranger.

Pour l'association Enfance majuscule, “ce n'est pas tant la catastrophe de ce tremblement de terre que la manière dont ses conséquences ont été traitées qui risque de faire une trace traumatique durable dans l'histoire de ces enfants”.

Et pour Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste spécialiste de l'adoption, qui a assisté le 11 février à l'arrivée d'un groupe d'orphelins à Orly, “on aurait dû au contraire ralentir à l'extrême les procédures d'adoption au lieu de les accélérer”. “Il ne faut pas mélanger l'adoptif et l'humanitaire, qui sont deux choses non superposables”, dit-il.

Les adoptions d'urgence “compromettent le processus adoptif, mais aussi l'avenir psychologique des enfants, et, au pire, peuvent conduire à une maltraitance physique et psychique de l'enfant”, estime-t-il avec deux de ses confrères.

Selon eux, plus de 85% des premiers petits Haïtiens arrivés en France sont dans un état de “désorganisation psychologique”.

“La chronologie des troubles, qui n'existaient pas avant le départ d'Haïti, permet d'évoquer une cause traumatique aigue, précoce, liée au déplacement dans l'urgence des enfants, sans aucune préparation psychique”, précisent-ils.

Consciente des risques, la secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano a annoncé lundi la mise en place prochaine d'un centre d'accueil temporaire en Guadeloupe, un “sas” permettant aux familles adoptantes et aux enfants de faire connaissance pendant quelques jours avant le début de leur vie commune. Cette structure “respectera les procédures habituelles de l'adoption qui prévoient des rencontres préliminaires enfants/familles”, a-t-elle expliqué.

“Un gadget” a rétorqué le Dr Levy-Soussan, qui interroge: “qui évaluera la mise en relation? Sera-t-elle suivie d'une suspension du processus si cela se passe mal?”.

De son côté, l'association SOS Enfants adoptés, en pointe du combat pour l'accélération des arrivées, cite d'autres spécialistes comme Brigitte Allain Dupré, psychanalyste pour enfants, pour qui “le potentiel d'attachement dont dispose le bébé n'est pas illimité”.

A ce jour, un demi millier d'orphelins sont en attente du feu vert des autorités haïtiennes pour venir en France.


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