2010.02.22 La cigogne qui remue ciel et terre

Source: http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/tete-daffiche/201002/22/01-953965-la-cigogne-qui-remue-ciel-et-terre.php

Le 12 janvier dernier, Ginette Gauvreau a failli laisser sa vie là, où, depuis trente ans, elle a changé celle de plus de 3000 orphelins.

Haïti a été dévasté. Il faudra des années pour reconstruire un pays déjà rendu vulnérable par des tourmentes de toutes sortes. Pourtant, rien ne saurait détruire le lien qui unit notre Tête d'affiche à ce bout d'île des Antilles.

«Tu tombes en amour avec ce pays-là ou tu veux en sortir au plus vite», avoue notre Tête d'affiche, dont aucune secousse ne viendra à bout de l'affection qu'elle porte au peuple haïtien.

Cette Trifluvienne venait de mettre les pieds à Port-au-Prince lorsque la terre s'est mise à trembler. Malgré le chaos, la responsable des adoptions pour l'organisme Soleil des nations n'a pas hésité.

Circulant à travers les décombres et les victimes, elle s'est rendue dans chacune des crèches avec lesquelles elle collabore depuis trente ans afin de s'assurer que tous les orphelins étaient sains et saufs.

Rapatriée d'urgence, Ginette Gauvreau n'a jamais défait ses valises. Quelques jours plus tard, elle retournait en Haïti, déterminée à ramener la centaine d'enfants promis à des parents adoptants de partout au Québec.

Originaire de Saint-Pierre-les-Becquets, Ginette Gauvreau a toujours dit qu'elle aurait un enfant biologique et qu'elle adopterait ses autres enfants par la suite.

En 1979, alors qu'ils étaient les parents d'un garçon âgé de 6 ans, Dominic, la professeure de piano et son mari Claude Gagnon (décédé il y a huit ans) ont décidé d'agrandir leur famille en se tournant vers le pays pour lequel ils avaient développé une véritable passion: Haïti.

Le couple était à la veille de partir à la rencontre de son deuxième enfant lorsqu'un appel de Mme Gauvreau auprès de la directrice de l'orphelinat allait la laisser sans voix.

«Elle me disait de ne pas me rendre en Haïti, que ma fille était retournée vers Dieu le Père, qu'il n'y avait plus de petite pour nous», raconte tristement Mme Gauvreau.

Sur le coup, elle ne pouvait pas croire que le bébé de trois mois qui devait lui être confié était mort depuis dix jours, que l'organisme qui l'accompagnait dans ses démarches n'avait pu prévenir un dénouement aussi dramatique.

Confrontée à cette dure réalité, Ginette Gauvreau a décidé de prendre les choses en main. Il n'était pas question que d'autres parents vivent un tel choc. Ils devaient pouvoir compter sur une vraie structure pour mener à terme leur projet d'adoption.

Elle s'est alors impliquée bénévolement au sein de l'organisme «Accueillons un enfant». Le nombre d'adoptions est rapidement passé de dix à plus de 70 par année.

Durant cette période où elle se rendait régulièrement en Haïti pour faciliter l'adoption de jeunes orphelins par des couples canadiens, elle et son mari ont eux-mêmes adopté deux filles, Véronique et Mélanie.

Contrainte au repos forcé pendant deux ans, Ginette Gauvreau est revenue en force il y a quinze ans, cette fois, au sein de Soleil des Nations. Des parents qui souhaitaient adopter en Haïti réclamaient celle qui, au fil des ans, avait réussi à établir un lien de confiance inestimable avec les autorités haïtiennes.

Mme Gauvreau a piloté jusqu'à 125 dossiers d'adoption annuellement. «C'était du travail acharné, du bénévolat», raconte-t-elle avant de préciser qu'il y a six ans, elle est devenue une employée permanente de l'organisme qui doit aujourd'hui songer à la remplacer.

Avant que ne survienne le terrible séisme en Haïti, Ginette Gauvreau avait déjà exprimé son souhait de prendre sa retraite. Maintenant que ses petits protégés sont tous rentrés au bercail, elle estime que le temps est venu de passer le flambeau.

Ces dernières semaines, il ne se passe pas une journée sans qu'elle ne reçoive des messages de félicitations et de remerciements.

La dame se laisse porter par cette énergie nouvelle. Elle souhaite demeurer active pour la cause des fillettes et des adolescentes haïtiennes qui sont présentement sans abri, à la merci des pires dangers.

«C'est sûr que je vais retourner un jour en Haïti», affirme Ginette Gauvreau, qui ne peut s'empêcher de rêver un monde meilleur pour ce peuple qu'elle chérit.


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