2010.03.17 Haïti, Parents adoptants de la Réunion, des familles inquiètes

Source : http://www.lequotidien.re/actualites/france-monde/97363-haiti-parents-adoptants-de-la-reunion-des-familles-inquietes.html

Alors que Paris demande aux familles adoptantes de ne pas se précipiter en Haïti et qu’une équipe de pédopsychiatres a été dépêché dans les crèches pour rencontrer les enfants adoptés avant leur départ, les familles réunionnaises s’inquiètent encore.

A la fin du mois de février dernier, les familles du collectif « Parents adoptants Haïti » de La Réunion avaient rendez-vous à la préfecture pour faire état de leur situation actuelle et être tenu informées des dernières mesures. Malgré un compte rendu de la visite de Nicolas Sarkozy dans le pays sinistré, l’heure n’était pas à la tranquillité. Laurence Oleggini, du collectif, affirme : « On est vraiment livré à nous-mêmes et on n’arrive pas à avoir de précisions ».

Cette mère adoptante qui devrait très prochainement se rendre en Haïti redoute que son enfant n’obtienne ni visa, ni passeport pour entrer sur le territoire français : « Ils ne veulent pas qu’on aille là-bas », assène-t-elle. Face à la situation critique que connaît Haïti, les associations de parents, comme Adoption sans frontières entre autres, souhaitent une accélération du processus d’adoption. En effet, les nouvelles qui leur parviennent, par l’intermédiaire des directrices de crèches, sont préoccupantes : on dénombre environ 130 répliques depuis le 12 janvier dernier et les risques de diphtérie sont élevés. Pour une autre mère adoptant du collectif, les enfants « sont pris en otage ».

Mais face à cette pression, les spécialistes de l’enfance mettent en garde contre les traumatismes supplémentaires. Parmi eux, le Dr Pierre Lévy-Soussan, psychiatre, psychanalyste, consultant sur les problèmes d’adoption et d’affiliation. « Aucune adoption ne peut réussir dans l’urgence », explique-t-il. « Lorsqu’on accélère un processus d’adoption, c’est au risque de l’enfant et de la famille », ajoute-t-il. « Le risque de la situation d’urgence, c’est de court-circuiter les étapes indispensables de l’adoption ».

Dans une lettre adressée au ministère des Affaires étrangères, datée du 6 février dernier, ces experts exigeaient « le gel de toute arrivée d’urgence des enfants jusqu’à la création d’espace où ceux-ci pourront sortir de leur état traumatique ».

« Aucune adoption ne peut réussir dans l’urgence »
Et leur demande de « changement de conditions d’accueil et de mise en relation entre enfants et parents pour faire repartir le processus d’adoption dans les meilleures conditions » vient d’aboutir. Une équipe de pédopsychiatres, de spécialistes de l’enfance et de traducteurs a été dépêchée en Haïti. « Même si nous comprenons parfaitement l’impatience des familles, a assuré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, ce temps de travail et de conception est un temps nécessaire de respect de l’enfant ». « Il convient, dans l’intérêt supérieur des enfants et des familles, de se diriger vers une normalisation, compte tenu des retours d’expériences et des difficultés rencontrées par certaines familles », a-t-il expliqué.

Mais ces propos ne semblent pas calmer l’inquiétude des familles adoptantes. Aux spécialistes de l’enfance, une mère adoptante rétorque : « On est au fait des problématiques de l’adoption, on n’a pas eu d’agrément pour rien ». « Personne n’a envie qu’une adoption soit un échec », conclut-elle.

Au moins dix familles à La Réunion sont concernées par l’adoption de jeunes Haïtiens dans le cadre du collectif « Parents adoptants Haïti ». A ce jour, aucun enfant n’est encore arrivé sur l’île, bien que certaines adoptions soient en fin de procédure.

Cette délicate situation entre associations de parents, ministères et experts psychiatres s’expliquerait notamment par le fait qu’il n’y ait pas eu un moratoire de tous les pays sur l’adoption, contrairement à ce qui s’était passé lors du tsunami de 2004.


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