2010.03.09 Les enfants adoptés finalement abandonnés

(Ouest France) Ils venaient d'Ethiopie. Très vite, leurs parents adoptifs s'étaient sentis dépassés. Jusqu'à l'abandon. Le couple était poursuivi, hier, à Nantes, pour soustraction à ses obligations légales.

Les mots du procureur de Nantes sonnent comme une gifle : « Ils resteront parents de ces enfants qu'ils le veulent ou non, jusqu'au bout de leur vie ». Mais ils ne veulent plus. La mère, enseignante en collège, le père, administrateur de société, refusent tout contact avec leurs deux garçons, aujourd'hui sur le banc des victimes.

Ils ont entre 12 et 13 ans. Abandonnés en Éthiopie, ils l'ont été une seconde fois par ce couple adoptif. « On a voulu créer un lien affectif, mais on a été submergés par les difficultés matérielles », explique posément la mère. Son mari : « La première semaine s'est bien passée puis les relations se sont dégradées. » Le couple décrit des enfants difficiles, violents, qui font pipi partout. « Une demi-heure avant d'aller au travail, fallait nettoyer. » La présidente s'étonne : « Vous avez voulu un enfant absolument. Cela n'a pas marché. Un peu comme dans une démarche de consommation, on rejette le produit pas conforme. »

« La moins pire des solutions ! »

Les parents ressassent leurs difficultés. « Très rapidement, on a demandé un soutien psychologique pour les enfants. » Mais la musique est différente à l'école, chez l'assistante sociale, la puéricultrice… L'institutrice s'inquiète d'« une absence de tendresse des parents, d'un mode éducatif rigide ». Malgré tout, l'adoption plénière est prononcée sans réserve.

En 2003, le couple donne naissance à une petite fille. La vie de famille se complique un peu plus. « Ils dégradaient tout à la maison. » Les deux garçons sont placés. Trois mois plus tard, les parents sollicitent leur abandon. Refus. « On était au bout du rouleau. On a donné pendant quatre ans, on n'a rien reçu. C'était la moins pire des solutions ! » Ils coupent donc les ponts. « On savait qu'ils ne grandiraient pas à la maison. Pourquoi recréer un lien artificiel ? »

Depuis, ils versent 400 € pour l'éducation des enfants mais n'exercent pas leur droit de visite. C'est pour cela qu'ils sont jugés. Les enfants les écoutent, sursautent, ravalent leur colère. Le plus grand veut dire quelques mots. S'il faisait pipi, c'était parce qu'il était enfermé dans sa chambre. Le procureur tonne : « Ils se sont soustraits à leurs obligations légales. C'est inadmissible. » Il requiert un an avec sursis.

« La loi n'est pas la morale », plaide Me Boog, l'avocat des parents, qui se place sur le terrain juridique. Selon lui, les parents ont rempli leurs obligations légales, c'est-à-dire l'autorité parentale et les frais d'entretien. C'est tout. Le reste ? « Sans doute pas moral », mais pas « sanctionnable ». Relaxe, plaide-t-il. Le jugement est mis en délibéré au 29 mars.


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