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2010.03.23 Adoption à Maurice: le droit d’aimer

source : genderlinks.org.za

Jimmy Jean-Louis

L'adoption d'enfants mauriciens par des Mauriciens nécessite une meilleure restructuration administrative et légale. Si le National Adoption Council a été mis en place il y a une vingtaine d'années pour contrôler et gérer l'adoption des petits Mauriciens par des étrangers, en revanche, les Mauriciens souhaitant devenir parents adoptifs doivent passer par d'autres étapes, longues et coûteuses.

Il leur faut en premier lieu faire des recherches pour trouver l'enfant passible d'être adopté avant d'entamer les procédures légales débutant avec l'avoué.

Il y a deux types d'adoption à la portée des Mauriciens. En premier lieu, il y a l'adoption plénière qui n'est accordée qu'aux couples mariés. Dans un tel cas, l'enfant ne conserve plus de lien avec sa famille biologique. En deuxième lieu, il y a l'adoption simple au cours de laquelle les liens avec la famille biologique sont maintenus et la décision finale revient ensuite au juge en Chambre.

L'adoption est souvent mal perçue par la société sans doute en raison de l'égoïsme de certains. En juin 2009, Pratima Venkataswami, une enseignante de 43 ans, a osé faire part publiquement de son désir de «devenir maman par adoption». Cette célibataire sans enfants explique ainsi son choix dans un entretien de presse. «J'ai plus que jamais envie de donner de l'amour à un enfant. J'ai également les moyens d'en élever un, voire deux. C'est dur de ne pas pouvoir être maman».

La difficulté, c'est de trouver l'enfant adoptable. «J'ai multiplié mes recherches en début d'année. J'ai frappé à toutes les portes possibles et imaginables. Je n'ai pas obtenu de réponses ou plutôt, je me suis sentie désorientée parce que je n'ai pas été suffisamment guidée. Par expérience, j'ai compris que ceux qui veulent adopter un enfant font face à une absence d'informations à ce niveau. Et qu'adopter un enfant mauricien est littéralement un parcours du combattant», a-t-elle affirmé.

Dans son rapport de 2008, l'Ombudsperson pour les Enfants, Shirin Aumeeruddy-Cziffra regrette la lenteur avec laquelle le sujet est traité. “En fait, quelques décisions très simples doivent être prises. Le plus important étant de déterminer qui ou quelle agence identifiera les enfants adoptables pour que les demandeurs n'entrent pas dans une course à l'enfant en prenant ainsi le risque de commettre un trafic. L'abandon d'un enfant est illégal mais ce sujet doit également être abordé pour prévoir l'adoption”.

Les crèches pour enfants sont bondées et abritent ces derniers davantage sur une base permanente que temporaire. Ces enfants sont donc éligibles à l'adoption et il est grand temps que le dossier de l'adoption à Maurice connaisse une certaine progression.

Depuis que l'ébauche du projet de loi a été envoyée au Parquet pour son approbation par le ministère de la Femme, l'on attend toujours qu'il soit finalisé et adopté par les parlementaires. Sans cadre légal, il est impossible de décongestionner les abris et de répondre aux attentes des futurs parents adoptifs.

Comment ne pas prendre l'exemple de Rita Venkatasamy et de sa fille Yukime Aashiana ? La première nommée est spécialiste de l'enfance et directrice du Centre d'Education et de Développement pour les Enfants Mauriciens (CEDEM.) A la mort de son époux Coll, elle n'avait pas d'enfant.

Elle soutient qu'elle a fait fi du qu'en-dira-t-on quand elle a compris que Yukime, une fillette d'origine rodriguaise qu'elle avait recueillie, était l'enfant qu'elle attendait. A travers un livre, elles ont toutes deux choisi de raconter leurs histoires et de partager leurs bonheurs. Cet ouvrage au titre évocateur «Une histoire d'amour entre une mère et sa fille» est un récit imprégné d'amour filial.

«Notre amour était si fort que j'étais convaincue qu'il pouvait accomplir des miracles. J'enfanterai. C'est la promesse que je m'étais faite. Aussi, trois ans après le décès de Coll, j'ai ‘donné naissance' à Yukime Aashiana. En l'adoptant, j'ai connu des joies immenses, indescriptibles“, écrit Rita Venkatasawmy. Elle raconte par ailleurs que contrairement aux autres parents qui ont des ambitions plus matérielles pour leurs enfants, elle et son mari “ont fait le vœu que leur enfant soit une lumière pour les pauvres”.

Yukime de son côté raconte le combat de sa mère pour la cause des enfants et son désir de suivre elle aussi ce chemin. Yukime révèle que quand elle a rencontré Rita pour la première fois, “je voulais qu'elle me serre très fort dans ses bras. J'ai tout de suite su que c'était elle ma vraie mère.»

Les stars du monde entier se tournent de plus en plus vers le continent africain pour adopter des enfants. Ainsi, le couple Angelina Jolie et Brad Pitt ont adopté en 2005 une enfant de sept mois, originaire d'Ethiopie et appelée Zahara Marley. Peu après son arrivée aux États-Unis, Zahara a été hospitalisée pour déshydratation et malnutrition. En 2007, les médias ont révélé que sa mère biologique, Mentewabe Dawit, était toujours en vie et qu'elle voulait récupérer sa fille. Celle-ci a démenti ces rumeurs, affirmant qu'elle pensait que Zahara avait eu «beaucoup de chance» d'être adoptée par Angelina Jolie et Brad Pitt.

En 2009, la Cour Suprême du Malawi a accordé à la star de la chanson, Madonna, le droit d'adopter un deuxième enfant de ce pays. C'est ainsi qu'elle a pu recueillir une orpheline de trois ans, Mercy Chifundo James. Un an plus tôt, elle avait adopté un premier enfant malawite, David Banda, qui était à l'époque âgé de trois ans.

«Chaque enfant à droit à l'amour et cet amour ne peut se donner que dans un cadre familial. Chifundo a deux choix : celui de vivre dans un orphelinat sans amour familial ou de vivre avec Madonna», a expliqué le juge Lovemore Munlo qui a renversé en appel un jugement de sa collègue de la Haute Cour de Lilongwe, qui avait initialement rejeté la demande d'adoption par la chanteuse.

Certes, il faut être prudent en matière d'adoption car il y a des risques de trafic d'enfant. L'Organisation des Nations Unies a d'ailleurs émis des réserves sur le fait que les adoptions en Haïti, île touchée en janvier dernier par un séisme dévastateur, ne soient qu'un moyen déguisé pour des enlèvements d'enfants, voire de trafic humain. Mais plusieurs pays ont réagi positivement pour donner un nouveau départ à ces centaines de milliers d'enfants qui se sont retrouvés orphelins de père et de mère du jour au lendemain.

Le 10 janvier dernier à Rodrigues, Magaret retrouve sa mère biologique, Elmine Castel et ce, après 26 ans de séparation. Margaret qui vit en Europe, a été en effet adoptée à l'âge de sept ans. Elle a tenu à refaire ce long voyage pour revenir aux sources. «En me rendant dans mon île natale, cela m'a permis d'obtenir plus d'informations sur mon identité», a-t-elle dit pour expliquer sa démarche.

Sa mère ne s'attendait pas à sa venue. «Je n'aurais jamais pensé la revoir avant de mourir. Je ne finis pas de remercier le ciel pour ce cadeau que j'ai eu aujourd'hui. Pendant tout ce temps, j'ai prié Dieu pour avoir le courage de supporter cette séparation», explique la mère biologique.

Des retrouvailles qui ramènent à l'esprit une belle citation de Victor Hugo dans «Les feuilles d'automne». Le poète dit ceci: «Oh! L'amour d'une mère, amour que nul n'oublie! Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie!». On ne peut qu'ajouter: qu'elle soit biologique ou adoptive importe peu!

Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice. Cet article fait partie du service d'opinions et de commentaires de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l'actualité quotidienne.


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