OFFRE DE PRET CHEZ NATHALIE VASSELIERE

2010.03.04 Conférence de presse de Bernard Kouchner consacrée à Haïti

Source: http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/haiti_513/france-haiti_1218/presentation_4655/conference-presse-b.-kouchner-consacree-haiti-04.03.10_80581.html

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais avec vous faire le point sur un certain nombre de dossiers, tous liés au tremblement de terre en Haïti. A mes côtés, Serge Mostura pour le Centre de crise, et Pierre Duquesne, chargé de la coordination interministérielle pour la reconstruction en Haïti, qui nous mènera vers la réunion du 31 mars 2010 à New York et vous dira où nous en sommes dans la préparation d’un plan international coordonné avec nos partenaires et, je l’espère, sous la direction de nos amis haïtiens. Tout cela n’est pas simple. Nous aborderons le problème des enfants, bien sûr. Vous avez vu qu’actuellement la pluie tombe en Haïti et que ceux qui ont été déplacés vers l’intérieur du pays connaissent des conditions particulièrement difficiles, alors que la grande saison des pluies n’est pas encore commencée.

Tout le monde se consacre à la crise, au développement immédiat du drame. C’est bien, mais il faut maintenant poursuivre et, vous le savez, il y a plusieurs directions, Pierre Duquesne les précisera. Il y aura quatre réunions sur des thèmes précis : l’une se tiendra en Martinique, à propos des collectivités locales et mondiales ; les trois autres doivent encadrer les réunions de New York qui se tiendra au siège des Nations unies sous les auspices des Etats-Unis. La France fait partie de ce que l’on appelle le “Core group” qui comprend un certain nombre de pays qui essaient de coordonner leurs travaux.

S’agissant des enfants, il y a des chiffres précis. Nous avons déjà évacué d’Haïti et ont été adoptés par des familles françaises 372 enfants. Il y a actuellement en Haïti, bénéficiant d’un jugement d’adoption de la part des autorités haïtiennes, 117 enfants munis d’une autorisation délivrée par les autorités pour quitter le territoire. Mais il faut quand même savoir que la situation a changé et que nous pouvons davantage prendre soin des enfants puisque le pic de la crise est passé. Nous pouvons maintenant prendre soin des enfants sans les mettre dans des avions pour la France. Parmi ces enfants, 23 sont en mauvaise condition physique et il faut les soigner. Ces 23 enfants partiront les premiers pour aller d’abord à la Guadeloupe où un centre médico-psychologique est organisé : nous vous donnerons les détails. Ces enfants vont séjourner quelques jours dans ce centre, en fonction de leurs affections, avant de venir en France puisque les familles adoptantes seront en France. A moins que les familles ne décident de venir visiter les enfants à la Guadeloupe, ce qui serait beaucoup mieux. Nous verrons en matière d’organisation si cela est possible pour toutes les familles. Il est préférable dans ce type de situation que les familles viennent voir l’enfant et, éventuellement, le ramènent. J’aurais souhaité qu’ils partent dès les prochains jours mais il faut attendre que le centre soit aménagé pour leur accueil. Cela se fera avant une semaine, car même si leur vie n’est pas en danger, il y a des soins médicaux à dispenser à ces enfants. Les autres suivront très vite.

L’équipe que nous avons envoyée est constituée de pédiatres et de pédopsychiatres qui sont partis sous la houlette du ministère de la Santé, de la Famille et du ministère des Affaires étrangères et européennes. Cette équipe constituée de six ou sept personnes est accompagnée par une représentante des familles. Ils ont tenu une réunion hier. Ils sont unanimes, ils ont décidé de la manière de procéder concernant les enfants : 23 enfants, dans un premier temps, puis les autres, graduellement, passeront par la Guadeloupe où les personnes qui les accompagnent continuent à parler créole ; il est important que l’on continue à leur parler créole. Ces enfants recevront, si cela est possible, la visite des familles adoptantes. Mais encore une fois, je pense que cela est souhaitable.

Voilà les décisions qui ont été prises par votre serviteur avec le ministre de la Santé et avec le ministre de la Famille. C’est la première fois que nous travaillons tous les trois ensemble et cela se passe très bien. C’est la première fois qu’il y a une unanimité chez les spécialistes, tout le monde est d’accord pour agir de cette manière.

S’agissant des conditions de traitement des enfants, il aurait été préférable qu’ils se fassent soigner en Haïti mais ces 23 enfants ne peuvent pas être soignés en Haïti. Mais on ne peut pas offrir aux familles de venir en Haïti rencontrer et venir chercher leurs enfants car les conditions demeurent et seront encore pendant très longtemps dégradées. Il a fallu du temps pour que ce groupe de sept personnes visite tous les centres, ils n’ont d’ailleurs pas encore terminé.

Serge Mostura - L’équipe de spécialistes de l’enfance que nous avons envoyée en Haïti a rencontré 101 enfants sur les 117 qui ont bénéficié d’un jugement d’adoption. Il en reste donc 16 qui seront vus dans les tous prochains jours. Comme l’a dit le ministre, il y a deux conclusions essentielles à cette mission. La première conclusion c’est que les conditions en Haïti ne permettent pas d’organiser dans des conditions satisfaisantes la rencontre des familles et des enfants. Les spécialistes préféreraient que cela se passe en Haïti mais au plan pratique c’est malheureusement trop difficile. Cette rencontre aura donc lieu en Guadeloupe, dans un centre d’accueil qui est organisé par la secrétaire d’Etat à la famille. La seconde conclusion est que sur les 101 enfants qui ont été vus, 23 sont effectivement dans une situation physique et psychologique difficile. Leur vie n’est pas en danger mais ils ont des problèmes. Ils vont donc être transférés en priorité à Pointe-à-Pitre où ils seront soignés et où ils pourront rencontrer leurs familles.

Bernard Kouchner - Alors pourquoi ne pas les emmener tous ? Parce que le centre ne le permet pas. Au-delà de 40 c’est complètement impossible. On peut beaucoup mieux les prendre en charge par petits groupes. Il y a d’ailleurs une pédopsychiatre guadeloupéenne, parlant créole, qui accompagnera les enfants durant le trajet.

Q - Quel âge ont les enfants ? De quoi souffrent-ils ?

R - Bernard Kouchner - Ils sont âgés de neuf mois à huit ans. Mais il y en a 16 que nous n’avons pas vus. Il y a des enfants qui souffrent de dénutrition. Mais dès que l’on nourrit les enfants avec des procédés adéquats qui ne peuvent pas être offerts en Haïti, cela va très vite, l’enfant refleurit. Il y a des cas de pneumopathies, des dermatoses mais c’est normal dans ces conditions. Il y a peut-être des affections un peu particulières qui pourraient être diagnostiquées dans le centre pédiatrique où on les transporte en Guadeloupe. J’ai visité ce centre, ce sont de vrais spécialistes.

Q - Où sont les enfants actuellement ?

R - Bernard Kouchner - Dans des centres dispersés. Les centres sont démolis. On ne peut pas les regrouper. En Haïti, cela va mal. Il y a des centaines de milliers sinon des millions d’habitants qui vont passer la saison des pluies sous les tentes. J’ai rencontré hier des ONG qui voulaient déplacer des familles pour les donner des habitations plus solides que des tentes sur les hauts plateaux. C’est bien, il faut le faire. Mais les familles vous disent qu’ils n’ont pas de travail… Il faut les nourrir et leur donner un peu d’espoir. C’est un crève-cœur permanent. Une partie des solutions viendront de la réunion du 31 mars.

R - Pierre Duquesne - Jusqu’au 12 mars, se poursuit le travail d’évaluation des besoins après dommages, en anglais “post disaster needs assessment”, soit une équipe internationale de 200 personnes présente jour et nuit sur le terrain. Parallèlement, le gouvernement haïtien est entré dans la préparation d’un document de vision. A partir du 12, il faudra réconcilier ces deux visions, parce que les réunions de hauts fonctionnaires à Saint-Domingue, en préparation de la conférence du 31 mars auront lieu. Le 16 mars, se réuniront les partenaires clés désignés à Montréal : le Brésil, le Canada, les Etats-Unis, l’Espagne et la France, ainsi que quatre organisations - la Banque mondiale, le FMI, les Nations unies et la banque interaméricaine de développement - et l’Union européenne. Le 17 mars, nous serons 40 ou 50 pays.

Dans le même temps, est mené un travail consultatif qui a bien démarré, sur un format uniforme, de regroupement d’une centaine d’acteurs haïtiens et internationaux, dont deux rapporteront les résultats de ces consultations devant les ministres à New York.

Le 15 mars, en Haïti, se tiendra une réunion des entreprises, organisée par la Banque interaméricaine. Même si les images ne sont plus sur nos écrans, les entreprises françaises sont toujours extrêmement intéressées à faire des choses en Haïti. Le 22 mars, nous aurons, au siège de l’organisation des Etats américains à Washington, une réunion des diasporas. J’ai rencontré des représentants de la diaspora haïtienne en France, certains y seront. Le 23 mars, nous avons deux réunions et elles ne sont pas concurrentes, étant donné que ce sont deux publics différents.

L’une des réunions que nous organisons se tient effectivement en Martinique, sans doute à Schoelcher. Le président de la République l’a appelée la “Conférence internationale des villes et des régions du monde pour Haïti”. Nous sommes donc en train de lancer les invitations avec un concept de débat général sur “décentralisation et déconcentration” et des ateliers : le plan urbain et aménagement du territoire, ressources humaines, finances locales, développement économique local et mutualisation et coordination. Le même jour, le 23 mars, à Bruxelles, l’Union européenne organise une réunion avec les ONG. Il était souhaitable que l’Union européenne soit visible et c’est une manière de la rendre plus visible à ceux qui douteraient de sa visibilité.

Et le 31 mars, la Conférence de New York.

Parallèlement, durant tout le mois de mars, l’équipe de Bill Clinton aux Nations unies fait des visites de terrains et des questionnaires de terrain très bien faits pour interroger les gens dans les villages. Un certain nombre de membres d’ONG participent à cet exercice dont une Française d’ATD Quart Monde. Il y a des questionnaires, des enregistrements qui sont faits auprès des gens, à la fois sur leur état post-séisme et même des questions plus fondamentales.

J’en ai terminé. Tout cela se fait, nonobstant ce que je lis ici ou là, dans une harmonie totale entre les divers acteurs. Il y a une répartition des rôles, il y a une division du travail qui est non seulement légitime mais indispensable.
Je pourrais vous parler des sujets de ““tuyauterie””, si je puis dire, si vous le souhaitez, c’est-à-dire, les fonds fiduciaires, agences etc. mais je ne voudrais pas être trop long maintenant.

Q - Avez-vous une idée de ce que contient le document de vision du gouvernement haïtien ?

R - Bernard Kouchner - Oui puisque je l’ai vu et lu. C’est extrêmement volontariste et optimiste. L’idée, c’est que d’ici 20 ans, Haïti pourra être un pays émergent.

Je crois qu’il faut un certain volontarisme. On a bien dit qu’il ne fallait pas se cantonner à simplement réempiler les tuiles et les briques. Mais je vous le dis, il y a matière à faire converger, c’est d’ailleurs légitime. Il vaut mieux que ce document parte d’un volontarisme fort et en arrive à des choses plus précises.

Q - Mais dans le document, Fort-de-France, délocalisation, je ne sais quoi d’autres, y a-t-il des choses précises ?

R - Pierre Duquesne - Dans le document haïtien, tous les sujets dont parleront les diverses conférences préparatoires sont bien sûr visés. Le sujet de la décentralisation est dans le document haïtien aussi. Ils vont être regroupés les 12, 13, 14 mars et 15 mars. Les 16 et 17 mars, ils vous seront présentés. Ensuite, viendra une bonne partie des réunions consultatives, ce qui fait qu’ils reproduiront un document final pour le 31 mars. Nous ne sommes vraiment là qu’à l’esquisse de l’ébauche.

Q - Avez-vous une idée du retour de terrains des…

R - Pierre Duquesne - Parce que la seule chose qui vous intéresse, c’est le chiffre !

Q - Non.

R - Pierre Duquesne - En ce moment, ils travaillent d’arrache-pied, on n’a pas de consolidation. Le Premier ministre Bellerive a dit à Montréal que cela représentait 40 à 50 % du PIB, c’est-à-dire 6 à 7 milliards de dollars, ce qui vous fait, en dommages directs, entre 3, 4 et 5 milliards. La BID a fait un travail un peu contestable sur la base des expériences passées. Mais enfin, l’essentiel, nous l’avons déjà dit, n’est pas d’avoir un chiffre. L’essentiel est d’avoir un projet national de développement haïtien, comme l’ont dit le ministre et le président de la République ainsi qu’une aide adéquate coordonnée de la communauté internationale.

A la minute où je vous parle, je n’ai pas de raison de douter que cela se passe. La question centrale sera, après, la durée. Nous n’avons pas encore commencé - et c’est un sujet qu’il faudra traiter - à parler des mécanismes de suivi.

Q - Et vous avez parlé du fond ?

R - Pierre Duquesne - J’ai parlé du fond. Et sur le fonds, le fonds multi-bailleurs, il en existera probablement un. Il y a encore des petites bagarres - dont je vous fais grâce parce qu’elles ne me paraissent pas à la hauteur des enjeux - entre les institutions internationales, sur qui va le gérer. C’est horriblement technique, et si cela passionne certains, je suis prêt à en parler. En toute hypothèse, ce qu’il faut, c’est qu’il y ait une véritable appropriation par les Haïtiens eux-mêmes.

Ce fonds ne peut pas être le seul outil. Il faut qu’il y ait une Agence que le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive préfère appeler Agence de développement plutôt que de reconstruction - Agence de développement qui appartienne aux Haïtiens. Il ne s’agit pas de faire de cette Agence de Développement un contre-gouvernement dont les membres seraient choisis par l’extérieur ou une instance dont la gouvernance serait en fait dirigée par les bailleurs. Les bailleurs auront leur affaire, c’est le Fonds fiduciaire multi-bailleurs.

Si vous voulez, j’ai déjà pris, je crois, cette image de sablier, il y a une infinité de besoins, il y a encore une infinité d’offres. Tout le monde veut faire quelque chose pour Haïti. Je n’arrête pas, nous n’arrêtons pas de recevoir des offres de toutes natures, de nos concitoyens, de nos entreprises, et puis, vous avez un sablier. Il faut donc faire passer cela par un petit point et ce petit point s’appelle Fonds fiduciaire multi-bailleurs et Agence de développement.

Q - Vous avez parlé des mécanismes de suivi, y aura-t-il des mécanismes de suivi spéciaux anti-corruption cette fois ? C’est un pays où la corruption a toujours été un problème. Que fera la communauté internationale cette fois pour mieux garantir que ces fonds vont où ils doivent aller ?

R - Pierre Duquesne - Dans les mécanismes de suivi, j’ai tout envisagé. C’est-à-dire, le respect des promesses par les donateurs, le respect des promesses par le pays récipiendaire. Le pays récipiendaire va forcément s’engager sur la lutte contre la corruption, il ne saurait en être autrement. Il sera sous programme du Fonds monétaire international. Ce qui veut dire des visites trimestrielles au titre du programme et, entre les deux, des visites d’assistance technique pour la gestion des finances publiques. C’est de l’assistance technique intéressée, si je puis dire, gratuite mais intéressée dans le sens qu’il s’agit de mettre en place effectivement des mécanismes de gestion des finances publiques qui rassurent les donateurs.

La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de Développement font un travail équivalent, bien entendu personne n’a envie, strictement personne et pas nous, que l’argent des contribuables aille au mauvais endroit. Ayant dit cela, cela ne doit pas nous conduire, ce qui est parfois la tentation et ce qui l’a été en Haïti du moins, à faire tout passer par des acteurs autres que l’Etat et les collectivités locales, c’est-à-dire les ONG, les entreprises privées, etc…

Si vous voulez, c’est un peu l’image d’un enfant. Si vous considérez qu’il ne deviendra jamais adulte et si vous ne le mettez pas parfois en situation de risque avec les règles qui s’imposent, il ne deviendra jamais adulte.

R - Bernard Kouchner - La question se pose tout de même.

R - Pierre Duquesne - Bien sûr, la question se pose mais ce que je veux dire simplement c’est que la réponse n’est pas : “contourner l’Etat haïtien”. La réponse est : “obliger et vérifier que l’Etat haïtien met en place les bonnes procédures de gestion des finances publiques”.

Quant à la réponse sur le suivi, elle est plus vaste que cela. Il va y avoir le suivi des projets, il y aura le suivi des réformes, le suivi des promesses des donateurs, etc… Il s’agit donc un peu plus qu’un simple suivi de la lutte contre la corruption.

R - Serge Mostura - Un tout petit point en complément de ce que vient de dire Pierre Duquesne.

Vous avez donc compris que pendant la phase de première urgence de la crise, on est intervenu très fortement. On travaille maintenant très intensément sur la question de la reconstruction. Mais entre les deux, c’est-à-dire maintenant, on continue à agir. Par exemple, cette semaine on a débloqué 750 000 euros sur le fonds d’urgence humanitaire du Quai d’Orsay pour subventionner 5 projets d’ONG. Ce ne sont pas des projets que l’on finance à 100%, en réalité, le plus souvent ce sont des projets qui sont financés par exemple par la Commission européenne. Par conséquent, quand on injecte ces 750 000 euros, il y a les coefficients multiplicateurs qui s’appliquent et cela correspond à des projets qui en réalité vont coûter 2-3-4 millions d’euros. Pendant cette période de transition, entre la crise et la reconstruction, la France comme d’autres pays, comme la Commission européenne continue à agir bien sûr en faveur d’Haïti.

R - Bernard Kouchner - Et puis, pendant ce temps-là, on a fait partir pour le Chili et à la demande des Chiliens un avion avec un équipement spécifique, avec des spécialistes.

Nous continuons à travailler évidemment au mieux avec les deux ministères dont j’ai parlé c’est-à-dire le ministère de la Famille et le ministère de la Santé. Nous essayons d’être tous ensemble face à ces multiples demandes. La situation du Chili n’est pas la même que celle en Haïti. Ne comparons ni les malheurs, ni les images, ni les souffrances, ni le nombre des morts. Mais ce n’est pas parce que l’on aidait Haïti que nous étions indifférents. Je vous signale qu’il y a 20.000 Français au Chili dont de nombreux résident à Concepcion. Par chance pour eux - et malchance pour ceux qui sont victimes évidemment - ils n’ont pas été atteints mais l’avion spécial est parti hier avec du matériel et des volontaires.

R - Pierre Duquesne - Juste un mot s’agissant du plan interministériel, la mission interministérielle qu’a bien voulu me confier le ministre fonctionne très bien. Il y a 13personnes de divers ministères. Ils se rendent régulièrement sur place par groupe. J’y serai moi-même la semaine prochaine et nous ne fonctionnons pas seulement avec deux ministères mais 13. C’est la première fois qu’il y a un fonctionnement de ce genre et nous avons comme le disait Serge, bien géré la zone grise entre urgence et reconstruction, avec une bonne interconnexion des équipes. J’ajoute enfin que je réunis à peu près tous les 15 jours séparément ou ensemble les entreprises, les ONG et les collectivités locales qui se retrouvent pour la première fois dans certains cas alors même qu’il y a dans le groupe des personnes qui travaillaient en Haïti depuis longtemps.

R - Serge Mostura - Je peux vous dire un mot de ce que l’on fait pour le Chili qui est évidemment un pays très différent d’Haïti ; c’est un pays développé. On a donc répondu aux demandes que nous ont adressées les autorités chiliennes. Il y a essentiellement deux choses dans l’assistance que l’on apporte au Chili. Il y a un volet scientifique et technique. On a donc envoyé hier soir une équipe de 7 sismologues de l’Institut national des Sciences de l’Univers, avec 1,3 tonne de matériel ainsi que des spécialistes de l’évaluation des dommages structurels. Ce que l’on nous dit aujourd’hui est que le tremblement de terre qui a eu lieu au Chili peut se reproduire, on ne sait pas exactement à quel délai, mais il y a là un vrai risque d’où l’envoi de cette équipe de spécialistes de plus haut niveau, je le souligne, avec des matériels très sophistiqués pour faire le point. Toujours concernant le volet technique, on a également envoyé du matériel de communication au Chili, des téléphones satellitaires, un équipement satellitaire complet. Ce qu’il faut c’est reconstituer la capacité de téléphoner au Chili parce qu’il y a des zones entières actuellement où l’on ne peut pas atteindre les gens ce qui complique évidemment l’organisation des secours.

Sur le volet proprement humanitaire, on a également répondu aux demandes des Chiliens. On va envoyer des tentes spéciales qui permettent d’organiser des restaurations collectives. Ce sont des tentes toutes équipées, il s’agit d’un matériel particulier. On va envoyer des stations de potabilisation d’eau, il y en a cinq. On va également envoyer un appareil médical de dialyse spécialisé et complètement autonome. L’appareil pèse 1,5 tonne, ce n’est donc pas du petit matériel. Le problème au Chili aujourd’hui, c’est que dans les deux régions centrales qui ont été les plus touchées par le séisme, les hôpitaux sont soit détruits, soit compromis de sorte qu’il faut reloger les malades ailleurs. Il faut donc traiter ailleurs tous les malades quel qu’ils soient, et par conséquent dans des structures qui vont être mises en place. Or pour ces structures, il faut évidemment fournir du matériel, c’est donc à ces demandes des Chiliens que nous avons répondues.

R - Bernard Kouchner - Voilà à peu près le point. 117 enfants pour la première partie sont concernés et ont été vus, les équipes seront sur place dans quelques jours et ils leur auront tous rendu visite. 23 enfants partent au plus vite parce qu’il faut les traiter médicalement en Guadeloupe. Pour le reste, ils viendront après suivant un plan que les équipes des trois ministères sont en train d’élaborer ensemble. Il y aura 4 réunions préparatoires en vue de la réunion new-yorkaise au siège des Nations unies du 31 mars avec les 5 pays qui font partie du groupe coordinateur “les key partners”. Pendant ce temps, les Haïtiens continuent à faire face à de nombreuses difficultés qui ne sont pas encore, loin de là, solutionnées.

Q - (inaudible)

R - Bernard Kouchner - Les centres d’accueil sont pour la plupart effondrés. Il faut donc aller chercher les enfants un par un. En dehors des 23 enfants qui exigent des soins médicaux spécifiques, les autres seront déplacés au plus vite. Actuellement, les parents ne peuvent pas rendre visite aux enfants en Haïti. C’est impossible, on ne peut pas les regrouper. Les parents pourront-ils voir leurs enfants en Guadeloupe ? Ce serait mieux, s’ils peuvent le faire. Maintenant que la phase d’urgence extrême est passée, il faut reprendre le mécanisme de l’adoption internationale au mieux. Si les parents peuvent aller dans ce centre de la Guadeloupe pour les rencontrer, ce serait bien mieux pour les enfants. L’environnement demeurerait un environnement à la fois créole et “caraïbien”, si j’ose dire. Ensuite, ils vont tous venir en France dans les conditions que je viens de tracer sommairement.

Q - La France n’oublie pas Haïti, la France se mobilise. La pluie tropicale arrive, les tentes suffisent-elles aujourd’hui ?

R - Bernard Kouchner - Non, les tentes ne suffisent pas, mais que voulez-vous que l’on fasse d’autre ? On ne peut pas établir une ville pour des centaines de milliers de personnes alors que l’emplacement est détruit. Il y a des ONG qui, très justement, veulent déplacer des familles vers les hauts plateaux où elles seraient mieux protégées. Cependant, il faut tout de même avoir le temps de construire une structure un peu plus solide que les tentes. C’est en train de se faire mais le problème que vous soulevez est tout à fait difficile à résoudre et parfois dramatique. Vous avez raison, ils se trouvent dans des conditions extrêmement difficiles. Vous avez vu ces enfants sous la pluie et, d’ailleurs, si les enfants qui vont être adoptés en France sont malades, c’est aussi parce qu’ils subissent ces dures conditions. Les petites affections pulmonaires se soignent.

Q - Cela s’est-il bien passé avec les familles ? On sait qu’au début, on vous demandait d’aller un peu plus vite pour les démarches d’adoption. Là, aujourd’hui, vous dites : il y a eu une concertation et tout le monde est d’accord de ce point de vue ?

R - Bernard Kouchner - Oui, tout le monde est d’accord, mais ce sont les enfants qui m’intéressent ; tous les enfants haïtiens, pas seulement ceux qui, orphelins ou pas - et ils sont loin d’être tous orphelins - seront adoptés. Il s’agit-là du problème des parents. Je le comprends très bien mais avant tout, pour un responsable politique - si je peux me permettre - mais surtout pour un médecin, qui a créé Médecins du monde Adoption, la première des institutions à se dire que c’est le problème de l’enfant qui compte avant tout. Intéressons-nous aux enfants. Je crois que là, ils sont bien pris en charge. Encore une fois, non seulement, les trois ministères, ce qui est déjà pas mal, mais tous les techniciens de l’adoption qui sont là-bas sont unanimes, voilà ce qu’ils proposent et nous l’avons accepté. J’espère que cela se fera très vite. Il ne faut pas que cela tarde trop.


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