2010.03.15 Haïti, La nouvelle vie de Madoché et Caroline soeurs de crèche

Source : http://www.francesoir.fr/societe/2010/03/15/haiti-enfants-adoptes.html

Ces deux fillettes ont rejoint leurs parents adoptifs en France, il y a un mois et demi. Pas à pas, France-Soir a suivi leur périple.

« Mado » a les dents – de lait – du bonheur, de courtes tresses et un polo vert au col fleuri. Tout en lissant sa jupe bordée de dentelle blanche, ce jeudi 28 janvier, la petite fille saute de l’hélicoptère de la sécurité civile, qui vient de se poser sur le stade de foot du lycée français de Port-au-Prince, transformé en hôpital de campagne depuis le séisme. Madoché ne se départ pas de son franc sourire.

Pendant la demi-heure de vol qui l’a menée de son orphelinat d’Aquin, dans le sud du pays, à la capitale, elle a dormi. L’inquiétude, peut-être, ou le soulagement d’être enfin en route vers sa nouvelle vie. La fillette a « 6 ans et demi », selon l’examen des os pratiqué il y a quelques jours par un pédiatre du CHU de Dijon (Côte-d’Or). Car Mado, désormais, vit en France. Elle a fait partie des 371 orphelins haïtiens, dont l’adoption avait été validée avant le tremblement de terre, qui ont été évacués par le gouvernement français. Tout comme sa « sœur » de crèche, Caroline.

Rencontre à l'aéroport

« Caro » a deux ans et demi. Madoché et elle ont fait le trajet ensemble jusqu’à Paris, après avoir effectué un bref transit de quatre heures à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Les deux enfants avaient la chance de voyager avec leur « nounou », Danise Bosse Mane, directrice de l’établissement d’Aquin. Celle-ci tenait à les accompagner jusqu’à l’étape ultime : la rencontre avec leurs « nouveaux » parents, à l’aéroport parisien d’Orly. Une « maman », Jocelyne André, que Mado connaissait déjà pour l’avoir rencontrée en Haïti en août dernier. En revanche, la fillette n’avait vu son « père », Serge, et sa demi-sœur Maëlle, 8 ans, fille biologique des époux André, qu’en photo. Les parents adoptifs de Madoché sont « heureux » mais regrettent la polémique suscitée par l’annonce de la suspension des rapatriements des enfants bloqués en Haïti. « Ce n’est pas normal, je ne vois pas pourquoi certains parents sont pénalisés », estime Serge André, 46 ans, employé dans une entreprise d’électricité.

Selon lui, « le problème est avant tout politique » car « ces adoptions sont comme toutes les autres adoptions : une transition forcément compliquée à vivre pour les enfants ». Mado, elle, « avait la pêche » lorsqu’elle a débarqué de l’avion. « Je ne pense pas qu’elle soit traumatisée, elle adore l’école où elle est inscrite depuis une semaine, semble pleine de vie et de joie, comme si nous l’avions toujours eue avec nous. » Le couple habite la semaine à Lons-le-Saunier (Jura) dans le logement de fonction de Jocelyne, gestionnaire d’un collège. Le week-end, la famille, chiens et chats s’échappent à la campagne : « Mado apprend à faire du vélo. » Certes, « elle a eu un peu de mal à s’habituer à la nourriture les premiers jours car elle ne voulait rien manger d’autre que du riz, des pâtes, des bananes et un peu de poisson, mais maintenant, ça va », assure Serge André.
« Bien structurée »

Même son de cloche chez la maman – célibataire et sans enfant – de Caroline. « Les premiers soirs, elle voulait aller dormir dehors, sans doute par peur d’un nouveau séisme, et ses compagnons de crèche lui manquaient, puis elle s’est adaptée au décalage horaire et à la température même si elle s’est trouvée engoncée dans ses nouveaux vêtements d’hiver », explique Annabel Boudard, professeur de français à Cucuron (Vaucluse).

Si Madoché, elle, n’a pas encore vu la puéricultrice que le conseil général doit lui envoyer, Caroline a rencontré une psychologue des services sociaux. « Elle l’a trouvée bien structurée, mais elle ne m’a pas cachée que le mot maman ne veut pour l’instant rien dire pour elle. » Annabel vient de prendre rendez-vous avec un pédiatre de l’hôpital d’Hyères (Var) afin de « faire le point » sur l’état de santé physique et psychologique de sa fille. « Elle est arrivée avec une petite diarrhée et des problèmes de peau, mais tout est rentré dans l’ordre aujourd’hui. »

« Mado » et « Caro » doivent se revoir bientôt : les familles André et Boudard se sont en effet promis de réunir les deux fillettes très vite. En attendant, elles s’envoient des photos et discutent « tous les trois-quatre jours » au téléphone avec Danise, la directrice de la crèche d’Aquin, qu’elles entendent bien continuer d’aider.

“On nous empêche de protéger nos enfants !”

Michèle et Frédéric Abergel ne savent plus « ce qu’il faut faire pour récupérer les jumeaux ». Depuis une semaine, ce couple lyonnais attend l’autorisation que des passeports en règle soient établis aux noms de leurs futurs enfants – Woudlin et Woudlene –, abandonnés par leur mère aux Cayes, une ville importante de l’extrême sud de l’île. Les parents adoptifs redoublent de malchance : d’abord, ils avaient prévus de longue date de se rendre à Port-au-Prince « le 15 janvier », soit trois jours après que le tremblement de terre eut interrompu le trafic commercial aérien, pour rencontrer les jumeaux pour la première fois. Aujourd’hui, ils font partie des « 116 » familles dont les procédures ont été brutalement stoppées.

Deux jours après le tremblement de terre, les deux enfants, âgés de trois ans, ont été évacués en catastrophe de la capitale sinistrée par la directrice de leur crèche des Petits Anges de Chantal pour revenir aux Cayes, épargnée par la nature. « La situation est terriblement floue, explique Frédéric Abergel. Nous téléphonons tous les jours pour avoir des informations, nous écrivons sans cesse au Secrétariat de l’adoption internationale (SAI) mais nos mails restent sans suite. Notre dernier contact, lundi 22 février, nous prévenait que les rapatriements étaient suspendus mais que nous avions le droit d’aller chercher nos enfants sur place. A 20 heures, contre-ordre : il fallait un passeport et un visa pour ramener nos enfants. Maintenant, on nous parle d’un sas de décompression en Guadeloupe… Les discours sont complètement contradictoires ! » Depuis, ce chargé de communication ne décolère pas : « Il est impossible de laisser les enfants dans une situation sanitaire et alimentaire ultra-précaire ! La directrice de la crèche essaie de parer à l’urgence, mais elle doit s’occuper d’une quarantaine d’enfants… » Et d’accuser « l’Etat de nous empêcher d’assumer notre première responsabilité de parents : protéger nos enfants ».

« On brandit le fantôme de l’Arche de Zoé (NDLR : cette association française qui a tenté, en 2007, d’enlever 103 enfants tchadiens), mais nous sommes enregistrés par le SAI depuis mai dernier. Nous sommes désemparés, en colère et furieux ! »


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